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Je suis maître de conférences à la Faculté de Sciences Economiques de l'Université de Poitiers et chargé d'enseignement à Sciences Po Paris (premier cycle ibéro-américain). Le but de ce blog est de commenter l'actualité économique et politique, pour montrer que les économistes peuvent parfois produire des analyses utiles.

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  Colloque "Dynamiques de Proximité : le temps des débats", 14 au 16 octobre 2009, Poitiers [Allez-y!]
Vendredi 24 mars 2006

C’est bien connu, la France se désindustrialise… Les entreprises partent en Chine ou dans les Pays d'Europe Centrale et Orientale, les salariés partent au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis….

Dans « Les nouvelles géographies du Capitalisme », je tord le cou à la première idée. Dans ce petit billet, je propose de m’attaquer à la deuxième idée.

 C’est en fait la lecture d’un billet de Ceteris Paribus à propos d’un article du Figaro qui m’a décidé. Ce grand quotidien affirmait qu’un million de jeunes français travaillent désormais à l’étranger. Idée implicite sous-jacente : la France fait fuir ces jeunes, impôts trop élevés, grèves trop nombreuses, anti-réformisme notoire, etc… Et il ne se passe pas un mois sans qu’on nous parle de tous ces français qui partent travailler à Londres, nouvel eldorado économique, car la flexibilité, Monsieur, eux ils savent ce que c’est !

 Sauf qu’il y a un biais dans ce type d’exercice : si l’on veut comparer l’attractivité de la France et du Royaume-Uni, autant se doter de statistiques sur les deux pays, et non pas regarder uniquement les Français qui partent à Londres (Le problème est le même s’agissant des délocalisations : il convient de comptabiliser l’activité qui sort de France, d'analyser l'ensemble des destinations, mais aussi de comptabiliser l'activité qui entre dans le pays : la France est la troisième terre d'accueil des IDE, la deuxième des pays développés...).

 Dans cette perspective, une étude récente de Bailly, Mouhoub Mouhoud et Oudinet intitulée « Les pays de l’Union Européenne face aux nouvelles dynamiques des migrations internationales » est particulièrement instructive. Elle s’intéresse aux quinze pays de l’UE, fourmille de résultats passionnants, mais je vais me focaliser ici sur la comparaison France – Royaume Uni. Quatre idées essentielles se dégagent de l’analyse :

 Première idée : les migrants originaires de l’UE à 15 représentent 18% de l’ensemble des migrants en France contre 16% au Royaume-Uni.

 Deuxième idée : en 1995, sur 100 migrants diplômés de l’enseignement supérieur s’installant dans l’UE à quinze, 24 s’installent en France contre 18 au Royaume-Uni. En 1999, les chiffres sont respectivement de 30% (France) et de 4% (Royaume-Uni).

 Troisième idée : la part des migrants diplômés dans le total des migrants est de 36% en 1995 en France contre 13% au Royaume-Uni. En 1999, les chiffres sont de 43% pour la France et de 10% pour le Royaume-Uni.

 Quatrième idée : la part des migrants diplômés qui ont des contrats temporaires en France est 3,1 fois supérieure à la part des salariés diplômés qui ont ce type de contrat en France. Au Royaume-Uni, cette part est 8,1 fois supérieure…

Bien sûr, il convient de rester prudent dans l'interprétation de ces chiffres : la part des migrants diplômés en France s'explique en partie par une politique migratoire restrictive vis-à-vis de la main d'oeuvre moins qualifiée, politique que certains ont envie d'accentuer (immigration choisie!)... Il n'en demeure pas moins que la France est plus attractive que le Royaume-Uni pour les diplômés de l'enseignement supérieur (cf. deuxième idée).

Ils sont fous ces migrants...

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Emploi
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Commentaires

merci de tordre le cou une fois de plus aux idées reçues martelées par la pensée unique.


La France est loin d'être le pays qui se dégraderait parce que résistant au libéralisme sauvage. La politique de la peur et de la comparaison arrangeante fait son chemin pour le plus grand bonheur des libéraux.


C'est pourquoi il est utile de rappeler qu'en France, on résiste et qu'on en a les moyens. Le 29 mai l'a clairement rappelé!

Commentaire n° 1 posté par enzo d'aviolo le 24/03/2006 à 21h57
et je lis sur http://riennevaplus.overblog.com que Blair se lamente du départ des jeunes anglais
Commentaire n° 2 posté par brigetoun le 25/03/2006 à 19h06
Commentaire n° 3 posté par brigetoun le 25/03/2006 à 19h08
Eurostat publie une étude sur les expatriés européens en Europe.
Commentaire n° 4 posté par Eric Lauriac le 30/03/2006 à 22h30

Et si le pire était à venir ?


par exemple, que va-t-il se passer le jour où la france ne pourra plus s'endetter ? Accroitre les impôts de 25 %.


J'ai une idée, qui plaira à Enzo ... Faisons payer les patrons (peut importe qui trinque au final) !

Commentaire n° 5 posté par Djiheldé le 01/04/2006 à 07h09
je ne crois pas que "le pire" soit à venir. Je pense sincèrement qu'il ne faut tomber ni dans le catastrophisme, ni dans l'optimisme béat, mais poser les bons diagnostics (job des économistes), émettre des propositions d'action adaptées (job des politiques) et trancher entre ces propositions (job des citoyens).
Réponse de Olivier Bouba-Olga le 01/04/2006 à 08h16

Et si le pire était à venir ?


par exemple, que va-t-il se passer le jour où la france ne pourra plus s'endetter ? Accroitre les impôts de 25 %.


J'ai une idée, qui plaira à Enzo ... Faisons payer les patrons (peut importe qui trinque au final) !

Commentaire n° 6 posté par Djiheldé le 01/04/2006 à 07h09

Au passage, quand vous dites que la France est un pays qui attire les investisseurs ... je constate que ces investissements vont dans des secteurs trés pointus exigeant des travailleurs à haute qualification.


Ceci dit, les choses ne sont jamais ni blanches ni noires (tiens, mais c'est la dialectique) , et à coté d'évolutions favorables, il y en a de trés défavorables. Il suffit donc d'éclairer le coté que l'on veut. Bon, en attendant, nous avons toujours un taux de chomage elevé, un PIB par habitant modeste et une faible croissance.  

Commentaire n° 7 posté par Djihéldé le 01/04/2006 à 07h23
ok sur le premier point.
Sur le deuxième, entendons nous bien : mon objectif n'était pas de dire que la France est supérieure au RU ! Il était de lutter contre une idée reçue qui m'exaspère (tous les jeunes vont à Londres chercher du travail).
Il y a bien sur des pbs à régler des deux côtés de la Manche, mais si on veut les régler, autant commencer par faire les bons diagnostics, et ne pas s'en remettre à des idées reçues!
Réponse de Olivier Bouba-Olga le 01/04/2006 à 08h18

encore un champion de la fraude intellectuelle:


1999 migrants


france:ue 6500 non eu:79800


royaume uni: eu:61943 non eu:176560


 


 

Commentaire n° 8 posté par jck le 02/04/2006 à 00h39
ben voyons. ce que je dis s'appuie sur des chiffres dont je donne les sources. Prière de faire de même pour les chiffres que vous citez.
Réponse de Olivier Bouba-Olga le 02/04/2006 à 09h08
"ben voyons. ce que je dis s'appuie sur des chiffres dont je donne les sources. Prière de faire de même pour les chiffres que vous citez."
la meme source que toi,mais faut la lire jusqu'au bout [page 59]:
une étude récente de Bailly, Mouhoub Mouhoud et Oudinet
http://www-les-lundis.ined.fr/textes/Bailly-%20Mouhoud.pdf
Commentaire n° 9 posté par jck le 02/04/2006 à 13h08
ok, je viens de voir ces chiffres. Ceci dit, les chiffres indiqués dans mon billet se trouvent aussi dans l'article ! je n'ai pas "truqué" les comptes... L'explication de l'écart (sauf erreur de ma part) tient au fait que les chiffres que je cite s'appuient sur l'enquête LFS, ils concernent seulement les migrations pour travail (de + c'est un travail sur échantillon). LEs chiffres de la fin concernent tous les migrants. Dans un autre commentaire, quelqu'un fait un lien vers une autre étude intéressante sur les migrations, selon laquelle les migrations pour travail ne concernent que 25% de l'ensemble. Vu que mon objectif était de mettre en question l'idée reçue selon laquelle tous les français fuient au RU pour travailler, je pense que l'enquête LFS est indiquée. MAis je suis preneur d'autres résultats sur ce sujet, même si (ou surtout si) ils montrent le contraire de ce que je voulais montrer. Tout ca pour dire que y'a sans doute moyen de contester ce que je dis sans commencer par des accusations de malhonneté intellectuelle, chose que, de manière générale, je cherche à éviter!
Réponse de Olivier Bouba-Olga le 02/04/2006 à 19h04

desole mais c'etait un peu gros:


d'apres l'etude que VOUS citez,la France est un des 2 pays [l'autre est la Grece] qui recoit moins de migrants de l'ue qu'en 1985.


Elle recoit moins de la moitie de migrants de l'ue que l'Irlande pays qui a 10 fois moins de population , 20 fois moins que l'Allemagne...tout ca ne veut pas dire que les jeunes francais fuient a Londres,mais ca veut que personne ne precipite vers la France en tous cas et ca c'est tres clair => France is NOT attractive

Commentaire n° 10 posté par jck le 03/04/2006 à 11h06
ok, mais attention à ne pas raisonner que sur une année et une seule. Ci-dessous un extrait d'une intervention de Abye MAKONNEN, représentant de l'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM):
"Quelques observations sur l'évolution des flux migratoires en Europe. À partir des années 60, la balance entre émigration et immigration était rétablie dans plusieurs pays de l'Europe occidentale. Vers le milieu des années 70, il a été mis un frein au recrutement de main d'oeuvre étrangère. Cependant, les années 90 virent un regain important de flux migratoires vers les pays de l'Europe du Sud. Entre 1960 et 2000, la population de l'Europe de l'Ouest s'est accrue de 4,3% à travers un afflux de 16,7 millions de personnes. Les pays de destination les plus importants étaient l'Allemagne (8,5 millions), la France (3,9 millions), les Pays-Bas (1 million), le Royaume-Uni (0,9 millions) et la Suisse (0,8 millions). En résumé, en 1950 l'Europe occidentale hébergeait 3,8 millions de migrants, alors qu'au début des années 70 leur nombre atteignait les 11 millions. Au début du XXIe siècle, ils en totalisent 20,5 millions." (http://cubitus.senat.fr/rap/r03-273/r03-2732.html#toc15).

Bien sûr, il faudrait distinguer entre migrations choisies/subies, pour le travail/pour d'autres raisons, selon les pays d'origine, voir comment ca évolue pour chaque pays, etc... Mais dire que la France is NOT attractive est un peu rapide, non?

Je ne suis pas expert en migrations internationales, mais je connais bien la géographie des activités économiques, et je peux vous dire que l'affirmation selon laquelle la France n'est pas attractive est des plus fausse!

Bon, à charge pour qui voudra de trouver un texte documenté permettant de faire le point de manière plus claire et plus complète sur la question !
Réponse de Olivier Bouba-Olga le 03/04/2006 à 12h19
JCK:
La difference entre le RU et la France, c'est que les entreprises du RU n'arrivent pas a trouver leurs employés sur le marché local. Resultat elles font venir des Européens de l'Est. C'est moins un problème d'attractivité (et de forte croissance) que de système scolaire et de solde démographique détriorés.


Commentaire n° 11 posté par Eric Lauriac le 04/04/2006 à 16h54

Les Français installés en Grande-Bretagne sont peu nombreux (95 000). Les personnes qui entrent en Grande-Bretagne le font davantage pour leurs études que pour le travail. Celles qui quittent la Grande-Bretagne sont d'âge actif et très peu sont des retraités.


Une désinformation insidieuse veut nous faire croire que les jeunes Français quittent la France pour trouver ailleurs un emploi qu'ils ne trouvent pas chez eux, en particulier pour aller en Angleterre. Dans l'autre sens, seuls les retraités viendraient s'établir en France. Les partisans du libéralisme économique trouvent des médias très complaisants pour diffuser cette propagande, bien différente de la réalité.


Comme le montrent les statistiques britanniques, lors du recensement de 2001, les Français ne sont pas très nombreux en Grande-Bretagne : 95 100 (38 100 à Londres). En proportion de la population française pour 2001, seulement 0,16 pour cent des Gaulois se trouvent chez les Grands-Bretons, à comparer avec 0,32 % pour les Goths. Les pays présentés comme des modèles de réussite ont une proportion plus importantes de leurs nationaux en Grande-Bretagne : Danemark (0,35 %), Pays-Bas (0,25 %), Suède (0,25 %), de même que l'Allemagne (0,35 %) qui a longtemps été présentée comme un modèle.
L'Irlande est un cas particulier (14,11 %) et les mérites tant vantés, mais artificiels, de l'économie irlandaise n'incitent guère les Irlandais à retourner dans leur pays.
...
Le principal motif est les études (26,4 %) pour ceux qui vont en Grande-Bretagne et pas le travail (22,3 %), alors que le principal motif est le travail (25,2 %) pour ceux qui quittent la Grande-Bretagne, les études comptant très peu (3,0 %).
...
Si l'on examine l'âge des migrants, ce ne sont pas des cohortes de retraités qui quittent la Grande-Bretagne mais pour l'essentiel des personnes d'âge actif. Les retraités ne sont que 2,6 % parmi ceux qui quittent la Grande-Bretagne (retraite à 60 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes). La plus grande proportion d'entrées entre 15 et 24 ans provient d'une beaucoup plus grande proportion d'entrées pour les études.


Lire http://travail-chomage.site.voila.fr/britan/gaulois.htm
pour plus d'informations, avec tableaux statistiques des migrations.

Commentaire n° 12 posté par Laurent le 01/02/2007 à 15h35
Si vous voulez visiter Londres et voulez des renseignements et des bons plans, vous pouvez jeter un oeil au site visiter-londres.fr
Commentaire n° 13 posté par visiter londres le 28/05/2009 à 18h30

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