Sur le problème du chômage et les façons de le résoudre...

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Je me répète sans doute un peu, mais le débat autour du chômage des jeunes reste à un tel niveau, que je ne peux qu'en remettre une couche...

 

Les dispositifs mis en oeuvre par le gouvernement (CPE, CNE) visent, et c'est heureux, à réduire le problème du chômage. La question est de savoir si les causes identifiées sont les bonnes, et si les solutions apportées sont pertinentes.

Dans cette perspective, l'enchaînement qui sous-tend la mise en place des CNE, CPE est le suivant :

1) le taux de chômage en France est trop élevé

2) ce chômage touche prioritairement les jeunes (22% fin 2004 selon l?Insee), il faut donc cibler l'action sur cette catégorie de la population

3) si les jeunes sont au chômage, c'est en raison i) d'un manque d'expérience, ii) de la rigidité du marché du travail, qui rend difficile les licenciements, donc l'embauche

4) en mettant en place des contrats plus flexibles, les entreprises vont être incitées à embaucher des jeunes, qui vont ainsi pouvoir accumuler l'expérience qui leur fait défaut

 

Or, il y a des failles importantes dans ce raisonnement :

1) sur le premier point, rien à dire : oui, il y a un problème de chômage en France !

2) non, ce chômage ne touche pas prioritairement les jeunes, mais les moins qualifiés, c'est donc eux qu'il faut cibler (Cf. la discussion sur le taux de chômage des jeunes),

3) si les personnes les moins qualifiées sont au chômage, ce peut être pour deux raisons :

            * elles coûtent trop chère, d'autant plus quand la concurrence se déploie à l'échelle internationale

            * les entreprises n'en ont pas besoin, car elles n'utilisent, comme ressource, que du travail qualifié (du capital humain dira l'économiste)

 

S'agissant du problème du coût : dans les médias, on nous dit que forcément, la France court à la catastrophe puisqu'un ouvrier tchèque coûte 7 fois moins cher qu'un ouvrier français, un ouvrier chinois coûte 30 fois moins cher. Comment, dès lors, s'en sortir ? En fait, cette comparaison n'a pas de sens : tout dépend de l'efficacité des salariés pendant leur temps de travail, autrement dit tout dépend de leur productivité. Ce n'est pas le coût du travail qu'il faut comparer, mais le coût salarial unitaire, rapport entre le coût du travail et la productivité. Du point de vue de l'action publique, ça change tout : plutôt que de faire pression à la baisse sur les salaires, il conviendrait de se donner les moyens de gagner en productivité. Comment ? En tentant d'accroître l'effort d'investissement en capital, en formation et en recherche... (je ne développe pas, mais renvoie le lecteur intéressé à mon ouvrage à paraître sur « les nouvelles géographies du capitalisme » J !)

 

Quand ce n'est pas le coût qui pénalise les salariés les moins qualifiés, mais « simplement » le fait que l'on a besoin uniquement de travail qualifié, le problème est le même : c'est seulement en requalifiant les personnes les moins qualifiées que l'on pourra assurer leur insertion sur le marché du travail.

 

Dans tous les cas, donc, l'enjeu essentiel, en termes de politique économique, n'est pas de flexibiliser le marché du travail, mais d'accroître l'effort de formation, à la fois initiale (problème des jeunes sortant du système éducatif sans qualification) et continue (comment réemployer une personne si, trente années durant, elle a répété le même geste sur une chaîne productive ?).

Publié dans Emploi

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oussama 20/11/2009 08:47


http://anti-chomage.com/


Djiheldé 09/03/2006 19:09

J'admets que mon propos est lapidaire - c'est la contrainte du blog ...   Plutot que d'entrer dans des débats qui seront difficiles à mener dans ce cadre, je vous promets de vous faire suivre mes travaux à Poitiers dès que j'aurai un peu avancé...
En attendant, je continue de vous lire !

Olivier Bouba-Olga 09/03/2006 19:27

ok!

Djiheldé 08/03/2006 19:50

c'est bien rare les auteurs qui mettent en avant le lien entre productivité et chomage. O combien vous avez raison ... on pourrait d'ailleurs parler du lien entre productivité et pauvreté, qui appelle le même remède que celui que vous préconisez. Mes propres travaux mettent aussi en évidence le lien entre chomage et inefficience du secteur public  : pour résumer, la sous productivité du secteur public entraine un accroissement des prelèvements qui entraine une exigence de productivité des travailleurs du secteur concurrentiel ce qui entraîne l'élimination des travailleurs les moins qualifiés. Cette élimination est ralentie par l'acceptation d'un déficit qui génére de l'endettement ... Mais lorsqu'il n' y a plus cette possibilité, la sortie est douloureuse ! 
La régression du chomage appelle aussi des gains de productivité forts dans le public, ce qui appelle une rég ulation concurrentielle forte.

Olivier Bouba-Olga 09/03/2006 10:06

l'enchaînement que vous proposez entre chômage et inefficience du secteur public me laisse un peu perplexe... comment mesurez vous la productivité du secteur public? qu'appelez vous une régulation concurrentielle forte de ce secteur?

david 03/03/2006 17:32

"3) si les jeunes sont au chômage, c'est en raison i) d'un manque d'expérience"je ne crois pas en cet argument.En quoi l'expérience d'un jeune Français est elle différente de celle d'un jeune anglais ?Par contre on aurait pu dire que le chomage des jeunes touche particulierement les jeunes non qualifiés (regardons les chiffres et pas la télé...).ceux là recherchent donc des emplois non qualifiés et c'est ici que ça bloque puisque l'offre de ce genre d'emploi tend à s'affablir de plus en plus... (une des causes en est d'ailleurs la mondialisation des échanges et emploi, cf article du même nom sur le site de l'insee).

Olivier Bouba-Olga 03/03/2006 18:00

d'accord avec tout ce que vous dites, d'ailleurs il me semble que c'est ce que je dis dans l'article, non?