Nouvelle théorie économique

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Par Jacques Attali, bien sûr, dans une interview au JDD :

proposition 1 : la croissance dépend de l'inflation
Les grands pays qui admettent [que l'inflation] peut atteindre sans risque 5 ou 6% affichent une croissance forte : l'Inde, la Chine, la Russie... En Europe comme au Japon, c'est l'inverse : nous nous arc-boutons sur un seuil maximum de 2%. Et la croissance est presque nulle.
Qu'il puisse y avoir débat en Europe sur le taux d'inflation acceptable, c'est une chose (voir sur ce point l'interview de Mundell). Expliquer, en revanche, la croissance indienne, chinoise, ou russe par l'acceptation d'une inflation à 5 ou 6%, c'est du grand n'importe quoi, la causalité est inverse : les économies en rattrapage observent en général une augmentation des prix interne, en vertu de l'effet Balassa. Et ce qui a été remarquable en Chine, ce n'est pas que l'inflation a produit de la croissance, mais que la croissance de ce pays s'est faite longtemps sans inflation (pour des raisons expliquées en détail par Françoise Lemoine).

proposition 2 : que je ne sais même pas comment la résumer tellement qu'elle est puissante

Aujourd'hui, l'argent placé rapporte plus -4% en moyenne- que l'argent qu'on gagne en travaillant, qui, lui, ne rapporte que 2% en moyenne. 
Non, c'est vrai, c'est pour ça que les gens ne veulent pas travailler, ils préfèrent épargner leur argent, ça leur rapporte plus...

En fait, je crois qu'Attali a deux grandes qualités : il est capable de dire n'importe quoi de manière brillante. Dès lors, ses interlocuteurs doivent se dire que s'ils ne comprennent rien, c'est qu'il est beaucoup plus intelligent qu'eux, ce qui les conduit à l'admirer encore plus. Il n'hésite pas non plus à dire tout et son contraire (dans la même interview, il affirme ainsi que les Etats-Unis "vont au devant d'une récession très profonde qui n'épargnera pas l'Europe", pour dire quelques lignes plus loin que "tout est en place pour une forte croissance de longue durée de l'économie mondiale"), si bien qu'après coup, il pourra toujours dire qu'il avait prévu l'évolution de l'économie mondiale, quel que soit le scénario.

Publié dans Politique

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Raphaël DIDIER 20/12/2007 13:18

Jacques Attali est en effet capable du meilleur comme surtout du pire. A vouloir trop ramener l'économie à un théorème mathématique, on finit par arriver à de telles simplifications causales.

Libéroïdal 17/12/2007 17:38

Quand j'étais petit, l'enseignement de l'économie était obligatoire au lycée, en filière sciences du moins. Le truc à la mode à l'époque c'était la théorie des ajustements conjoncturels : un gros état bien jacobin avait des manettes (La fiscalité, la politique monétaire, l'inflation, le contrôle des prix, des salaires, etc.) et des cadrans (le taux de chômage, les taux de change, l'inflation, etc.). La question était de savoir quel cadran allait bouger quand on bougeait telle manette : généralement, c'était compliqué.Il y avait aussi l'idée de "lutter" contre un indicateur mauvais : par exemple, "agir" souvent de manière un peu déloyale pour faire redescendre un thermomètre fâcheux.Hé bien pour les gens comme moi qui ont subi ce que leurs profs nommaient un cours de sciences éco au lycée, aussi  bizarre que ça puisse paraître, les propos d'Attali sont limpides. J'ai bien compris que cette boîte à outils là est passée de mode en fac : reste que c'est celle que la plupart de vos concitoyens comprennent.

F 17/12/2007 16:25

D'accord, merci pour l'éclaircissement.F

Olivier Bouba-Olga 17/12/2007 16:04

@ F : d'accord sur la critique de la formulation de ma proposition. Les propos d'Attali n'en sont pas moins infondés : pas d'inflation en Chine jusque récemment + ils y a plus d'inflation dans les pays en développement car éco de rattrapage (inflation comme produit de l'économie plus que comme produit des politiques) + la montée de l'inflation en Chine commence à provoquer des réactions en termes de politique économique.  La causalité sous-entendue par Attali serait plutôt "la croissance passe par l'acceptation d'une inflation plus élevée", avec pour "démonstration" les cas de la Chine, Inde et Russie, ce qui est faux.

Oliv 17/12/2007 15:48

Oui par contre, là dessus, entièrement d'accord, c est incroyable ce qu'on peut entendre comme conneries de la part d'un personnage qui fonde la véracité de ses propos uniquement sur sa personne et sur son background. On connaît par ailleurs le succès économique du double septennat de Mitterrand dont Attali fut le plus proche conseiller,  cela forge la crédibilité...