Le niveau baisse

Publié le par Olivier Bouba-Olga

J'ai évoqué rapidement dans mon dernier billet quelques idées reçues véhiculées par un ancien Ministre de l'Education Nationale. Afin de compléter et mieux cibler les problèmes éventuels, petit exercice statistique.

Supposons quà la date t, 50% des élèves poursuivent leurs études jusqu'au bac ; 50% s'arrêtant à un niveau inférieur. Supposons en outre que le niveau moyen pour ceux allant jusqu'au bac soit de 100, et de 50 pour ceux s'arrêtant plus tôt.

Entre t et t+n, on va supposer, hypothèse qui me semble pertinente, que la proportion de ceux allant jusqu'au bac augmente significativement, disons à 80% (c'est l'objectif annoncé). Les 20% restant arrêtent leurs études avant le bac. On peut supposer que cette massification de l'enseignement conduit à une érosion du niveau moyen observé au bac (les enseignants ont du mal à s'adapter à leur nouveau public, les moyens ne suivent pas, les élèves continuant leurs études ont un niveau initial de capital humain, social, culturel plus faible, etc...), qui passe, disons d'un indice 100 à un indice 90 (cette baisse serait à valider empiriquement). Je supposerais que le niveau de ceux s'arrêtant plus tôt est inchangé (indice 50), même si l'hypothèse d'une augmentation serait sans doute plus pertinente.

Quid de l'évolution du niveau moyen?

L'évolution du niveau moyen
 
niveau bac

niveau inférieur
niveau moyen de la population
  effectifs indice de niveau effectifs indice de niveau  
 t 50% 100 50% 50 75
t+n 80% 90 20% 50 82

Sous les hypothèses mentionnées, on observe que le niveau moyen global de la population augmente significativement, en dépit d'une baisse locale du niveau observé pour ceux allant jusqu'au bac. Etant donné que la massification de l'éducation touche à peu près tous les niveaux (collège, lycée, supérieur), l'ensemble des acteurs observent (ou pensent observer) localement une baisse et ne voient pas l'accroissement global du niveau des élèves.

Si l'on considère que ce petit modèle d'évolution est pertinent, le discours sur la baisse du niveau, et surtout les pseudo-explications que l'on s'empresse de développer tombent (les jeunes sont tous nuls, y'a plus que leurs jeux vidéos, feuilletons et sms qui les intéressent / les méthodes pédagogiques des enseignants sont toutes nulles, pas étonnant avec un tel ramassi de fonctionnaires marxistes, etc...). Le problème tiendrait plutôt à la "massification" de l'enseignement secondaire et supérieur, et à la difficulté d'encadrement de ce nombre croissant d'élèves et d'étudiants. Une fois encore, je renvoie à ce petit texte, qui permet de bien poser les bases du problème.

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Olivier Bouba-Olga 09/06/2006 05:34

@ michel morvan : ravi de cette visite et de ce commentaire!quelques compléments : * les paramètres de mon petit exemple sont effectivement arbitraires, en les modifiant, on parviendrait à d'autres résultats. Je pense cependant que les valeurs prises sont plausibles, mais là n’est pas l’essentiel : je voulais insister sur le fait qu'on pouvait avoir une configuration avec baisse locale/hausse globale du niveau. Cette configuration est contre-intuitive, et pourtant, je ne serai pas étonné que ce soit la bonne… * la chute de 100 à 90 est sous-estimée? Elle correspond quand même à une baisse de 10%. Vous noterez cependant que l'on peut descendre en dessous de 90 et avoir toujours un niveau global qui ne baisse pas (on peut en fait descendre jusqu'à 81,25, soit une chute de 18,75%. Bien sûr, là encore, ce n’est qu’une question de paramétrage).
* sur votre remarque concernant niveau moyen/niveau maximal, etc… tout à fait d’accord, l’objectif a atteindre peut faire débat : élever le niveau moyen ? élever le niveau du décile supérieur ? Réduire les disparités quitte à ralentir la hausse du niveau ? etc… En revanche, sur la baisse du niveau maximal, je doute un peu…
* Il y aurait une autre façon de contrer l’argumentation de la baisse du niveau, en partant d’une analyse plus économique : la croissance se nourrit pour une part essentielle de l’innovation ; l’innovation suppose le développement de connaissances nouvelles ; un tel développement suppose que suffisamment de personnes se soient appropriées les connaissances anciennes pour ensuite les dépasser. Dès lors, tant que l’on observe de la croissance économique, on peut en déduire que le niveau (au moins maximal) ne baisse pas !
Pour reprendre la formule de Newton, « nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants ». A chaque génération, il y a quand même pas mal de nains qui arrivent à grimper sur les épaules des géants, non ?

Michel Morvan 08/06/2006 18:41

Cher Oliver,

Comme nous débattons sur un autre blog, je suis venu sur le vôtre et ne peux pas ne pas réagir.

Le calcul que vous faites est exact. Il est évident par ailleurs que dire \\\"Le niveau baisse\\\" sans dire le niveau de qui et en quoi n\\\'a pas de sens.

D\\\'après votre petit calcul, le niveau moyen monterait. C\\\'est possible, mais pas certain, car vous avez choisi les paramètres de façon arbitraire. Par exemple, le contenu des cours de mathématiques (c\\\'est un sujet que je connais particulièrement bien) dans les sections scientifiques aujourd\\\'hui et il y a 25 ans n\\\'a absolument rien à voir et le chiffre 90 que vous utilisez est largement surévalué. Peut-être est-ce différent dans d\\\'autres disciplines mais en mathématiques c\\\'est incontestable, il suffit de regarder les livres, les exercices, etc. (Au passage, le problème est que dire cela revient systématiquement à passer pour un vieux rétrograde sans autre forme de procès - et surtout sans vérification. Si c\\\'est la réalité, on devrait pouvoir le dire sans pour autant être rétrograde. Ah! l\\\'ère du politiquement correct...).

D\\\'autre part, contrairement à ce que vous dites, même si votre petit modèle est juste, le discours sur la baisse du niveau ne \\\"tombe\\\" pas pour autant : il est aussi pertinent quand on parle de baisse du niveau de faire référence au niveau moyen (comme vous le faites) qu\\\'au niveau maximal atteint. Serait-il totalement absurde de dire que le niveau n\\\'a pas baissé si étendant la population à éduquer à l\\\'ensemble des enfants de la planète on les éduquait tous à 18 ans à savoir lire et pas écrire au prix que plus personne ne sache écrire ? Pourtant votre petit modèle prouverait sûrement que le niveau a monté.

Enfin, je trouve que vous vous accomodez bien facilement du fait que justement le niveau maximal baisse. Comme si, pour aller dans le bon sens, il fallait systématiquement favoriser la moyenne au détriment des extrêmes. On n\\\'est pas loin du nivellement par le bas...

Cordialement

Michel Morvan

AJC 07/06/2006 13:00

Mon bac je l'ai eu d'une manière vraiment bizarre. Faut surtout pas que je le repasse ça serait une catastrophe ! :oD1. OKay.2. Pour la seconde question :Il existe deux sous-populations dans le cas des jeunes pouvant passer le bac : ceux qui peuvent le passer car il s'agit d'une "classe d'âge" et ceux qui peuvent le passer car ils se trouvent en troisième année de lycée.Je crois que vous utilisez la sous-population "classe d'âge", non ?3. Je vois bien que vous démontrez cela au niveau global... mais lorsqu'il s'agit de profs, de parents d'élèves ou autre, êtes-vous bien sûr qu'ils parlent d'un niveau global, comprenant également donc les non-lycéens ?Sinon, après relecture, et vérification, parfaitement d'accord avec votre raisonnement au "long terme", et d'ailleurs sur le principe général. (Plus grande démocratisation => baisse de niveau locale => augmentation du niveau global de la population.)AJC

Olivier Bouba-Olga 07/06/2006 06:27

@ AJC : -source possible pour les chiffres, le ministère, dans le document l'Etat de l'Ecole. Voir par exemple ce lien : ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/dpd/etat15/etat20.pdfVos chiffres ne sont pas les bons. Pourquoi? Car ils ne concernent que le bac général, alors qu'existent bacs technologiques et bacs professionnels...-comprend pas votre deuxième question- troisième question : les gens parlant de baisse du niveau pense que c'est le niveau global qui baisse, alors que ce n'est pas le cas. Mon petit exemple montre le pourquoi de la déconnection (vous allez me repasser votre bac, vous!!!)

AJC 06/06/2006 23:07

Pompompom, de retour à Poitiers...Je n'ai pas encore retrouvé mon amie étudiante en socio, mais déjà :- pourriez-vous me fournir vos sources, concernant les 35% et 70% des classes d'âges (De 1984 à 2006...) obtenant le bac ?Pour "ayant accès au bac" j'ai déjà des données différentes...- concernant l'augmentation du niveau de la population... vous voulez parler de la sous-population qui pourrait obtenir le bac...? Ou de la population globale ?- enfin, lorsqu'on vous parle du niveau baissant, ne s'agit-il pas simplement de la constatation du niveau de l'éducation fournie aux élèves et de ces derniers ? Donc seulement de la sous-population de jeunes arrivant en Term ?Sinon, j'ai trouvé cela :http://www.sfc.fr/SocietesSavantes/2%20-%20Bac%20g%E9n%E9ral.PDFPlutôt intéressant...Aux données qui me semblent différentes. (Ou alors j'ai mal lu.)AJC