Vendredi 6 mars 2009
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Joli cas à traiter : Peter Ilic,
propriétaire de 6 restaurants à Londres, a proposé aux clients, dans l'un d'entre eux, Little Bay, de payer ce qu'ils voulaient.
On devine bien le pari du restaurateur : même si les clients ne payent pas, je me fais un énorme coup de pub. Le manque à gagner est donc le prix de la publicité. Et le coup de pub a été
gigantesque, avec des reportages un peu partout sur la planète.
De plus, surprise, rares ont été les clients ne donnant rien, ils ont déboursé autant, voire légèrement plus, qu'en temps normal...
On appréciera enfin les raisons pour lesquelles le restaurateur a décidé d'arrêter : "Parce que je ne peux pas être tout le temps ici à contrôler que les serveurs n'encaissent pas l'argent pour
leur compte". Belle petite illustration d'un problème d'agence.
Bon, mais c'est le deuxième point qui m'interpelle et pour lequel je lance un appel aux économistes ou sociologues blogueurs, et à tout ceux qui voudront bien répondre : comment expliquer que
les clients laissent de l'argent? Allez, les éconoclastes, ecopublix, mafeco, Etienne, Gizmo et tous les autres, je compte sur vous!
PS : récompense toute trouvée pour l'explication la plus convaincante : un repas au Little Bay, c'est moi qui paye!
Par Olivier Bouba-Olga
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Publié dans : Jeux
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(identification avec le chef?, sentiment d'appartenance à un groupe amical? à creuser à mon avis)
Et puis ponctuellement on veut bien -on peut parfois - faire un effort, sur la longue durée, c'est une autre histoire.
Pour le resto, on a laissé aux clients la possibilité d'estimer eux-mêmes la valeur de ce qu'ils ont mangé... Je recoupe aussi l'idée d'Antoine, concept original, bon repas, envie de laisser une "trace" dans le fonctionnement de celui-ci
Chacun peut payer ce qu'il veut, certes. Mais je pense que personne ne veut passer pour un radin auprès de ses amis ... donc on paie, et on paie bien.
Un repas dans un restau devenu du jour au lendemain aussi branché n'a de sens que si on peut le raconter à ses potes (/collègues) le lendemain. Le client ayant des anticipations rationnelles sait que lesdits potes/collègues vont forcément lui demander combien il a laissé. Comme il tient à la fois à ne pas passer pour un radin, sinon fini les cafés à la machine, et à ne pas passer pour une poire (sinon tous les cafés seront de sa poche ad vitam aeternam), il va donc annoncer qu'il a laissé à peu près le "juste" prix.
Pour expliquer qu'il l'ait bel et bien laissé, deux alternatives : (i) il n'aime pas mentir à ses amis ; (ii) il craint que son épouse (ou son époux, c'est bientôt la journée de la femme) n'annonce un prix différent, ce qui exposerait la fraude.
Rien que de le dire ça me rend bon.
On n'est pas obligé de les donner, mais finalement, il y a deux raisons pour le faire :
- version altruiste : la reconnaissance du travail bien fait (on est honnetes, ce qui ne nous rend pas forcement économiquement rationels)
- version égoiste : pour pouvoir être bien servi la prochaine fois que l'on vient, un client qui ne laisse rien se remarque et sera probablement moins bien servi la fois suivante. L'équation ne se joue pas pour une seule fois mais sur la durée --> Le fait de payer permet d'assurer des "gain" à long terme, si tant est que l'on aie l'intention de revenir!
On peut alors en déduire que la clientèle est filtrée : CQFD.
Sauf goujat indécrotable, chacun se sens jugé par ses pairs à chacune de ses actions.
Quand arrive le moment de payer on a donc plusieurs choix :
. Soit il y a un "prix de base" d'affiché, et le client paie ce qu'il faut pour être dans la norme.
. Soit il n'y a rien d'affiché, alors le client a peur de ne pas donner assez et de passer pour un goujat qui profite du système. Alors le client donne plus qu'il ne faut.
Comme le pensait Foucaud, la liberté des individus nécessite de faire se correspondre l'ordre social et l'ordre moral.
Dans une angleterre marquée par une tradition religieuse qui emprunte ses fondements ideologiques au protestantisme, il n'est pas étonnant de voir le travail respecté au point qu'on le rémunère alors que l'on n'y est pas contraint.
http://blogperso.univ-rennes1.fr/laurent.denant-boemont/index.php/post/2009/05/07/Un-d%C3%A9fi-%3A-le-paradoxe-du-restaurant-gratuit
Pour le cas particulier du restaurant, la pression sociale s'exerce avant tout par le serveur : intermédiaire entre le client et le patron, c'est son regard que le client qui ne donne rien ou presque devra affronter (et c'est pour cela qu'il donne). Et elle s'exerce aussi par les autres clients (si j'avais un restaurant avec cette formule, je rapprocherais les tables pour que les clients puissent discuter et surtout que tout le monde sache ce que paye tout le monde, moyen irrémédiable d'accentuer la pression sociale).
il me semble que l'hypothèse de Marcel Mauss dans l'essai sur le don ([1923/24], 1950) peut trouver une application ici. Pour lui, le donc comporte trois obligations : obligation de donner, obligation de recevoir et obligation de rendre. Pour expliquer l'obligation de rendre Mauss a recours à une parabole : le Hau, l'esprit de la chose donnée. Le Hau est une expression de Ranapiri, l'informateur maori d’Eldson Best. C'est la croyance que celui qui ne rend pas est puni par la vangeance des esprits de la chose donnée. Cette notion particulièrement discutée dans le domaine de l'anthropologie a également fait l'objet d'une étude montrant que les commentateurs critiques de Mauss ont discuté de la validité de la théorie de l'échange sans prendre en compte la manière dont celui-ci a sélectionné ce texte maori de référence (Kilani, 1995). Si nous appliquons - cet extrait de ma thèse - au problème du restaurant les clients paient non sous une quelconque pression sociale mais pour éviter d'être punis par le hau des aliments qu'ils ont mangé. En clair, s'ils ne paient pas un juste prix ils ont peur de la gastro ;-)
Si je ne gagne pas avec çà !!!!