Solution du "Qui a dit?"

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Bravo à tous: c'est bien Emmanuel Todd. Dans une interview sur France Info. Avec plusieurs extraits intéressants :

Dans la deuxième vidéo, vers la 12'. Emmanuel Todd explique que "la cause fondamentale de tous les problèmes, on la connaît, mais on n'a pas le droit d'en parler : c'est le libre échange". On n'a pas le droit d'en parler, dit-il sur France Info, avant d'en parler bientôt au Sénat (cf. infra), et un peu partout, depuis quelques années. Plus loin "on ne peut pas affronter cette question, "en raison du sous-développement idéologique et intellectuel de nos élites économiques".

Dans la 3ème vidéo, autour de la 3', retour sur la question du protectionnisme. Todd redit que nos problèmes sont liés au libre-échangisme, et qu'un protectionnisme serait la solution de nos problèmes. Il ajoute que le discours sur le protectionnisme est long à prendre dans nos sociétés, qu'il faut sans doute attendre, nos élites et nos économistes n'ont pas compris; mais ils ne pourront pas résister longtemps, car tout le monde souffre. Ces évolutions idéologiques sont très lentes, il faut attendre des catastrophes politiques...  "Je rève d'écrire l'histoire des économistes libéraux qui ont contribué à la montée au pouvoir d'Hitler". Rien que ça. Vous doutez des vertues du protectionnisme? Eh bien vous préparez ce faisant l'arrivée d'un nouvel Hitler... Réaction d'un des journalistes ? Aucune. Je ne sais pas ce qui est le plus désolant : les propos de Todd ou bien l'absence de réaction des journalistes.

Episode 3, même séquence, autour de la 7' : Philippe Cohen interroge Todd sur la difficulté de pénétration du protectionnisme, est-ce que ça ne viendrait pas de la diabolisation de cette idée, notamment par la gauche, car cette idée serait liée au nazisme, au nationalisme, etc... Réponse de Todd : Non, non, on peut défendre une autre thèse : c'est l'ouverture aux échanges et  la première globalisation qui ont mené à la première guerre mondiale puis ensuite au nazisme". Sur le caractère supposé anti-protectionniste du PS, explication toute simple : "le coeur du PS, ce sont les fonctionnaires, le statut de fonctionnaire vous met à l'abri du marché mondial, d'où la tendance du PS a être anti-protectionniste."

J'ai vu cette vidéo il y a quelques semaines, suite à un commentaire sur un de mes billets. J'y ai repensé il y a quelques jours, quand j'ai vu passer une invitation pour un dîner-débat (ou quelque chose dans le genre) au Sénat autour d'Emmanuel Todd. Il va y parler d'Europe, et, n'en doutons pas, de protectionnisme européen. Combien de sénateurs vont être convaincus par ses propos ? Je n'en sais rien. Mais je trouve qu'il y a quelque chose de pourri dans notre beau pays...

Publié dans Mondialisation

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Mirr 10/07/2008 22:57

Vous me décevez un peu avec ce post, Oliver Bouba-Olga. Même si Todd a des propos peut-être un peu extrêmistes sur la question, tout ce qu'il dit n'est pas forcément absurde ...Je ne trouve pas absurde de parler d'un retour à une certaine dose de protectionnisme ...Les accord d'auto-limitation, c'était pas du protectionnisme caché pour restructurer les entreprises occidentales, peut-être, face à la montée de pays à bas coût de main d'oeuvre (notamment dans les industries textile et automobile)? ... En quoi serait-il absurde que cela se reproduise de manière plus claire ? Pourquoi le protectionnisme éducateur ne s'appliquerait-il pas à des industries vieillissantes (pour un temps donné, comme le veut le principe de protectionnisme éducateur) ?Les pays comme la Chine et l'Inde vont bientôt développer les industries tertiaires et de haute qualité, et plus aucune branche des économies occidentales ne sera à l'abri de la concurrence asiatique. Ce n'est pas dramatique si on sait y faire face, sinon je pense vraiment que ça peut devenir problématique, même si en France le problème des délocalisations n'est pas encore trop important ...Il ne faut pas combattre le protectionnisme en général (position de l'OMC) comme il ne faut pas combattre le libre-échange en général (position d'aveugles), tout dépend des situations, des moments ... ça me parait assez logique.Après, peut-être que je dis n'importe quoi étant donné que je suis loin d'être un économiste ... Mais si j'ai tord, j'aimerais comprendre pourquoi, parce que je ne vois pas vraiment de raisons, là. Oo

todd 10/06/2008 01:27

il est jaloux le olivier gloubi-boulga, c'est tout !!!

david 09/06/2008 12:33

@RASTA_83: Noam Choamsky est scientifique certes, mais son champ scientifique, c'est la linguistique (ou il est mondialement reconnu: c'est effectivement un des plus grands scientifiques actuellement vivant). Pour le reste, c'est avant tout un argument d'autorite, et il n'est pas beaucoup mieux arme que le citoyen lambda.

momo 08/06/2008 00:22

Citez un seul grand pays qui n'ait jamais fait de protectionnisme. Encore aujourd'hui USA, Japon, Chine, Inde etc. sont beaucoup plus protectionnistes que l'U.E. qui est le continent le plus libre échangiste du monde et qui avec l'euro a le taux de change le plus élevé du monde.Pourquoi récompenser le travail des enfants, l'interdiction des syndicats libres, le travail des prisonniers, la sous-évaluation des taux de change etc.Il est vrai que le traité de Lisbonne constitutionnalise le libre échange qui permet de faire mourir en toute impunité 5 millions d'enfants chaque année dans les pays pauvres, ceux qui sont exclus du marché(Jean Ziegler).Le fait d'être économiste de profession n'interdit pas de dire de grosses conneries: par exemple la politique ultra-libérale ou ultra- conservatrice a amené les courbes parallèles du taux de chômage et du vote pour le parti nazi de 5% en 1928 à 32% en 1932.Plutôt que l'argument d'autorité (je suis économiste) on attend l'argumentation. Et qui nous fera croire que les économistes sont d'accord entre eux sur ce sujet comme sur bien d'autres?

Emmeline 05/06/2008 08:09

"Qu'on donne la place à de vrais universitaires plutôt qu'à ce charlatan."C'est bien là le drame : Emmanuel Todd est docteur en histoire et chercheur à l'INED. Aucune excuse.