Ca sent le gaz

Publié le par Olivier Bouba-Olga

GDF demande 6,1% d’augmentation du prix du gaz, le gouvernement en accorde 4%. Interprétations possibles.

H1 : GDF a bien fait ses calculs : pour que l’entreprise couvre ses dépenses et procède aux investissements nécessaires au maintien de sa position concurrentielle, une hausse de prix de 6% s’impose. En n’accordant que 4%, le gouvernement préserve le pouvoir d’achat à court terme des consommateurs de gaz, mais nuit à moyen terme à la santé de l’entreprise. GDF est mal barrée (voir pour quelques éléments cet article du Monde).

H2 :
Le gouvernement a bien fait ses calculs, les responsables de GDF, en demandant 6% de hausse alors que 4% suffisent, sont donc opportunistes, ils ne pensent qu'à récupérer encore plus de bénéfices, à assurer leurs primes, et blablabla, et blablabla. Une entreprise gérée par des dirigeants opportunistes, ça craint. GDF est donc mal barrée.

H3 :
GDF a bien fait ses calculs, elle sait que 4% suffisent. Mais GDF sait qu’en demandant 4%, elle obtiendra moins de 4%. En demandant 6%, elle espère récupérer les 4% nécessaires. Ce qu’elle obtient effectivement, GDF est gérée par des petits malins, tout va bien.

H4 :
GDF et le gouvernement ont interagi avant annonce de la demande de hausse par GDF et annonce de la décision du gouvernement. GDF veut 4% d’augmentation, le gouvernement veut montrer son attachement à la défense du pouvoir d’achat des consommateurs. Le gouvernement demande donc à GDF de demander 6% de hausse, qu’il puisse annoncer 4% en retour, histoire de démontrer cet attachement. GDF et le gouvernement sont gérés par des petits malins, tout va bien.

Personnellement, j'hésite entre H1 et H4, avec une préférence pour H1. N'hésitez pas à cocher l'hypothèse de votre choix, à argumenter pour faire pencher en faveur d'une hypothèse, voire à ajouter d'autres hyptohèses d'interprétation.

En tout cas, qu'est-ce qu'on rigole avec le contrôle des prix!

Publié dans Politique

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sv 24/01/2008 22:49

Je comprends bien que les relations de GDF avec l'etat et le controle des prix exerce par celui ci interessent particulierement economistes et journalistes. Je voudrais juste signaler qu'au niveau augmentation du prix du gaz, il y a bien pire ! les tarifs d'Antargaz, distributeur de propane avec qui on est pieds et poings lies, ont augmentes de 18% en un an (ce qui fait 36% depuis 2005). Personne n'en parle, et on n'a pas d'etat qui vienne a notre secours !!!! A l'aide !

juge et partie 09/01/2008 21:46

BonjourLa H4 est évidente : qui nomme les présidents d'EDF et GDF, qui est l'actionnaire ultra majoritaire ? Il va de soi que le 6% / 4% était un jeu écrit à l'avance...La dérégulation du marché de l'énergie restera comme la plus incommensurable plantade de la CEE : faite à contre temps du marché (Bruxelles rêvait de baisse et elle a eu une hausse des prix sans précédent, en période de surcapacité alors que nous sommes maintenant sur un équilibre précaire...).Les subventions (démunis, ENR, Cogénération...) vont exploser dans les années qui viennent et la France ne profitera même pas du nucléaire car les prix de marché s'alignent vers... le haut ! Pour le plus grand bénéfice devinez de qui ? Des actionnaires !Et on s'étonne que les inégalités s'accroissent ...Amitié (anonymat obligatoire car je fais partie d'EDF...)

Delvalée 29/12/2007 19:40

Bonjour Olivier (et tou(te)s les autres qui participent à ce blog, Un journaliste des Echos a écrit, le 28 décembre, à propos de la décision d’augmentation du prix du gaz : « Filiale à 80 % de l'Etat, Gaz de France a demandé à son principal actionnaire une revalorisation de quelque 6 % de ses tarifs régulés facturés aux particuliers. Son argumentaire était sérieux. Les prix du gaz sont gelés depuis mai 2006, date de la dernière augmentation qui était de 5,8 %. Depuis lors, les cours du pétrole, sur lesquels sont indexés les tarifs du gaz, ont flambé pour tutoyer les 100 dollars le baril. Le groupe estime son manque à gagner, sur la période, à environ un milliard d'euros. Dans ses demandes, GDF pouvait s'appuyer sur un récent arrêt du Conseil d'Etat qui avait annulé un arrêté gelant les prix du gaz le 1er janvier 2006, au motif que les tarifs appliqués aux usagers ne devaient pas être inférieurs aux coûts d'approvisionnement de l'entreprise gazière. Les Sages avaient même enjoint les pouvoirs publics de dédommager Gaz de France. » Tout cela apporte donc plutôt de l’eau au moulin de l’hypothèse H1 formulée par OBO. Il poursuit cependant ainsi : « Le gouvernement se retrouvait donc devant un cruel dilemme : ignorer les demandes de GDF, c'était dégrader la situation financière de l'entreprise publique ; mais les satisfaire, c'était faire une entorse forcément impopulaire à la politique de relance du pouvoir d'achat, désormais prioritaire aux yeux des Français. Pour tenter de satisfaire tout le monde, le gouvernement s'est résolu à couper la poire en deux : d'accord pour une hausse, mais limitée à 4 %. » Ce qui rejoint plutôt H4. Notre journaliste continue ainsi : « Ce faisant, il cumule tous les inconvénients et fait le plein des mécontentements. La gauche, à l'image de François Hollande, et les associations de consommateurs protestent contre cette ponction dans le porte-monnaie des consommateurs, alors même que l'on assiste à une certaine reprise de l'inflation. » Les commentaires indignés postés notamment par Olivier B sur ce blog montrent également la pertinence du billet de ce journaliste. C’est qu’en effet, le prix du gaz est un sujet (à juste titre) très « sensible » et que jusqu’à présent GDF était une entreprise publique qui n’avait pas déméritée dans la gestion de l’approvisionnement et de la distribution du gaz. Rien ne prouve d’ailleurs que le nouveau groupe, une fois passé au privé, rendra un meilleur service aux usagers (pardon, aux clients). Affaire à suivre ! Mais au fait, pourquoi le journaliste écrit-il que cette décision fera le plein des mécontents ? En effet, si l’on suit le raisonnement d’Olivier B, les actionnaires devraient se frotter les mains puisque l’entreprise fait des profits qu’il juge astronomiques et dont il pense qu’ils vont encore considérablement augmenter, suite à la décision prise. Or, que fait remarquer notre journaliste ? « Les actionnaires de Gaz de France font aussi grise mine mais pour des raisons bien sûr opposées. Hier, le titre a baissé en Bourse, alors que le CAC 40 progressait légèrement. Ils s'aperçoivent qu'ils participent à la vie d'une entreprise qui ne maîtrise pas ses prix et dont le PDG est spectateur dans cette affaire. Jugeant que leurs intérêts sont mal pris en compte par l'Etat, les actionnaires minoritaires pourraient se détourner du titre. En ce cas, l'action risque de baisser, creusant l'écart de valorisation avec Suez et compliquant à nouveau le projet de fusion. L'Etat, qui a voulu et conçu cette opération, se tire ainsi une balle dans le pied et mesure combien il est difficile de marier intérêt public et intérêts particuliers. » Finalement, l’hypothèse H1 apparaît à nouveau la plus pertinente s’il se révèle que les intérêts à long terme ont été menacés par une décision qui mélangerait des considérations politiques et économiques, quelle horreur ! Reste que le dernier paragraphe du journaliste des Echos est sans doute exagérément pessimiste pour ce qui concerne les intérêts des actionnaires ! En effet, dès le lendemain, le titre GDF effaçait la baisse et le cours atteignait son plus haut historique ! Précisons que depuis le 10 avril 2006 (niveau de référence arbitraire mais qui correspond à peu près à son niveau d’introduction en bourse moins d’un an plus tôt), le titre a grimpé considérablement en bourse : +38%. (Pendant la même période, le CAC 40 n’a progressé « que » de 10%) et le titre Suez (avec qui la fusion est projetée) de… 45% !!! Ajoutons que le titre Total (vous savez le pétrole !), lui n’a progressé que… de 1,4%, juste un peu plus que la retraite de Madeleine M. Mais sans doute que les actionnaires de Suez et GDF anticipent les fameuses synergies que les dirigeants promettent à chaque nouvelle annonce de la fusion entre les deux groupe ! Ils risquent cependant d’être déçus (comme bien souvent dans les fusions). D’autant que les niveaux du cours des deux titres se sont littéralement envolés depuis l’annonce officielle de la fusion le 3/09/2007 (après un an et demi d’atermoiements), de plus de 20% chacun. Conclusion 1, les commentaires des journalistes peuvent quand même être pertinents lorsque l’on a à faire à des médias spécialisés. Conclusion 2, il ne faut pas utiliser des arguments trop passionnels qui nuisent à la défense des causes les plus sérieuses : rien ne démontre que la privatisation de GDF (sans même parler de sa fusion avec Suez) servira les intérêts des usagers à long terme. Sans parler bien entendu de celui des salariés. Mais que Suez soit restée une entreprise publique ou qu’elle soit devenue une entreprise privée, une augmentation des tarifs du gaz était sans doute inévitable (voir arrêt du Conseil d’Etat). Quant à son ampleur, il faudrait que les comptes de l’entreprise soient plus transparents. Ce qui pose la question du « gouvernement d’entreprise » des grandes entreprises (publiques ou privées). A minima, il faudrait que les salariés soient représentées es qualité dans les Conseils d’administration de ces grandes entreprises dont les décisions ont des répercussions sur des millions de personnes (voir Aglietta et Rebérioux, les dérives du capitalisme financier pour une argumentaire fouillé sur les justifications de cette proposition, chapitre conclusif). J’ajouterai que chaque fois que ces grandes entreprises ont un impact significatif sur le bien être des populations, il serait également nécessaire que les usagers ou autres soient également représentés. Ce qui obligerait à prendre davantage en considération les intérêts de l’ensemble des parties prenantes, y compris de celles peu évidentes  comme les générations futures. Voir, par exemple, Michel Capron et Françoise Quairel-Lanoizelée, La responsabilité sociale de l’entreprise, La Découverte pour une présentation complète et accessible de cette question. Meilleurs vœux à tou(te)s.

enzo d'aviolo 28/12/2007 21:42

tous les petits calculs manipulateur de GDF et de ses amis gouvernementaux au détriment des consommateurs occultent l'essentiel:le gaz devrait resté un service public et à ce titrte la recherche de profits supplémentaires ne devrait même pas entre ligne de compte.alors les hypothèses vulgaires....on s'en fout quand on ne peut plus se chauffer....

Olivier Bouba-Olga 28/12/2007 14:59

@ Olivier B. : déçu que vous soyez déçu :-). Petit complément à suivre...