Elections municipales #3 : l'impact économique local des institutions publiques

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Dans mon premier billet consacré aux élections municipales, j'ai expliqué que les problématiques en termes de développement économique sur Poitiers, Châtellerault et la zone du Futuroscope étaient nettement différenciées. Sur Châtellerault, le coeur du problème tient aux transformations de l'industrie. J'ai montré à ce sujet, dans un deuxième billet, que la question était moins celle de la disparition de l'industrie sur la zone que celles des transformations de l'industrie (recours croissant à l'intérim) et de la difficulté de faire émerger du tertiaire industriel.

Suite avec ce billet, qui se focalise sur  Poitiers. Comme déjà mentionné,
certains candidats dénoncent l'absence d'une politique ambitieuse d'attractivité vis-à-vis des entreprises privées, à l'heure où la mondialisation met tous les territoires en concurrence. C'est oublier que le développement des territoires peut se faire hors mondialisation, pour reprendre la formule de Davezies : il peut reposer sur une logique d'économie résidentielle, plus que sur une logique d'économie productive et, compte tenu des caractéristiques de Poitiers, la première logique apparaît comme plus pertinente (même si les deux logiques sont plus complémentaires que substituables).

Pour avancer dans la réflexion, voici le résultat d'un petit travail, permettant d'évaluer l'impact économique local de deux institutions, la Communauté d'Agglomération de Poitiers et le CHU de Poitiers (quelques chiffres également pour l'Université). Résumé introductif :

Cette note s’appuie sur les principaux résultats d’un travail de stage UEP mené par Rachel Bouchet, étudiante en Master « Aménagement du Territoire et Développement Economique Local » de Poitiers, au sein du Service Recherche et Développement de la Communauté d’Agglomération de Poitiers, sous la direction de Dominique Royoux (Directeur du Service R&D de la CAP et Professeur Associé à l’UFR SHA, département de Géographie) et d’Olivier Bouba-Olga (Maître de Conférences, UFR de Sciences Economiques de Poitiers).

Nous montrons que le CHU et la CAP génèrent, en 2006, 303 millions d’euros de revenus : 280,8 millions d’euros de salaires versés par les deux institutions, 22,2 millions d’euros de salaires versés par les sous-traitants locaux. Une part importante de ces salaires est dépensée localement, ce qui conduit à verser de nouveaux salaires à des personnes du territoire, qui seront eux-mêmes dépensés, et ainsi de suite. L’intégration de ces effets multiplicateurs permet d’estimer les richesses apportées par ces deux institutions au territoire à près de 485 millions d’euros pour 2006. Quelques implications en termes de politique publique sont esquissées en conclusion.
Vous pouvez télécharger la note de recherche, toute remarque est bienvenue.

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james & Vianney 26/02/2008 18:29

Le prochain Mardi Nous Too aura lieu le Mardi 4 Mars à 19 heures au Love Money Café, 82 rue Carnot à Poitiers, et si James et Vianney ne se trompent pas, cela sera le 100ème mardinoustoo ...!!Le 99 éme était consacré à ....Mr BOUBA OLGA !Il y a 9 ans, qui eut parié un franc que la version poitevine des "First Tuesday" existerait encore en 2008, alors que cet évènement quasi planétaire (toutes les grandes capitales mondiales avaient le leur), a disparu dès l'éclatement de la Bulle Internet ? Et comme quoi, il ne sert à rien de créer une association avec des membres, un bureau et des cotisations pour organiser un évènement qui dure...;>)Pour fêter ce numéro symbolique, nous n'avons pas voulu, comme en 2001, inviter les principaux candidats aux élections municipales de Poitiers : Jacques SANTROT - Jean-François MACAIRE d’une part et Elisabeth MORIN - Dominique HUMMEL d’autre part ;L'autre grande différence avec la compagne de 2001, c'est qu'aujourd'hui chaque candidat a un site web pour sa campagne, avec souvent une véritable équipe pour l'animer.Comme nous serons 5 jours avant le scrutin, nous avons eu l'idée de faire le bilan d’une campagne électorale sur la blogosphère politique locale en invitant tous les webmasters des candidats aux élections locales.Et pour mieux animer la soirée, nous avons souhaité la confier à deux journalistes professionnels de Poitiers, j'ai nommé Olivier BARBIN et Brigitte BARONNET (RADIO PULSAR + le magazine « BOUGE » )Bernard DECARROUX www.interpc.frAmusant de relire (ci dessous) l'annonce du retrouvé l'annonce du premier Mardi Nous Too qui a donc eu lieu le Mardi 16 mai 2000 !!!De : Bernard DECARROUX Envoyé : samedi 29 avril 2000Bonjour,Internet pas convivial !?!Combien de fois ai-je entendu (notamment dans des réunions publiques) qu'Internet allait tuer les relations humaines, et qu'il était quand même plus sympathique de se faire une petite bouffe entre amis plutôt que de communiquer grâce à Internet ?C'était probablement le même discours lors de l'invention du téléphone...Mais ceci dit, je n'ai absolument rien contre le fait de rencontrer des êtres humains dans un endroit agréable...;>))L'an dernier, la Foire Exposition de Poitiers nous avait donné l'occasion pendant 10 jours de rencontrer physiquement nos clients sur un stand ouvert à tous.Je note au passage que l'an dernier, le Comité d'organisation de la Foire Expo nous a presque "supplié" de participer au Forum Multimédia, et que cette année, je n'ai pas reçu la moindre information sur ce sujet (Je viens juste de découvrir sur une affiche que le thème principal est sur le Mexique).Ceci dit, faire 10 jours de présence, c'est très fatiguant pour les exposants, et à part le réel plaisir de rencontrer physiquement nos clients, cela ne sert pas à grand chose...Et en un an, les choses ont beaucoup évolué, et la Net Economie (avec tous ses excès, je vais y revenir plus loin) est désormais partout.Dans toutes les grandes capitales européennes, le Premier Mardi de chaque mois une rencontre informelle entre les futurs entrepreneurs ("jeunes pousses") et les investisseurs (capital risqueurs) est organisée dans une joyeuse pagaye... Début avril, ils étaient plus de 2.000 à Paris dans un lieu dévoilé par e-mail 24 heures à l'avance et uniquement à ceux qui s'étaient inscrits sur une liste de diffusion...Des versions provinciales vont bientôt avoir lieu, Grenoble vient d'annoncer la sienne.J'ai personnellement assisté à celle du 2/11, c'est amusant à vivre, mais je suis resté un peu sur ma faim.Par contre, de plus en plus souvent, des partenaires, des clients, des concurrents (aussi) me font la même remarque. L'Industrie (si on peut employer ce mot) du Multimédia en Poitou-Charentes est particulièrement dispersée et constituée de TPE (Très Petites Entreprises) qui ne se connaissent pas ou très peu.Et dans certains cas, par exemple pour répondre à un gros appel d'offres, nous sommes tous éliminés à cause de notre petite taille (quitte parfois à récupérer des miettes du gâteau comme sous-traitant d'une structure parisienne).Toutes ces constatations me font penser que le Poitou-Charentes pourrait innover et faire preuve d'originalité en essayant de "joindre l'utile à l'agréable" (pourquoi pas ?).Pour moi "l'utile", c'est tout simplement d'organiser des rencontres informelles (aucune obligation de quoi que ce soit, vient ou ne vient pas qui veut...) entre acteurs de la "Net Economie régionale".Et pour moi, "acteurs" cela veut dire TOUT LE MONDE, sans restriction, c'est à dire des chefs d'entreprises, des porteurs de projets ou de capitaux, des clients et/ou des consommateurs, des actifs et/ou des inactifs (qui en ont assez de ne plus rien faire). Mais surtout des femmes ou des hommes qui sont convaincus que nous vivons dans un monde en perpétuel changement, et que cela nous plaise ou pas, il faudra bien vivre avec...!!!Pour "l'agréable", il suffit de trouver un lieu sympathique et accueillant, pas trop grand (surtout au début, car nous ne serons probablement pas très nombreux), et où on puisse au moins boire quelque chose...Donc je vais essayer d'être très concret. Je propose à qui le veut, de se rencontrer le mardi soir vers 18h30, 19h ou plus tard dans la soirée, au Love Money Café 82 rue Carnot à Poitiers (c'est pratique car à 3 minutes du parking Carnot).Ce sympathique établissement est tenu par notre ami James LAY et qui est un passionné (et diplômé) d'économie.Pour ceux qui ne la connaissent pas, "Love Money" est une expression née dans la Silicon Valley, et qui concerne les apports financiers de voisinage ou de confiance fait à un nouvel entrepreneur pour l'aider à démarrer son projet.Je précise également que le Love Money Café dispose d'un ordinateur connecté chez InterPC en ADSL (pour ceux qui voudrait voir fonctionner une connexion ADSL).ATTENTION, pour des raisons de calendrier la première soirée aura lieu le MARDI 16 MAI 2000. Si tout se passe bien, elle sera reconduite automatiquement tous les mardi soir et au moins jusqu'à fin juin.Enfin, trois derniers points : - l'entrée sera bien évidemment totalement libre et gratuite - seules les consommations seront payantes - TOUS les internautes peuvent venir (même ceux qui sont encore clients de nos concurrents...;>)))

LG 20/02/2008 00:33

Tout d'abord merci de votre réponse argumentée. Pour  le premier point : Si le financement vient de l'Etat central, (on peut discuter aussi la question de savoir si cet argent vient du ciel ), c'est que le CHU localement se conduit aussi comme exportateur de  services de santé en drainant un territoire de malades bien au delà de la localité de Poitiers (ou du département). Sinon il est financé par les cotisations sociales du département et l'argent tourne en rond. Idem pour la CAP. Dans ce cas là on peut se poser la question, puisqu’il s’agit de prélèvements obligatoires, de savoir si cet argent n’aurait pas des moyens d’être mieux utilisé (on peut par exemple imaginer les mêmes services de santé ou services publics moins chers – à trouver commentJ, et le surplus de pouvoir d’achat injecté dans un autre circuit économique local plus performant ou pourvoyeur d’autres  richesses – lequel ?). Le développement local ne peut pas se passer non plus de la question de la productivité. Il faut donc bien dans les 2 cas se poser la question du net d’impôts et prélèvements obligatoires. Sur le deuxième point, reprenons ce que démontre l'étude : toute activité économique génère des richesses, et sa présence affecte en cascade les autres activités par la distribution de salaires et sous-traitance, donc l’effet économique final est supérieur à l’effet apparent. Le raisonnement sur le CHU ou la CPA pourrait être aussi refait et le résultat amplificateur attribué à n'importe quelle activité économique locale. Que doit-on en conclure alors exactement ?   Pour le troisième point, bien sûr que chaque région n’est pas forcée d’être exportatrice, mais si toutes les régions font le même raisonnement plus personne n’exporte, et là il y a un vrai problème pour le pays. C’est l’application d’un principe systémique simple d’équilibre entre flux entrants et sortants. A l’échelle des pays, on ne peut que constater que les pays exportateurs nets s’enrichissent rapidement (ex : Taiwan, Irlande, Corée, Chine, …).

Olivier Bouba-Olga 19/02/2008 10:45

@ LG , sur les différents points :* retrancher les impôts : oui et non, car une partie du financement des institutions provient de l'Etat central. Il y a injection de revenu par "l'extérieur". En France, c'est un point essentiel qui permet d'assurer une faible hétérogénéité des niveaux de vie régionaux. Cf. Davezie sur ce point.* toute l'activité économique pourrait être générée par les impôts et prélèvements obligatoires, ce qui est manifestement faux ... Donc il y a une faille !" : je ne vois pas pourquoi vous dites cela. Je dis simplement qu'il y a plusieurs logiques qui sous-tendent le développement des territoires : logique productive, logique résidentielle, logique redistributive* oui, il y a des flux de biens et services entre régions, aucune raison valable de vouloir l'égalité entre exportations et importations des régions

LG 18/02/2008 23:16

Travail intéressant, mais à nuancer car ces établissements publics vivent aussi sur des prélèvements obligatoires, qu'il faut donc retrancher de l'impact économique local : ces dépenses pourraient aussi être faites autrement.Par exemple ceux qui en profitent des services du CHU (essentiellement les plus de 60 ans) ne sont pas ceux qui payent (les actifs) et qui en patissent dans leur consommation quotidienne : achat de maison, etc.De plus si on prolonge le raisonnement présenté, on pourrait en déduire que toute l'activité économique pourrait être générée par les impôts et prélèvements obligatoires, ce qui est manifestement faux ... Donc il y a une faille !Enfin le développement économique local (cf autre billet) n'est pas la solution ultime tant que le territoire a besoin d'importer des biens qui ne sont pas produits localement : voitures, téléviseurs, PC, téléphones mobiles, énergie, etc ... Quelle que soit l'échelle du territoire considérée, le problème de l'équilibre systémique, et donc des exportations existe.

Jul 18/02/2008 19:10

Cette étude m'a l'air d'excellente qualité! Bravo Rachel!