La compétitivité française

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Dans les nouvelles géographies du capitalisme, j'explique que pour se prononcer sur l'avantage concurrentiel des nations, on ne peut se limiter à une comparaison des coûts du travail : différentes logiques sont à l'oeuvre (logique de coût, de compétences, financière, impératif de flexibilité, rôle de la proximité vis-à-vis de la demande, vis-à-vis des fournisseurs, etc...). Et même s'agissant des logiques de coût, il convient de comparer non seulement le coût du travail, mais aussi l'efficacité de l'heure travaillée (la productivité), ainsi que, à côté des coûts de production, les coûts de coordination entre acteurs.

Dans cette perspective, KPMG vient de publier une étude particulièrement intéressante permettant de comparer, pour 9 pays développés (le Canada, la France, l'Allemagne, l'Italie, le Japon, les Pays-Bas, Singapour, le Royaume-Uni et les États-Unis) les coûts supportés par les entreprises. Cette étude s'appuie sur 27 éléments de coûts (notamment la main-d'oeuvre, les avantages sociaux, les installations, les impôts et les services publics) associés à plusieurs types d'activités. Elle comprend  également une analyse détaillée des coûts observés dans 128 villes des neuf pays.

Résultats pour les pays (indice 100 = Etats-Unis) :
La France est sur le podium, derrière Singapour (on peut s'interroger sur la présence de ce pays dans l'échantillon...) et le Canada. Et devant les Pays-Bas, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le Japon et l'Allemagne. Preuve s'il en était besoin que le prétendu désavantage de coût de la France (parce que les impôts de l'Etat, parce que les avantages acquis des salariés, parce que etc...) vis-à-vis des pays de niveau de développement comparable est à relativiser.

Les résultats par secteur permettent d'affiner le diagnostic : la France arrive en deuxième position (la première place est toujours occupée par Singapour) dans l'Automobile, les composants en métal et le plastique.  Elle occupe la troisième place dans 9 secteurs, et la quatrième dans les 6 autres.

S'agissant des villes, différents classements sont proposés (Paris est 6ème des grandes métropoles, Lyon est 2ème des grandes agglomérations, etc.). Si on se concentre sur les villes d'Europe continentale (comparaison des villes de France, d'Allemagne, d'Iltalie et des Pays-Bas), les villes francaises arrivent en tête : la ville la plus attractive est Montpellier (indice de 92,6) suivie par ... Poitiers ! (indice de 92,9).

Bien sûr, il convient de rester prudent dans l'interprétation des résultats : je suis plutôt critique vis-à-vis de ces exercices de comparaisons internationales (exercices de benchmarking comme on dit de manière plus "savante"), tant les résultats que l'on obtient dépendent des pays de l'échantillon (je le redis, inclure Singapour me semble un peu étrange...) et des variables retenues (je précise la critique dans les nouvelles géographies du capitalisme en montrant que se livrer à des exercices de benchmarking c'est en quelque sorte se comporter comme des pingouins...). De plus, il est clair que la situation de pays comme l'Allemagne et le Japon, bons derniers du classement, s'explique en partie par un positionnement différent dans de nombreux secteurs : l'avantage concurrentiel de ces pays repose sur des logiques hors coût, autour desquelles il convient de travailler en France aussi...

Publié dans Entreprise

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Antoine Belgodere 20/05/2006 03:15

Je suis parfaitement convaincu que le douloureux (et bien réel) problème français de l’emploi ne passe pas uniquement par une baisse des coûts du travail : ce n’est qu’un élément. On ne va pas, ici, en commentaires, faire un tour exhaustif du problème. Cela dit, j’ajoute quand même une chose : parmi tous les facteurs qu’on peut identifier, il faut non seulement appréhender le poids de chacun dans le problème, mais également les marges de manœuvre politique pour influer sur ces facteurs. Exemple : pour jouer sur l’incitation à accepter un emploi, les scandinaves et la Hollande (si ma mémoire est bonne, il est tard :-) )  ont trouvé des solutions efficaces (sanctions en cas de refus plus progressives, mais du coup, plus effectives). Comme dit quelqu'un que j'aime bien "c'est simple à corriger à coût constant, mais ça n'a pas l'air d'être fait". En revanche, jouer sur l’asymétrie informationnelle, sur l’irrationalité des entrepreneurs ou sur le peu d’enthousiasme des travailleur vis-à-vis des déménagements, c’est beaucoup plus difficile. Je ne dis pas impossible, je dis juste très difficile.

Laurent GUERBY 19/05/2006 23:31

Olivier, merci pour ce trackback intéressant !Les données détaillées de l'enquête BMO sont-elles disponibles ? La limite principale (elle est mentionnée d'ailleurs), surtout pour identifier les refus de recrutement , est qu'il n'y a pas l'air d'y avoir de suivi de la traduction intention en embauche effective et le classement des formations des chercheurs d'emplois identifiés sur la même grille de métier et géographique.Un point supplémentaire, au dela des indemnisations ASSEDIC, il y a toutes les trappes à RMIstes et les aides mal foutues qui font que reprendre un travail est au final une perte de revenu (sans compter le temps libre...). Ça c'est simple a corriger à cout constant, mais cela n'a pas l'air d'être faitEt bon courage pour convaincre Antoine que le problème français perçu peut peut-être eventuellement se situer ailleurs que dans le SMIC trop elevé ou des charges trop fortes :).

Olivier Bouba-Olga 19/05/2006 16:18

@ antoine : ok, il y a plusieurs problèmes donc plusieurs leviers d'action possible. MAIS : autant commencer par hiérarchiser les problèmes, et traiter les plus importants... Sinon (je provouqe à dessein) : certains vont nous dire qu'il y a du chômage parce que les indemnités sont trop élevées, donc qu'il faut les baisser (discours Fillon quand il était au ministère du travail). D'autres qu'il y a des fraudeurs qui cherchent à bénéficier des allocations sans y avoir droit (de mémoire, on estime ces fraudes à moins de 0,5% des cas), etc... tout à fait \'accord pour dire qu'il y a des besoins en main d'oeuvre peu qualifiée, la dernière enquête de l\\\'Unedic le montre bien (http://info.assedic.fr/unistatis/travail/documents/BMO2006_statis.pdf), et que les entreprises ont du mal à recruter cette main d'oeuvre. Quelle est l'origine du problème? Le coût du travail? Non, pas pour l'essentiel, mais plutôt (cf. notamment l'étude ANPE : http://www.anpe.fr/observatoire/IMG/pdf/dd-diff.pdf) : * difficulté d'anticipation des besoins côté entreprise * impossibilité de faire coller en temps réel les formations et les besoins * des secteurs peu attractifs, soit en raison d\\\'un déficit d\\\'image, de conditions de travail difficiles, de rémunérations peu attractives, ...* des freins géographiques à la mobilité des personnes (territoires peu attractifs pour le salarié et/ou sa famille)En groupant les deux derniers éléments et pour illustrer : je sais qu'il fut un temps où des offres d'emploi étaient non pourvues dans le Nord Deux Sèvres : il s'agissait d'aller découper du poulet en chambre froide à 5h du matin...* des besoins mal définis ou des critères de sélection trop restrictif. Il n'est pas rare par exemple que des chefs d'entreprise refusent de recruter des chomeurs longue durée, ou des plus de 50 ans, sans raison objective (on pourrait théoriser cela, les recrutements se font dans un contexte d'info imparfaite, on redoute de la sélection adverse ou de l'aléa moral, etc...)encore une fois, je ne dis pas qu'il ne faut pas s'intéresser au coût du travail, ni que rien ne doit être fait à ce sujet, mais réduire le problème du chômage à cela, comme c'est trop souvent le cas dans le débat public, c'est rater la cible essentielle.

Antoine Belgodere 19/05/2006 12:08

Je ne suis pas sûr que ça ait un sens de dire « LE problème de la France, c’est … ». Il y a des secteurs pour lesquels il y a un problème d’offre de travail, en particulier la maçonnerie et l’hôtellerie. Dans certains secteurs moins manuels, il y a plutôt un problème de demande. Dans tous les cas, un chômeur accepte un emploi si le rapport coût/avantage d’accepter cet emploi est inférieur à 1 (y.c. coût d’opportunité), un employeur accepte d’embaucher quelqu’un si le rapport coût/avantage de cette embauche est inférieur à 1. Tant qu’on est en présence de chômage de masse, en tout cas pour ce qui est des non qualifiés, tout ce qui peut être fait pour faire diminuer ces deux rapports doit être envisagé. Il n’y a pas une solution unique, je ne dis pas qu’il faut uniquement faire baisser le numérateur et ne pas chercher à faire augmenter le dénominateur, mais, pour ce qui est du « demand side », un transfert des charges sur les bas salaires vers l’IRPP aurait un effet clair, net et immédiat sur le ratio considéré. D’ailleurs, contrairement à ce que vous dites, les précédentes baisses de charges ont eu un effet, semble-t-il, assez net (c’était sous Jospin).
Ensuite, le problème n’est pas tant de savoir s’il y a des secteurs qui n’ont pas besoin de travail non qualifié, puisque certains secteurs en ont besoin. Il ne faut pas voir des « Léontieff » partout. Ne perdez pas de vue que quoi que vous fassiez pour améliorer la formation des hommes, il y a aujourd’hui des tas de jeunes de vingt ans qui sont très mal formés et qui seront à peu près dans le même état dans 30 ans.

enzo d'aviolo 19/05/2006 11:50

entièrement d'accord avec le dernier commentaire d'OBO.
j'ajouterai aux discours économiques juste mathématiquement que les notions de confiance, d'anticipation ou de comportement ne figurent pas sur des courbes.
un tout petit exemple: c'est bien de plaquer sur une courbe l'offre et la demande d'emploi liée à la suppression des charges pour les smics. mais quel est l'objectif? avoir un emploi de pauvre ou crée une société humaine? supprimer les charges sur le smic aboutira invariablement à coller tous les emplois non qualifés sur des smic rapprochant tous les autres emplois de ce seuil si précaire. Si lla demande de travail était très supérieure à l'offre on pourrait avoir un effet positif, mais c'est loin d'être le cas partout non?