Les prévisions de croissance du gouvernement sont-elles crédibles?

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Le ministère de l'économie et des finances vient de publier ses prévisions de croissance pour 2006 et 2007 :  la croissance française se redresserait et serait comprise entre 2 % et 2½ % en 2006 et en 2007 » (p. 2 du rapport, à télécharger en cliquant ici).

Ces prévisions sont-elles crédibles? Pour en juger, on peut s'en remettre à un petit exercice très simple : quelles ont été les prévisions de croissance du gouvernement pour 2005? Quel résultat effectif a-t-on observé?
Petite chronologie instructive :
* Fin 2004, pour construire son budget, le gouvernement table sur 2,5% de croissance.
* février 2005 : Thierry Breton révise les prévisions à la baisse : croissance située entre 2 et 2,5%
* mi-août 2005 : il redresse encore, prévision entre 1,5% et 2%
* au final, la croissance aura été de 1,4%...

Problème d'incompétence? Pas sûr... Deux raisons essentielles expliquent ce trop grand optimisme :
- La croissance dépend pour une partie non négligeable des anticipations que les acteurs en ont : si les consommateurs anticipent de la croissance, ils vont consommer plus ; si les entreprises anticipent de la croissance, elles vont investir plus. Le politique a donc tout intérêt à convaincre les acteurs que la croissance attendue est forte. Tout le problème étant de savoir si les prévisions sont crédibles.
- les recettes fiscales de l'Etat sont le produit du taux d'imposition et des richesses créées. Avec une taux de croissance anticipée important, on peut inscrire dans la loi des finances des recettes plus importantes, et caler les dépenses en conséquence...
Bien sûr en fin d'année, quand on constate que la croissance n'a pas été au rendez-vous, on se désole de voir le déficit se creuser... mais on s'empresse, de nouveau, de faire des pronostics très optimistes pour l'année suivante !

Quelle solution? Sans doute de demander à une institution indépendante de procéder aux estimations, et d'obliger le gouvernement à s'en remettre aux prévisions de cette institution. Sur le premier point, l'Insee fait déjà le travail, et force est de constater que ses prévisions de croissance sont toujours moins optimistes que celles du gouvernement. Mais jusqu'à présent, le gouvernement a tout loisir de s'appuyer sur ses propres prévisions, plutôt que de s'en remettre à celles de l'Insee...

Publié dans Croissance

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enzo d'aviolo 10/03/2006 14:14

merci pour ce lien, je vais lire cela avec intérêt.
d'accord avec tout le reste du constat.
J'ai néanmoins un avis plus politisé qu'économique sur  l'explication de la dérive vers le tout croissance! c'est d'une part le fondement même de toute politque libérale dans la mesure où plus on creé de croissance, plus le pouvoir est confisqué par un petit nombre et d'autre part, c'est la dérive populiste qui est de plus en plus importante, à savoir que l'on simplifie le discours au maximum (plus de croissance, moins de dette et vous verrez, vous aurez un emploi) pour éviter au peuple de se poser d'autres questions.
Vous l'expliquez très bien.
La gauche est tombée dans le piège malheureusement et seule une petite frange politque (et non économique) commence à reconstruire un discours divergent vers des notions plus humaines en recadrant le discours vers des objectifs sociétaires et non pas sur de l'économie. Il est temps que cela change.
Cela fait plaisir néanmoins de voir un économiste discourir ainsi. Pour avoir cotoyé les bancs de l'université économique, vous ne devez pas être la norme dans ce domaine. Mais en parlez vous à vos étudiants de ce sujet philosophiquement majeur et très interessant.....

A.L. 10/03/2006 11:19

Le lien croissance=bien-être est une sorte de sophisme économique assez étrange...De même que le lien croissance=emploi.Le souci est que l'économiste est passé du rôle de simple conseiller à celui de décideur politique de l'ombre.Tandis que l'économie et la croissance ne sont plus des moyens afin d'atteindre certaines fins (Bien-être, projets sociaux, rayonnement de la nation, éducation, etc selon les orientations idéologiques nationales...) mais sont devenues les nouvelles fins.A étudier dans l'Histoire : les moments où la domination de l'un ou l'autre a amené sa résultante. (En gros, qu'est ce qui est arrivé en premier : la domination de l'économiste dans le champ politique, ou la domination de l'économie au niveau des politiques nationales ?)Ces modifications dans la logique des citoyens ou politiques (Economie=fin, croissance=emploi et bien-être...) ont pris racine au fil des décennies où le développement des nations du Nord passait nécessairement par un développement économique poussé... (Révolution industrielle, 30 glorieuses, reconstruction, échanges de plus en plus intense, etc.)Désormais, notre croissance n'est peut-être plus prioritaire : peut-être avons-nous atteint un stade critique dans les richesses produites, infrastructures, taille de nombreuses entreprises... qui amène tout simplement notre PIB et notre croissance à se jouer sur des "détails", quelques ventes supplémentaires ou perdues, un ou deux projets de plus grande ampleur.Un état qui amène la croissance à quasi-inutile, dans un sens. La croissance pour la croissance, la richesse pour la richesse, surtout lorsqu'elle est aussi volatile, n'est peut-être plus nécessairement prioritaire.Au niveau des "critiques des idéologies pro-croissantes", y compris en économie, on trouve cet ouvrage et cet auteur :http://classiques.uqac.ca/contemporains/georgescu_roegen_nicolas/decroissance/decroissance.htmlGeorgescu-Roegen a développé une théorie économique basée sur la physique thermodynamique, là où la majorité des économistes développe une théorie basé sur la physique mécanique. (En macroéconomie, pour le peu que j'ai vu, les théories et principes reproduisent les mêmes schémas, quasiment, qu'une bonne physique Newtonienne de base...)Cette théorie critique de la manière la plus réaliste qui soit cette folie de la croissance, en présentant par exemple le concept d'entropie.Très court, à lire seulement les deux premières parties, la troisième étant une critique de la "croissance 0". Je crois que Samuelson avait signalé, au sujet de cette oeuvre, que l'on ne pouvait plus être économiste et fier de son travail après l'avoir lu. :o)A.L.

enzo d'aviolo 10/03/2006 10:17

tout à fait d'accord avec gérardo!
A quoi sert la croissance est la bonne question! la confiance est à mon avis l'élément majeur.
A quoi sert la croissance? Il est d'utilité publique, dans certains secteurs, qu'il n'y ait pas de croissance quand on sait pertinemment que la production ne trouvera pas de débouchés et qu'elle sera automatiquement subventionnée pour sauvegarder des activités moribondes!
Il est temps de se poser la question des facteurs économiques de progression sociale si l'on veut sortir de ce raisonnement faux: croissance = bien être!
c'est à la gauche non libérale de proposer sur ce terrain ce que le libéralisme ne peut proposer, le principe de la croissance concourant à son essence même!
nous ne sommes malheureusmeent plus dans les 30 glorieuses où toute production trouvait consommateur en augmentant indiscutablement le niveau de vie!

gerardo économium 10/03/2006 10:06

en effet... cependant, même si la croissance était au rendez vous, les anticipations des agents pour l'avenir seraient elles meilleures??? Sur quoi repose les anticipations des agents économiques? la confiance en l'avenir. Le taux de croissance de la France serait il le seul facteur qui puisse redonner aux acteurs économiques, que nous sommes tous, confiance en l'avenir. j'en doute. mais peut etre que je me trompe... le problème principal n'est il pas: que fait on avec cette croissance?  La croissance doit etre un outil pour autre chose, aller plus loin pour plus d'équité social, plus de bien être pour l'ensemble de la population. Or, nos gouvernements font de la croissance une fin en soi. Ne faudrait il pas se demander si même avec moins de croissance, on peut réaliser des politiques économiques, social, environnemental, etc..., qui vont dans le sens du bien être pour tous. De plus, mais est-il necessaire de le rappeler, le taux de croissance d'un pays est loin d'etre un indicateur satisfaisant. Alors, il serait temps de montrer une autre image de la situation du pays en se tournant vers d'autres indicateurs qui pourraient redonner une fierté à ce pays. Et c'est peut être bien là que des institutions indépendantes compétentes auraient une approche beaucoup plus interessante que des politiques bornées sur un taux de croissance... voilà...