Le modèle social français

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Pour dénoncer la faillite du modèle social français, on s'appuie souvent sur l'analyse du taux de chômage, effectivement plus élevé en France que dans de nombreux autres pays développés. Se limiter à l'analyse de cet indicateur est cependant problématique, surtout lorsqu'ensuite, on vante les mérites du modèle américain ou britannique, qui "produisent" un taux de chômage significativement plus faible.

Pour compléter le diagnostic, il convient de se doter d'autres indicateurs, notamment d'un indicateur permettant de caractériser les disparités de revenu que l'on observe au sein de chaque pays. Pourquoi? Car l'objectif économique essentiel de tout pays est d'assurer à l'ensemble des habitants un niveau de vie élevé et si possible croissant.

On constate alors que le classement des pays est sensiblement différent de celui qu'on observe en se limitant au taux de chômage, comme en témoigne le graphique suivant, paru dans Le Monde du 3 mai 2006 :

Contrairement aux autres pays de l'échantillon, la France n'a pas connu d'accroissement des disparités de revenu. Certes, les disparités restent plus fortes qu'en Allemagne, ou en Suède, mais elles sont sensiblement plus faibles que celles observées au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis (et les écarts se creusent sur la période).

Preuve en passant qu'aucun modèle n'est supérieur à l'autre : pour paraphraser le titre d'un article de Paul Krugman,
si la France est sans emploi (taux de chômage élevé), l'Amérique (ajoutons le RU) est sans le sou (disparités de revenu très forte) [Paul Krugman, "L'Europe sans emploi, l'Amérique sans le sou ?", Futuribles, n°201, sept. 1995, p. 58].

Est-on condamné à l'un des deux maux? Sans doute pas, car des pays comme la Suède sont parvenus à des compromis plus intéressants, avec faible taux de chômage et faibles disparités (on constate cependant que la situation de la Suède se détériore sur la période). Reste à identifier les politiques à mettre en oeuvre, en France, pour arriver à un tel résultat mieux équilibré. Dans cette perspective, prôner le rapprochement du modèle britannique ne semble pas la voie "royale"...

Publié dans Croissance

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wrath666 27/07/2006 13:19

"modèle social français"...L'expression me fait bien rire...

George 15/05/2006 20:36

A Etienne,"Etant donné que Blair fait montre d\\\'un libéralisme digne de Thatcher et Major dans les premières années"Il faut bien mesurer les enjeux des travaillistes lorsqu\\\'il reviennent au pouvoir en 1997 :1/    il n\\\'ont pas été au pouvoir depuis 19792/   les derniers gouvernements travaillistes étaient presque trotskistes !!!!!Blair devait se constituer une crédibilité et de chef de parti de gouvernement et de non casseur de la politique économique antérieure probusiness pour éviter de se mettre tout le monde à dos. Il a joué la politique contra-cyclique pendant 3 ans pour ensuite jouer à plein le pro-cyclique qui lui a réussi électoralement en 2001 mais plus vraiment en 2005.GL

etienne fillol 15/05/2006 14:37

@ OBO : "Blair a au moins permis de ralentir le creusement des disparités que Tatcher avait fait exploser" --> d'accord avec vous, Tony n'est pas le diable et il n'a pas fait que des choses catastrophiques. Mais peut-on accepter que la gauche se contente de "ralentir les inégalités" ? Je suis là plus politique qu'économique, je vous le concède par avance...

etienne fillol 15/05/2006 14:34

@Tonio : 1997, arrivée de Blair comme Prime Minister. Etant donné que Blair fait montre d'un libéralisme digne de Thacher et Major (surtout dans les 1° années qui ont suivi sa nomination), je serais très étonnné qu'il y ait eu infléxion de la courbe à cette date. Mais peut-être OBO aurait-il des éléments concrets à ce sujet ?...

Olivier Bouba-Olga 16/05/2006 05:37

on peut s'en remettre au graphique d'un précédent article :http://obouba.over-blog.com/article-2447420.htmlon voit que la rupture par rapport à Tatcher a été initiée sous Major, puis poursuivie sous Blair.S'agissant de l'action de Blair, on constate que les dépenses publiques ont augmenté significativement à partir de 2001. De 1997 à 2001, ce n'est pas le cas. Petit extrait d'un texte décapant pour dire que cet accroissement des dépenses publiques ne permet pas de juger pleinement du "blairisme" :
Si en effet la comparaison des dépenses publiques outre-Manche et en France montre bien que le gouvernement de Tony Blair et de Gordon Brown a fortement redressé le niveau de ces dernières à partir de 2001 (auparavant, entre 1997 et 2001, le gouvernement néo-travailliste avait moins investi dans les services publics que le gouvernement conservateur de John Major ...), les différents intervenants lors du colloque ont tous souligné qu’on ne saurait s’en tenir à ce constat simpliste et qui ne s’embarrasse d’aucun scrupule méthodologique. De fait on ne peut comparer que ce qui est comparable et sauf à tomber dans la caricature il est dangereux de rester à ce bas niveau digne du « benchmarking » le plus fruste et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord il faut tenir compte de l’immense abandon des services publics britanniques qui a rendu nécessaire d’injecter de toute urgence de l’argent dans la santé, les transports ferroviaires et l’éducation sous peine de voir ces secteurs s’effondrer tout simplement (que l’on songe aux dramatiques accidents à répétition du chemin fer de la fin des années 1990 !!). Ces dépenses ont donc souvent été des dépenses visant à remplacer et à combler le vide ce qui est loin d’être le cas en France. Ce simple fait invalide déjà toute comparaison grossière. De plus, plusieurs des universitaires présents lors du colloque (et qui sont tous des spécialistes confirmés de ces questions) ont tous affirmé que la profonde transformation du secteur public britannique, par suite de l’introduction de partenariats public-privé (« Public-Private Partnership » en anglais), rendait toute comparaison en stricts termes de dépenses, profondément erronée.
Il en va d’ailleurs de même avec l’épithète de « keynésien » aussi hâtivement et généreusement décerné à toute augmentation de la dépense publique sans qu’aucun critère quant à la nature des dépenses ne vienne moduler le caractère de la dépense. A ce compte là le financement de la guerre des étoiles par le président Reagan devrait valoir à ce dernier de figurer au panthéon du keynésianisme dans ce pays qui compte pas moins de 45 millions de personnes sans assurance maladie....
Enfin le blairisme en Europe n’est pas tant une doctrine de promotion du keynésianisme (le maniement de la dépense publique afin de réguler l’activité économique) qu’une exportation des principes de déréglementation, de privatisation et de flexibilisation, bref, une néo-libéralisation de l’Europe. Dans ce contexte, l’augmentation de la dépense publique ne dissimule pas que, des deux côtés de la Manche, les blairistes cherchent avant tout à modifier profondément les institutions de l’économie dans le sens d’une soumission accrue aux mécanismes marchands. C’est d’ailleurs cette dernière raison qui suscite tant d’admiration pour Blair du côté patronal français (source : Amable et al., en réponse à un article qu'ils jugent biaisé de Libération. Intégralité du texte : http://www.acrimed.org/article2182.html)

Tonio 15/05/2006 03:17

euh, Fabien, c'est parce que les points intermédiaires ne sont pas dessinés!  Il n'ya que 1980 et 2000. Sinon, au verrait au RU une progression beacuop plus forte jusqu'à 1997 et une baisse depuis. En France, je ne sais pas exactement mais il me semble que la période Jospin a baissé les inégalités. La précarité a augmenté, mais le chômage a baissé et la part des salaires dans la VA a augmenté, donc je pense que l'effet total est positif...