Fonds de pension, piège à con?

Publié le par Olivier Bouba-Olga

On connait le discours largement diffusé en France sur  les investisseurs institutionnels (les "zinzins" pour faire court, les fonds de pension en étant une partie),  développé par exemple par Frédéric Lordon, ou encore plus récemment par Patrick Artus et Marie-Paule Virard : les zinzins prennent le pouvoir sur les marchés financiers, ils imposent des objectifs  collectivement irrationnels aux dirigeants (rentabilité financière à court terme, comportements mimétiques), qui mettent en oeuvre, pour les atteindre, tous les moyens avouables ou inavouables. Dernier exemple en date, les propos de Michel Rocard dans sa tribune du Monde :
(...) La principale cause de ce drame planétaire est le réveil de l'actionnariat. Celui-ci, plutôt maltraité de 1945 à 1975, s'est réveillé et puissamment organisé en fonds de pension, fonds d'investissements et fonds d'arbitrage ou hedge funds. Il a pris souvent le pouvoir et toujours de fortes minorités dans toutes les grandes entreprises de la planète. Il a partout pressuré les revenus du travail pour assurer de meilleurs dividendes. (...)
On a vu depuis apparaître des contre-arguments sérieux, par exemple dans l'ouvrage de Thesmar et Landier.  Ainsi que des études montrant l'hétérogénéité des zinzins,  la variabilité de leur horizon temporel, leur impact différencié sur les performances des entreprises, ainsi que leur poids très variable selon les pays. Voir notamment le document de travail passionnant de Claude Dupuy et Stéphanie Lavigne, ainsi que ce document de travail du CPER (€) sur le cas suédois.

Les déclarations sur le rachat de Charles Jourdan par le fonds d'investissement Finzurich montrent une certaine versatilité des acteurs vis-à-vis des zinzins : toutes les personnes interrogées --Bénédicte Jourdan, petite fille du créateur, les représentants du personnel, et Hervé Novelli, secrétaire d'Etat chargé des entreprises et du commerce extérieur-- s'en félicitent, ce dernier expliquant que "c'est le seul repreneur qui offrait un projet industriel et une reprise d'emplois très importante". Versatilité qu'on a pu observé en janvier dernier dans le positionnement de Nicolas Sarkozy vis-à-vis des fonds souverains, qui assure, un jour, que la France assumerait "le choix politique, stratégique de protéger ses entreprises", pour déclarer, le lendemain, que la France "est ouverte aux fonds souverains", si leurs intentions sont "sans ambiguïté" et leur gouvernance "transparente".

Quel que soit le sujet, je crois que c'est une constante : l'incapacité de beaucoup à prendre acte de la diversité du réel. Diversité sectorielle, diversité spatiale, diversité temporelle, diversité des logiques à l'oeuvre, ..., incapacité qui s'explique sans doute par la facilité avec laquelle on part d'un cas particulier pour en tirer une proposition que l'on croit générale.

Publié dans Entreprise

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john.reed 22/03/2008 17:29

Euuuuuuh, c'est moi où ce billet mélange allègrement les fonds de pension, fonds souverains et fond d'investissements avec des individus derrière ???? Ou alors il n'y a pas de différence entre ces trois.Par ailleurs, Charles Jourdan n'est pas forcément un bon exemple, dans la mesure où il y a bien eu des réactions très méfiantes à l'égard de Finzurich (même si elles ont été zappées sur l'article du Monde en ligne que vous pointez.)Il manque même ce passage très drôle, je trouve, de la dépêche AFP: "Ces doutes ont été balayés par Gilles Apoix qui a souligné que les dossiers avaient transité par le ministère de M. Novelli. "S'il avait repéré quoi que ce soit de douteux, le dossier n'aurait pas été choisi", a estimé M. Apoix."".

meurice 15/03/2008 14:36

Les fonds de pension, sont comme les techniques de capitalisation ou de repartition, ce sont des moyens utilisables avec des a vantages et des inconvenients. Y avoir recours demande seulement à quelles fins on les crée et d'en envisager fonctionnement et contrôle pour aboutir au résultats recherchés

Olivier Bouba-Olga 14/03/2008 18:06

@ Alesque : il ne s'agit pas de dire qu'il y a des investisseurs humains, généreux, altruiste, etc.. d'un côté et des méchants zinzins de l'autre, mais d'insister sur le fait qu'il y a une pluralité de zinzins qui ont des fonctions objectifs différentes et/ou mettent en oeuvre des moyens différents pour atteindre leurs objectifs. Prenez deux entreprises d'un même secteur, et demandez vous si elles adoptent les mêmes pratiques organisationnels, en termes d'innovation, de marché visé, etc, etc, etc. Ceci ne signifie pas qu'il n'y a aucune régularité ni aucun point commun entre elles (oui, les entreprises cherchent de la rentabilité....), mais qu'il faut prendre conscience de leur diversité.

Alesque 13/03/2008 12:20

Bonjour,C'est drôle comme on évite le sujet principal :) En gros ce que dit Rocard c'est que le problème c'est le capitalisme "nouveau" : seul compte le dividende et les orientations industrielles, économiques, politiques, médiatiques sont prises pour maximiser ce dividende. Dommage qu'il ait déclaré en 84 (83 ?) "Le capitalisme a gagné". C'est plus facile d'ergoter sur des théories que de souligner un problème fondamental génant.Et OBO de souligner les multiples diversités, pour faire un erreur et mal conclure : il n'y a pas de diversité logique, il n'y a qu'une logique c'est maximiser le dividende, il n'y a qu'une diversité de moyens.Et c'est mal conclure de dire "la facilité avec laquelle on part d'un cas particulier pour en tirer une proposition que l'on croit générale.". Car il y a une unité dans les différents points abordés et cette conclusion veut faire croire le contraire.Bien sûr tout n'est pas noir ou blanc et il éxiste des investisseurs humains, et généreux peut être, et blablabla. Et blablabla fait Sarko et blabla fair Rocard, et il ne faut pas se servir de cette vérité qu'on peut voir comme un cas particulier (y'en a des biens) pour dresser une image générale (mais non les capitalistes ne pensent pas qu'aux dividendes, heureusement ma ptite dame).

Laurent GUERBY 12/03/2008 08:43

(hors-sujet de ce billet)article du monde sur une de notation de l'epreuve du bac en SES (il y a un lien vers le PDF de l'étude).