Pourquoi les médias parlent-ils de Sarkozy-Bruni?

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Tous les médias en parlent,  forcément, comme en témoigne la revue de presse des unes de quotidiens de Diner's Room. Ils en parlent, en citant comme source  un article de l'Express de Renaud  Revel, qui se justifie ainsi (repris aussi de Diner's Room) :
Est-ce qu'il fallait le faire ? Oui, on est convaincu que oui, parce que ce qui touche au Chef de l'État n'est pas neutre, y compris sa vie privée. La vie privée du Chef de l'État appartient un peu aux français.  (...) C'est quelqu'un qui affirme, qui affirme, avec beaucoup de décontraction et beaucoup de modernité sa vie privée, et ça, je trouve, c'est plutôt une bonne chose. Et la presse, dans ce cadre là, ne fait encore que son métier.
Personnellement, j'avancerai une autre explication toute bête (on doit pouvoir faire mieux dans l'analyse, disons que c'est pour lancer le débat). Supposons deux quotidiens A et B. Une information commence à circuler, dont on pense que le lecteur médian est friand. A et B s'interrogent chacun dans leur coin : faut-il en parler? Si A en parle, mais pas B, A gagne 5 lecteurs au détriment de B et symétriquement. On a donc la matrice des gains suivantes (premier chiffre entre parenthèses = gain de A, deuxième chiffre = gain de B) :

  B en parle B n'en parle pas
A en parle  (0,0) (+5,-5)
A n'en parle pas (-5,5) (0,0)

Plaçons nous dans la situation de A : si B en parle et que j'en parle, je gagne 0, si je n'en parle pas, je perds 5. Si B n'en parle pas et que j'en parle, je gagne 5, sinon je ne gagne rien. Conclusion : quoi que fasse B, j'ai intérêt à en parler. Jeu symétrique, même raisonnement pour B, les deux en parlent. Notons qu'
on peut raisonner sur une autre matrice, en supposant qu'une telle information permet d'accroître les ventes totales par exemple de 10. La matrice devient ((5,5) ; (10,0) ; (0,10) ; (0,0)), la conclusion est la même, mais le gain collectif est non nul. Je ne sais pas quelle est l'hypothèse la plus pertinente.

Bref, inutile de chercher des arguments du genre "la vie privée du chef de l'Etat appartient un peu aux français", ou "nous devions faire notre métier", tout le monde est incité à parler de l'info, même si tout le monde trouve stupide d'en parler. On a quelque chose qui ressemble à un comportement mimétique, non pas dans le traitement de l'information, mais dans l'information que l'on traite (car rien n'empêche ensuite de se différencier dans le traitement de cette information). Et la force de Sarkozy en la matière consiste sans doute à avoir fait se diffuser une convention dans les médias selon laquelle toute information le concernant est plus importante que n'importe quelle autre information. Non pas intrinsèquement plus importante, mais plus importante car chaque média pense que chaque autre média la considère comme plus importante.

(bon, j'arrête là, sans doute à raffiner, j'attends vos commentaires pour ajustement)

Publié dans Divers

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paul 12/05/2008 18:24

sarkozy doit partir, je vous inbvite a signé une pétition pour la déstitution de sarkozy et d'en parler pétition : www.antisarkozysme.com

paul 12/05/2008 18:24

sarkozy doit partir, je vous inbvite a signé une pétition pour la déstitution de sarkozy et d'en parlerpétition : www.antisarkozysme.com

tardif 28/12/2007 21:04

Votre petit tableau ne devrait-il pas intégrer beaucoup plus de variables pour rendre compte de la situation complexe dans laquelle se trouve le rédacteur en chef au moment de décider de la "Une" ?

- la question des tempos contradictoires des différents médias entre eux (hebdomadaire de début, milieu et fin de semaine, journal du matin, journal du soir/ tous à fabrication différée de la diffusion, et radio le matin, télé le soir/à diffusion quasi instantanée) face à l'agenda imposé de l'actualité (d'autant que cet agenda peut être manipulé par les uns et les autres).
- la tension dans les attentes et les demandes contradictoires et pas toujours franchement assumée de la part de l'audience : savoir moi-aussi ce que les autres savent déjà, m'assurer que les autres savent ce que je sais déjà moi-même, me proposer une évaluation de l'information en fonction d'une échelle de valeur définie et connue qui va de la satisfaction du voyeurisme à la compréhension raisonnée du monde, et puis aussi... me distraire.
- ajoutant le poids spécifique à chaque média de la dépendance publicitaire, la plus ou moins grande précarité de son équilibre d'exploitation...
- n'oublions le rôle des cultures professionnelles et d'entreprise, des corporatisme,
- et ne négligeons pas l'âge du capitaine, une variable qui n'est pas sans jouer un rôle fort important, quoiqu'on en dise...

Que donne votre petit tableau en intégrant toutes ces données ?

Gizmo 23/12/2007 11:56

Tout ceci serait bien raisonné, si, précisément, les grands médias audiovisuels avaient joué ce dilemme du prisonnier. Or TF1 et France 2, qui sont les deux médias les plus populaires (i.e. dont l'impact informationnel est le plus élevé) ont joué deux stratégies différentes : France 2 en a parlé dans ses JT, alors que TF1 a refusé de le faire. L'argument de TF1 étant : tant qu'il n'y a pas de communiqué officiel de l'Elysée, ce n'est pas une information. Donc TF1 a choisi de se différencier, ce qu'il faut maintenant explquer (l'argument "officiel" de la rédaction n'étant probablement pas le "vrai").

Th.V. 23/12/2007 01:53

Comme quelqu'un l'a remarqué plus haut, les pratiques médiatiques ne sont pas "élastiques", du moins à court (et même moyen) terme. On ne change pas de journal chaque jour en fonction des nouvelles. De plus, dans votre modèle, il faudrait que les lecteurs soient au courant de ce qui est publié dans les journaux qu'ils ne lisent pas. C'est d'ailleurs pourquoi un scoop n'a, en général, qu'un faible impact économique, sauf à annoncer le sccop avant qu'il ne soit publié...(en revanche, un scoop a une valeur symbolique au sein de la profession des journalistes). Pour expliquer le mimétisme des médias, j'aurai une autre hypothèse, qui est presque l'inverse de la vôtre. Les médias d'information poliique ne se voient que marginalement comme des concurrents (en termes d'offre d'infos et non de traitement pour reprendre votre disctinction). Ils se représentent surtout comme des médias universels qui, chacun, doivent expliquer complètement le monde. Dans le domaine de l'info politique, il n' y pratiquement pas de spécialisation (sauf peut-être Le Canard et Charlie hebdo). Il y a sans doute bien d'autres explications au mimétisme des médias, dont certaines ont été évoquées dans les commentaires: la sociologie et la formation des journalistes; la concentration des grands quotidiens et médias audiovisuels à Paris; le fait que ce qui fait la valeur d'une info politique ou sociétale pour les lecteurs c'est qu'on puisse en parler avec le plus grand nombre possible de gens (au contraire des infos économiues), etc.