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Je suis maître de conférences à la Faculté de Sciences Economiques de l'Université de Poitiers et chargé d'enseignement à Sciences Po Paris (premier cycle ibéro-américain). Le but de ce blog est de commenter l'actualité économique et politique, pour montrer que les économistes peuvent parfois produire des analyses utiles.

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  Colloque "Dynamiques de Proximité : le temps des débats", 14 au 16 octobre 2009, Poitiers [Allez-y!]
Jeudi 16 août 2007
Petite réaction aux propos d'André Santini, l'autre matin, sur RTL.  Non pas sur la première partie de l'interview, au cours de laquelle Santini défend Cécilia Sarkozy (voir sur ce point le billet de Diner's Room),  mais sur  la suite, lorsqu'il affirme  :
"C'est pas normal qu'il y ait 24% de la population active qui soit fonctionnaire. C'est le record mondial."
Rue89 a réagi rapidement, en mettant en doute le chiffre de 24%, pour proposer celui de 18%. Mais comme précisé dans leur billet, et comme toujours avec les statistiques, se posent des problèmes de définitions, qui peuvent être plus ou moins restrictives, et qui peuvent donc conduire à des chiffres assez variables. L'OCDE, par exemple, dispose de trois bases de données donnant des informations sur l'emploi public : la première base nous apprend qu'il y avait, en France, en 1990, 5,6 millions de fonctionnaires, la deuxième base, 5,1 millions et la troisième base, 4,5 millions...

De plus, ce n'est pas vraiment ce chiffre de 24% qui pose problème : Santini aurait pu dire "c'est pas normal qu'il y ait 18% de la population active qui soit fonctionnaire. C'est le record mondial", ca ne changerait pas grand chose. Ce sur quoi il convient de s'interroger, c'est sur la situation de la France par rapport aux autres pays, et sur la pertinence de ce genre de comparaisons (on revient à la question du benchmarking).

Dans cette perspective, je vous conseille de lire cette communication de Florence Audier et Maya Bacache-Beauvallet (respectivement chercheur et chercheur associée au Matisse (Paris 1))  intitulée "Emploi dans la fonction publique et fonctions « d’intérêt public ». Que nous apprennent les comparaisons internationales ?". Dans leur papier, elles discutent notamment des problèmes de définition, de collecte des informations statistiques, et elles proposent quelques comparaisons sur des bases homogènes qui montrent que, non, la France n'est pas championne du monde. Pour preuve ce graphique sur l'emploi public :

emploipublic.gif
La part de l'emploi public varie entre 7% et 35%, la France obtenant un "score" d'environ 23% en fin de période, ce qui la place dans le "peloton de tête", mais loin derrière les pays d'Europe du Nord (Norvège, Suède, Danemark, Finlande), qui sont, eux, champions du monde.

Surtout : les auteures définissent ensuite un deuxième indicateur qui renseigne non pas sur le statut public ou non de l'emploi, mais sur la part des emplois consacrés à assurer des fonctions d'intérêt public.  Elles montrent alors que "les écarts entre les pays sont moindres en termes de fonctions qu’en termes de statut. Dans leur ensemble, les pays de l’OCDE consacrent aux fonctions d’intérêt public une part de leurs emplois comprise entre 15% et 35% (soit 20 points d’écart) alors que la part des emplois publics dans l’emploi total varie entre 7% et 35% (soit 28 points d’écart)." La part des fonctions d’intérêt public en France n’est pas parmi les plus élevées puisqu’elle vient après le groupe des pays du nord, et derrière l’Islande, les Pays-Bas et même la Grande-Bretagne.

Et les auteures de conclure :
Le regard croisé sur le développement des fonctions d’intérêt public et de l’emploi public montre qu’à l’évidence il existe différents « modèles » qui permettent de pourvoir aux fonctions d’intérêt public : entre celui qui consiste à faire de la fonction publique le principal acteur et celui qui consiste à confier au secteur marchand une large prise en charge de ces fonctions, d’autres combinaisons sont à l’oeuvre, qui dépendent éminemment des choix politiques qui prévalent dans les différents pays.Mais l’ampleur des emplois qui sont consacrés à ces fonctions ne dit rien ni sur l’efficacité de ces services, ni sur leur répartition, ni sur les principes sous-jacents à leur mise en oeuvre, ni sur les statuts des personnels qui les accomplissent. (...)
Au-delà, il convient d’esquisser une question plus générale qui concerne la manière dont se décident et se mettent en oeuvre des politiques d’intérêt public. Car des moyens équivalents peuvent être alloués par exemple à l’éducation ou à la santé, sans pour autant aboutir à des résultats équivalents. Pour redonner à ces choix toute leur place, il faut sans doute s’accorder sur le fait que les grands pays sont contraints de consacrer une part importante de leurs moyens à satisfaire ces besoins « universels », ce qui est de nature à changer quelque peu les termes du débat sur le bien fondé du développement de la fonction publique. D’ailleurs, en la matière peut-être encore davantage que dans d’autres, les comparaisons internationales superficielles annihilent toute possibilité d’analyse sérieuse.
Pas grand chose à ajouter...
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Emploi
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