Les régions qui gagnent, et celles qui perdent...

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Document Insee Première n°1162 particulièrement intéressant sur les niveaux de vie et la pauvreté en France, par région et par département. Les différences de niveaux de vie permettent de repérer les régions « riches » et les régions « pauvres ». L’indicateur retenu est le niveau de vie médian. Le rapport inter-décile entre le niveau de vie plancher des 10 % d’individus les plus aisés et le niveau de vie plafond des 10 % les plus pauvres permet de mesurer l’ampleur des inégalités, et de distinguer des régions « inégalitaires » et des régions « égalitaires ».

Si l’on s’accorde sur l’idée que l’objectif économique essentiel de tout territoire est d’assurer à l’ensemble des habitants un niveau de vie élevé et croissant, ces données permettent de repérer les régions qui atteignent mieux que d’autres cet objectif, étant entendu que quatre possibilités existent : régions riches égalitaires, régions pauvres égalitaires, régions riches inégalitaires, régions pauvres inégalitaires.

Les quelques calculs que j’ai pu effectuer sur les données Insee disponibles en ligne montrent que la corrélation entre niveaux de vie et degré d’inégalités est mauvaise, au niveau des régions comme au niveau des départements : le R² au niveau des régions est de 0,1351, la corrélation est faiblement positive (plus on est riche, plus on est inégalitaire). Si on enlève l’Ile de France, le R² tombe à 0,0945, la corrélation est cette fois faiblement négative. Résultats à interpréter avec précaution, puisque la population est de 22 régions (21 quand on enlève l’Ile de France). Au niveau des départements, le R² est de 0,3193, corrélation positive. Mais quand on enlève les deux départements les plus riches (75-Paris et 92-Haut de Seine), le R² tombe à 0,0928. Bref, corrélations mauvaises, on a des territoires dans les quatre situations.

Pour compléter un peu, j’ai donc construit un tableau croisé régions riches/pauvres en ligne (niveau de vie supérieur/inférieur à la moyenne simple), et régions égalitaires/inégalitaires en colonne (rapport interdécile D9/D1 inférieur/supérieur à la moyenne simple). On obtient le tableau suivant :

 
Régions
« Egalitaires »
« Inégalitaires »
« Pauvres »
 
Auvergne
Champagne-Ardenne
Picardie
Limousin
Poitou-Charentes
Basse-Normandie
Bourgogne
Pays de la Loire
Lorraine
Corse
Languedoc-Roussillon
Midi-Pyrénées
Nord-Pas-de-Calais
« Riches »
Aquitaine
Bretagne
Franche-Comté
Haute-Normandie
Centre
Alsace
Ile-de-France
Provence-Alpes-Côte d'Azur
Rhône-Alpes
 
Aquitaine, Bretagne, Franche-Comté, Haute-Normandie, Centre et Alsace sont, sur la base de ces calculs, les régions les plus performantes. La Corse, le Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées et Nord-Pas-de-Calais, en revanche…

Publié dans Territoires

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Aalexandre 08/11/2007 10:02

@ Yom : très bonne remarque s'il en est. En effet, il semble que les inégalité soient plus criantes dans les zones métropolitaines que dans les zones rurales.Il me semble que ce résultat est le produit de la mixité sociale plus importante dans le triptique hyper-centre/périurbain/banlieues que dans les zones plus rurales. Les différences de revenu sont plus importantes dans ces zones qu'à la campagne, même s'il est difficile de généraliser.Un modèle économétrique nous permettrait de mettre en évidence les effets de la localisation géographique des ménages sur les inégalités de revenu.Cependant, et je reviens à mes premiers commentaires, il serait également pertinent de mesurer l'impact de la localisation géographique sur la qualité de vie (en déterminant des critères cohérents comparables entre les deux milieux)... Pour cela je suis partant !

Yom 07/11/2007 22:40

En dehors des cas particuliers de la Corse et du Languedoc-Roussillon, les régions "inégalitaires" sont toutes des régions "métropolitaines" abritant les 6 plus grandes aglomérations françaises. Ces différences entre régions ne reflètent-elles pas plutôt un clivage métropoles / zones rurales ? D'ailleurs, l'Ile-de-France n'est-elle pas beaucoup plus inégalitaire que les autres ?

Aalexandre 04/11/2007 11:03

@ Olivier : merci pour la référence de Marc. J'avoue quej'étais un peu passé à côté, mais je vais imprimer tout cela et lire attentivement.L'introduction de variables non-économiques au sens strict du terme est tout à fait possible dès lors que l'on possède les données à ce sujet. La construction d'indicateurs ne pose non plus pas de problèmes.De même, si les données existent il pourrait être intéressant de mettre en perspective l'approche par le revenu, l'approche par les conditions de vie (disons) et une approche en termes de satisfaction de la vie (life satisfaction), même si cette dernière est soumise à pas mal de critiques et de problèmes.Enfin voilà, comme je te le disais précédemment, je reste à ta disposition.voici mon adresse courriel : alexandrebertin31@gmail.com

Olivier Bouba-Olga 04/11/2007 09:44

@ Michel Beaumont : i) ce serait déjà bien que les collectivités suivent l'évolution des niveaux de vie et des inégalités sur leurs territoires, de manière un peu systématique, ce que, à ma connaissance, elles ne font pas.ii) sinon, bien sûr, on peut aller plus loin. Ce que vous dites rejoins les remarques d'Aalexandre, même réponse : il existe des méthodologies permettant de dérouler une analyse plus complète, par exemple celle de Fleurbaey et Gaulier

Michel Beaumont 04/11/2007 09:22

Votre analyse est intéressante et je vous suis globalement lorsque vous écrivez que "l’objectif économique essentiel de tout territoire est d’assurer à l’ensemble des habitants un niveau de vie élevé et croissant". Mais j'ai envie de poser deux limites à votre analyse. La première tient, bien sûr, à celle de l'indicateur retenu : le niveau de vie. Est-il porteur de tout le sens qu'on peut lui donner ? Vivre en dessous de 15 000 euros - calculé à partir du revenu disponible - n'est pas équivalent en Dordogne en milieu rural, et dans le département du Nord en milieu urbain. Comment intégrer les consommations hors marché ? Comment tenir compte des externalités positives et négatives ?
La seconde limite bien sûr c'est la croissance de ce niveau de vie. Dépenser toujours plus pour être plus heureux ?
Merci par avance de vos réactions.