Stock options

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Les sociétés de capitaux se caractérisent par une dissociation croissante entre le collectif des actionnaires, propriétaires du capital social de l’entreprise, et le collectif des dirigeants, qui gèrent l’entreprise au quotidien.

 

On sait depuis Berle et Means (1932) que cette dissociation pose problème : i) actionnaires et dirigeants ont des objectifs divergents (les actionnaires ont un objectif de profit pendant que les dirigeants ont, prioritairement, un objectif de haut revenu), ii) les dirigeants, qui sont quotidiennement dans l’entreprise, bénéficient d’asymétrie d’information ; iii) ils peuvent donc prendre les décisions leur permettant d’atteindre leurs propres objectifs plutôt que ceux des actionnaires.

 

 Pour réduire ce problème, certains préconisent l’instauration de stock-options. Il s’agit d’attribuer aux dirigeants une option sur un certain nombre de titres de l’entreprise, option que l’on peut exercer ou non après une date donnée. Si le cours de l’action de l’entreprise augmente, le dirigeant a intérêt à exercer son option, sinon, il ne l’exerce pas. Cette solution semble pertinente : en octroyant des stock-options aux dirigeants, on réconcilie leur objectif de haut revenu à l’objectif de profit des actionnaires, la divergence d’intérêt initiale disparaît.

 

 Ce système de stock options pose cependant de sérieux problèmes (voir par exemple ici pour une recension des problèmes, p. 17 et 18). Il s’apparente notamment à un jeu asymétrique potentiellement dévastateur « pile je gagne, face je ne perds rien ». En effet, si le cours de l’action n’augmente pas, le détenteur de stock options n’exerce pas son option, il ne perd rien ; si le cours de l’action augmente, il exerce l’option et peut gagner beaucoup. Ce petit jeu incite donc surtout à prendre beaucoup de risques, parfois des risques inconsidérés.

 

 A la vue des déboires EADS, il semble qu’il existe une autre limite de taille à ce système, que je n’avais pas encore repéré dans les papiers sur la question : la diffusion croissante de stock options auprès de ceux qui bénéficient nécessairement d’asymétrie d’information risque d’augmenter significativement la probabilité de délits d’initié, à plus ou moins grande échelle (je ne connais pas d’étude sur le sujet, si quelqu’un a des références en stock…).

 

 Dans un éditorial pour les Echos du 4 octobre 2007, Patrick Lamm pose le problème en ces termes : « comment veiller à ce que les informations données par les sociétés ne soient pas utilisées par certains tant que l'ensemble des intéressés n'ont pas été prévenus ? ». Et il propose : « des déontologues devraient pouvoir s'assurer, au sein des conseils d'administration, de l'égalité de traitement non seulement entre les actionnaires mais également entre toutes les parties prenantes de l'entreprise. Un devoir de transparence indispensable si l'on veut moraliser la vie des affaires. »

 

 Je doute un peu, car le problème n’est pas fondamentalement un problème de moralité : demander plus de transparence permettrait sans doute de limiter les délits d’initiés, mais cela priverait dans le même temps l’entreprise d’une de ses ressources les plus stratégiques, l’information dont elle dispose et dont ne dispose pas encore ses concurrents. Problème difficile à résoudre me semble-t-il…

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Pascal Warnimont 11/12/2007 17:07

On pourrait faire dépendre le prix obtenu pour les stocks options du prix des actions dans l'année qui suit l'exercice de l'options par exemple. Le montant effectif ne serait obtenu qu'au terme du délai. A nombre d'action égal, en cas de hausse, c'est (un peu) pénalisant pour le dirigeant mais bon. Au niveau ou ils sont....Pour etre complet il faudrait bloquer l'argent en attendant l'écoulement du délai de prescription pour tout déli d'initié, ou autres colblantterie:)

Paul 31/10/2007 11:55

Salut à tous!!Les stocks options paraissent être une des solutions pour concilier intérêt de l'actionnaire et des manageurs. Mais elles comportent aussi des inconvénients notamment du fait de leur nature.Elles ont été récemment taxées : il y a un article sur : http://economie-et-societe.over-blog.fr/article-13413375.html

Aalexandre 11/10/2007 10:32

A propos des stock-options y'a un bon petit échange de points de vue dans le supplément "economie" du Monde de Mardi entre Bouzou et Palier.Je trouve les arguments de Bouzou plus percutants que ceux de Palier même si je suis plus proche de la position d'un Palier ...

Oscar Dellacruz 10/10/2007 00:29

Il apparait de plus en plus clairement que l'attribution de stock-options comporte beaucoup d'effet pervers.Les dirigeants sont ainsi incites a utiliser a leur profit les leviers suivants:1) l'influence qu'ils ont sur le Board ou le Conseil d'Administration pour se faire attribuer d'enormes quantites de stock-options2) leur pouvoir interne pour manipuler les dates d'attribution de ces options (voir les scandale actuels aux US mentionnes plus haut)3) leur acces a l'information interne pour exercer les options au meilleur moment (EADS)4) leur pouvoir sur les ressources financieres de l'entreprise pour mettre en place des programmes de rachats d'action qui viennent soutenir les cours aux moments opportuns pour eux (Ce dernier point est une pure speculation de ma part, un fort soupcon que je nourris) au detriment du versement de dividendes.On le voit, le probleme demeure d'aligner les interets des dirigeants avec ceux des actionnaires et d'interesser les dirigeants a la reussite a long terme de l'entreprise.A mon sens, une piste de reflexion serait d'allonger la duree pendant laquelle les stocks-options (ou les actions) seraient immobilisees.On pourrait par exemple imaginer que les stock-options ou les actions attribuees aux dirigants soient assorties de conditions restrictives: elles ne devraient etre negociables qu'a partir d'une date tres eloignee (15 ans ou 20 ans) et en tout etat de cause ne pas pouvoir etre negociables, ni avoir de droit de vote, tant que le dirigeant est en poste.

HugoMe 09/10/2007 21:54

Il me semble irréaliste de considérer que les stocks options sont une source de prise de risque inconsidérée pour les dirigeants car ceux-ci sont quand meme susceptibles d'etre débarqués rapidement en cas de résultats non satisfaisants. Et vu le peu de places de dirigeants, on pourrait au contraire argumenter que ceux qui le sont preferent limiter les risques pour s'assurer leur salaire et leur pouvoir (deux élements moteurs bien disctincts)

Vu le discours ambiant, on finit par oublier que l'objectif des stock options est avant tout de permettre à des petites sociétés qui n'en ont pas les moyens d'attirer des cadres sup de grosses boites qu perdent leur sécurité en l'echange de potentiel de gains s'ils sont efficaces. c'est donc tout à fait louable, et bien moins couteux pour l'etat que les mesures de defiscalisation de l'IS ou des emprunts qu'on a vu recemment