L'attractivité de la France : nouvelle livraison d'Ernst&Young

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Les résultats 2007 de l'étude d'Ernst & Young sur les projets d'investissement en Europe vient de sortir. Le Figaro s'en fait l'écho, avec le discours habituel : certes, la France est attractive, mais bon, l'avenir est sombre, en raison de trois handicaps majeurs : "le niveau des charges fiscales de l'entreprise, la flexibilité du droit du travail et les coûts salariaux".

J'avais déjà commenté les résultats 2005 (ici) et 2006 (), en signalant le décalage entre les discours et les faits. Avec les années, rien ne change : ni les discours (l'attractivité de la France est compromise), ni les faits (l'attractivité de la France est forte).

Petit éclairage rétrospectif via la reconstruction des données Ernst&Young depuis 1999 (il me manque l'année 2001), voici ce que ça donne :
Depuis 8 ans, la France concentre autour de 15% des projets. Si vous voyez quelque chose qui ressemble à une tendance baissière, dites-moi...

A la vue de ces résultats, on appréciera les propos de Christine Lagarde, qui a déclaré en juillet dernier : "Vous qui partez chercher au loin les clés du paradis fiscal, je vous dis : revenez, ce n’est plus le purgatoire, ici."
Compte tenu également du décalage entre le discours plutôt calamiteux des dirigeants, et les faits statistiques qui le sont beaucoup moins, on appréciera la mise en place il y a quelques années des conseils de l'attractivité, qui "consistent à réunir autour du premier ministre une trentaine de dirigeants de groupes internationaux qui viennent livrer leur diagnostic sur la France comme terre d'investissement", diagnostic sur la base duquel seront élaborées "des propositions qui s'inscriront dans le projet de loi de modernisation de l'économie", dixit toujours Christine Lagarde (source : un autre article du Figaro).

Publié dans Mondialisation

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erick 19/02/2009 14:13

BonjourQuestion ingénue : quand Mittal achète Arcelor c'est bien un investissement en France ?Bonne journée

Steve D 24/06/2008 11:54

...petite précision toutefois...La population française s'élève à 64 millions d'habitants, soit  environ 25 % de l'ensemble UK/Ger/Esp/Bel/Pol/Irl/PB (faites le calcul). Je sais bien qu'il y a la Russie qui fausse la statistique, mais mettons la de côté pour l'instant.Ceci signifie que la part des investissements étrangers en Europe réalisés en France devrait s'élever à 25%, si l'attractivité des pays était équirépartie !

bof 18/06/2008 21:36

À la lecture du rapport, je ne comprends pas tes conclusions.
Le trend est mauvais pour l'Europe de l'Ouest page 5 et page 8, spécifiquement pour la France - explicité page 26 ; baisse d'emplois page 24 et de projets page 25. (investissements essentiellement dans les services)
Attractivité française faible, ou moyenne moins, innovation page 34, innovation et éducation page 39.

Olivier Bouba-Olga 07/06/2008 16:05

@ mirabelle : je n'ai pas développé outre mesure, car je l'avais déjà fait dans les billets précédents, notamment celui de 2006. En appeler aux dirigeants pour savoir ce qu'il faut faire me semble notamment biaisé (ce qui n'empêche pas de les entendre, mais ne pas croire qu'ils détiennent la vérité). Sur les mesures de Lagarde, certaines sont pertinentes, d'autres moins. Ses déclarations sont en revanche faitguantes, notamment : "avant c'était le purgatoire". bon, c'est du discours politique, mais qui irrite l'économiste que je suis.@ PK : oui, les projets accueillis par la France, plus généralement par les pays europe occidentale (à l'exception du UK), sont de taille réduite. Ca n'est pas un pb d'attractivité, c'est lié à la spécialisation productive des pays : activités intensives en main d'oeuvre dans les PECO, activités intensives en capital et en capital  humain à l'Ouest. Le nombre de projets est à mon sens un meilleur indicateur d'attractivité. Sachant que focaliser sur la question de l'attractivité est contestable, ce n'est pas l'objectif essentiel des politiques économiques.

PK 06/06/2008 12:44

Il n'y a pas que le Figaro qui parle de ce rapport. Le Monde en parle aussi dans son numéro daté du 6 juin, et le le classement français semble beaucoup moins bon que sur votre graphique.L'origine de la différence si j'ai bien compris: vous regardez le nombre de projets, le Monde regarde les créations d'emplois.Est-ce à dire qu'en France nous attirons beaucoup de projets, mais que ce sont surtout des petits projets qui créent peu d'emplois ?