Mardi 20 novembre 2007
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En août 2006, j'avais écrit un petit billet sur le nombre de jours de grèves par
salarié, histoire de montrer que la France ne se caractérisait pas par une conflictualité débordante (classement de 25 pays par conflictualité décroissante
sur la période 1998-2004) :
Figurez-vous que ce billet a été repris dans la revue des blogs de l'émission "Duel sur la 3", dimanche
dernier (après la 55'). Comme ce billet date un peu, je ne peux m'empêcher de compléter, sur la base des données de la DARES, pour analyser l'évolution du nombre de JINT (Journées Individuelles Non Travaillées) dans le temps, pour la France. Résultat graphique
:
Ca m'a l'air de décroître sévèrement tout ça... Sur la base de ces éléments, on peut donc dire qu'il y a plutôt moins de grèves en
France qu'ailleurs, et qu'il y en a plutôt de moins en moins.
Il y a d'autres données intéressantes, notamment par région ou secteur (fichier excel ici).
Ainsi qu'une analyse approfondie des conflits du travail sur la période 2002-2004 relativement à
1996-1998 : on y apprend notamment que les conflits du travail sont plus nombreux et plus diversifiés sur 2002-2004 que sur 1996-1998, mais que les formes qui progressent le plus (refus d'heures
supplémentaires et pétitions notamment) se font sans arrêt de travail.
Par Olivier Bouba-Olga
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Publié dans : Dictionnaire des idées reçues
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deux choses sont intéressantes : tout d'abord, on voit que mise à part la Suède, l'ensemble des pays nordiques sont plus grévistes que la France : quid de leur modèle social ?!
Ensuite, on note que l'Allemagne n'atteint même pas 3 JNIT : quand on connait l'organisation syndicale dans ce pays et le poids de la négociation, on ne peut se poser des questions sur notre modèle.
Trop de grèves ? Il suffit d'augmenter les salaires et les grèves diminueront... Pour preuve, l'extrait d'un article un peu ancien intitulé "Cycles de grèves et cycle économique" d'Udo Rehfeldt dans Chronique internationale de l'IRES (septembre 1995) et repris dans Problèmes économiques (10/04/96).
"Selon Ashenfelder et Johnson (1969), les grèves augmentent lorsque le chômage baisse, mais à partir du moment où les salaires réels augmentent de nouveau, la propension à la grève diminue au fur et à mesure que l'insatisfaction des ouvriers diminue."
L'article fait un état des lieux sur la relation entre la croissance, les politiques économiques et la propension à la grève. Si certains sont intéressés, je peux leur envoyer.
Comment doit on interpréter les différences entre pays ? Par exemple, il y a très peu de jours de grèves en Allemagne et pourtant les syndicats y sont réputés forts (l'exemple est très classique mais pose bien le problème).
En soi, l'étude de la Dares me semble présenter une évolution positive: plus de conflictualité dans l'entreprise, ça veut dire plus de prise en compte des problèmes là où ils se posent, et moins de solutions globales imposées de Paris. C'est le côté positif du déclin de la syndicalisation dans le privé. Mais ça reste un pis-aller: le dialogue social devrait être plus présent dans les PME. Pour cela, il faudrait des syndicats moins marxistes (c'est-à-dire moins portés à centraliser les solutions) et plus orientés "services au salarié". Pas commode dans un contexte culturel hostile aux syndicats.
Marc Fleurbeay a écrit un petit livre très instructif sur le sujet :
Capitalisme et démocratie : http://alexandrebertin31.googlepages.com/r%C3%A9f%C3%A9rencesbibliographiquesbibliography
Je dirais même plus, si ça continue comme çà, on va se retrouve avec un nombre de jours de grèves... négatifs ! ;-)) Difficile à interprêter, une "conflictualité négative", non ?
Ceci dit, le graphique serait encore plus impressionnant, si on arrivait à dissocier le secteur public et le secteur privé (à moins que le graphique ne représente que les jours de grève du privé ?).
Merci encore pour ces billets instructifs. J'en conseillerai encore une fosi la lecture à mes étudiants de l'Iufm, car quand je leur pose la question, ils ont toujours pour première réponse spontanée de me dire que la conflictualité ne cesse d'augmenter et que le pouvoir syndical serait bien trop fort. Mais que leur apprend-on dans les licences AES, droit, etc. dont ils sont issus ? ;-))
Cordialement
Est-ce qu'il est possible de distinguer salariés du secteur public/ salariés du privé? L'effet doit etre encore accentué pour les salariés du privé par rapport aux autres pays, non?
En tous cas tres interessant!
Après, il faudrait sans doute affiner...
Ceci dit ça montre qu'il est de plus en plus difficile de faire grève, car les raisons de se mobiliser ne manquent pas (dégradation des conditions de travail : cf les suicides au travail).
C'est notamment parce que les grèves diminuent que les droits sociaux diminuent aussi...
Cela ne change pas un peu la vision de votre post? En particulier, est-ce que les comparaisons internationales ne sont pas legerement biaisees par ce fait?
Oui en intégrant les data concernant la FP on risque d'avoir de drôles de surprises ...!
Il serait intéressant de calculer l'évolution de la part de ces exclus du droit de grève dans la population active totale au fil des années. Peut-être que cette évlution pourrait expliquer une part de la régression de l'activité gréviste en France ?
http://www.ecopublix.eu/2007/11/des-grves-partout-sauf-dans-les.html