La déconcentration spatiale de la recherche

Publié le par Olivier Bouba-Olga

J’ai évoqué à plusieurs reprise la question de la concentration spatiale de la recherche. Dans cet article, j’expliquais, en m’appuyant sur les développements de l’économie géographique, qu’un accroissement de la concentration spatiale de la recherche n’était pas nécessairement souhaitable. Dans cet autre article, je présentais les résultats d’un travail empirique montrant la tendance à la déconcentration spatiale de la recherche, dans plusieurs pays, sur 1996-2003. Je complète sur ce dernier point avec des données récentes sur le nombre de chercheurs publics et privés, par région, pour la France métropolitaine, de 1997 à 2006 (source des données : OST), Corse exclue, soit 21 régions. Je vous présente d’abord l’indicateur statistique utilisé, puis les résultats.

1. présentation de l’indicateur de concentration

Pour mesurer l’évolution de la concentration spatiale de la recherche, j’ai utilisé comme indicateur statistique l’indice d’Herfindahl, plus précisément l’inverse de cet indice.

Considérons un pays composé de n régions, le poids (en termes de PIB, RDB, nombre d’habitants, …) de chaque région dans l’ensemble étant noté p(i) avec i = 1 à n. L’indice d’Herfindahl s’écrit :

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Quelle valeur peut prendre cet indice? Supposons une répartition parfaitement hétérogène de la variable considérée, une région concentrant par exemple l’ensemble de l’activité. Le poids de cette région est de 100%, le poids de toutes les autres est nul. L’indice H sera donc égal à 1. Supposons à l’inverse une répartition homogène, chaque région ayant le même poids dans l’ensemble. Avec n régions, le poids de chacune sera logiquement de 1/n. Je vous laisse montrer que dans ce cas, l’indice H est lui-même égal à 1/n.

En prenant l’inverse de cet indice, on obtient ce que j’appelle le “nombre de régions équivalent Herfindahl”. L’inverse de H est compris entre 1 (concentration maximale) et n (répartition parfaitement homogène). Une valeur de 8 pour la variable PIB pourra s’interpréter ainsi : tout se passe comme si l’ensemble de l’activité économique était concentrée dans 8 régions de même taille (sur un total de 22 si on travaille sur des données françaises).

2. Résultats obtenus

Résultat d’abord pour l’ensemble des régions, avec trois variables : i) le PIB régional, ii) le nombre de chercheurs publics, iii) le nombre de chercheurs privés :

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Premier résultat : la concentration spatiale des chercheurs privés est plus forte que celle des chercheurs publics, elle-même plus importante que celle du PIB. Deuxième résultat : pas d’évolution très marquée, mais le sentiment plutôt d’un trend légèrement croissant pour les deux indicateurs “chercheurs”, autrement dit le signe d’une déconcentration de la recherche.

Pour évaluer l’existence de ce trend, j’ai calculé la moyenne des taux de croissance annuel pour les trois indicateurs. On obtient 0,3% pour le PIB, 1,3% pour les chercheurs et 2,3% pour les chercheurs privés. Ca confirme plutôt l’intuition.

Pour compléter un peu, j’ai refait les calculs hors Ile de France. On obtient ceci :

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Plusieurs choses : i) la concentration est beaucoup plus faible que sur le premier graphique, avec un nombre de régions équivalent Herfindahl de 15 pour le PIB et autour de 11 pour les deux autres variables, ii) pas de différence de concentration entre chercheurs publics et privés cette fois-ci, iii) apparemment, pas de trend croissant non plus. La moyenne des taux de croissance des indicateurs est toujours de 0,3% pour le PIB, mais de 0,0% pour les chercheurs publics et de –0,5% pour les chercheurs privés.

Conclusion : on observe une certaine tendance à la déconcentration spatiale de la recherche, qui correspond à un mouvement de la région Ile de France vers l’ensemble des régions de province, déconcentration plus marquée pour la recherche privée que pour la recherche publique. L’Ile de France pesait 40% du nombre de chercheurs publics en 1997 et 37% en 2006. S’agissant des chercheurs privés, le poids est passé de 46% à 40%.

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siham 12/09/2009 14:08

bonjours c trés interessant tout ce vous dite, mais j'aimerai eb savoir plus sur le management de l'innovation si vous avez des connaissances en se domaine. merci