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Je suis maître de conférences à la Faculté de Sciences Economiques de l'Université de Poitiers et chargé d'enseignement à Sciences Po Paris (premier cycle ibéro-américain). Le but de ce blog est de commenter l'actualité économique et politique, pour montrer que les économistes peuvent parfois produire des analyses utiles.

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  Colloque "Dynamiques de Proximité : le temps des débats", 14 au 16 octobre 2009, Poitiers [Allez-y!]
Vendredi 15 septembre 2006
Dans un article récent des Echos, Bernard Salanié se désespère de la défiance de certains vis-à-vis de l'efficacité des allégements de charge sur les bas salaires. Sur son blog, il en remet une couche, en s'interrogeant sur les raisons de cette défiance. Mais, dans tous les cas, il ne doute pas d'un point :

Contre le chômage, « on a tout essayé », disait tristement le président Mitterrand. On a effectivement essayé pas mal de recettes. Mais, sauf plus ample informé, les allégements de charges sur les bas salaires sont certainement ce qu'on a trouvé de mieux. Qu'on réfléchisse bien avant de prôner leur remise en cause.

En fait, on peut être plus ample informé, les résultats des études économiques n'étant pas totalement convergents : si de nombreuses études montrent que la baisse des charges sur les bas salaires permet de réduire le chômage des personnes peu qualifiées, les ordres de grandeur obtenus diffèrent assez sensiblement, allant d'environ 100 000 à 500 000 emplois (les graphiques qui suivent sont tirés de l'étude de L'Horty et al.) :
Deuxième point, et c'est le point essentiel, certaines études montrent que l'allègement des charges permet certes de réduire le chômage des peu qualifiés, mais pèse en retour sur l'emploi des personnes qualifiées :
Si bien que l'effet total sur l'emploi n'est pas toujours des plus convaincants :
Alors bien sûr, me dira-t-on, chacun est libre de choisir son économiste en fonction de ce qu'il souhaite démontrer... En fait, non : il convient plutôt de s'interroger sur les données mobilisées par les auteurs, sur les méthodes employées, sur les effets mesurés et ceux laissés dans l'ombre, etc. Et, à ce petit jeu, l'étude la plus récente de L'Horty et al. me semble particulièrement robuste. Or, elle ne conduit pas, loin s'en faut, aux conclusions les plus optimistes :

Nos résultats établis sur des données sectorielles et temporelles suggèrent finalement que les effets volume associés aux baisses de cotisations sociales auraient été surestimés par les travaux précédents, en particulier par Crépon et Desplatz [2001] et que les effets de substitution auraient été en revanche sous-estimés. Les allègements de cotisations sociales sur les bas salaires auraient ainsi produit un effet beaucoup plus important sur la structure de l’emploi par qualification que sur le niveau de l’emploi agrégé. Ils expliqueraient l’essentiel de la progression de la part de l’emploi peu qualifié depuis 1992 mais une partie beaucoup plus faible de la progression des effectifs peu qualifiés et de l’emploi total.
Notre évaluation des effets sur l’emploi peu qualifié est un peu plus faible mais reste très proche de celle obtenue par de nombreuses études antérieures (...). En revanche, notre étude conduit à un effet plus négatif sur l’emploi qualifié ce qui explique qu’au total l’effet sur l’emploi parait être moins favorable. (article complet ici).

Ceci n'invalide pas totalement les propos de Bernard Salanié, mais conduisent à nuancer la conclusion de son article : oui, clairement, la réduction des charges permet de réduire le chômage des personnes peu qualifiés ; mais non, clairement, cette réduction n'est pas synonyme de réduction significative du chômage de masse... sauf plus ample informé, bien sûr!
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Emploi
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Commentaires

je sais que le récent rapport de la cour au sujet ne porte pas uniquement sur les exonérations des bas salaires ( http://www.etiennefillol.org/blog/index.php?2006/08/31/146-lexoneration-de-charges-sociales-une-disposition-incontrolee ) mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est plus que circonspect au regard de l'énorme masse de recettes non récupérées en raison des politiques d'exonération de charges. pour une raison simple, rien n'a permis de mesurer l'efficacité de ce type d'exonération. On ne connait que le montant de l'absence de recette!


J'aimerai juste aussi inisiter sur le fait qu'à part l'effet emploi plus que modeste dont vous parlez dans ce post, ce type de mesure sur les bas salaires, tirent l'ensemble des salaires vers le bas et pousse effectivement à l'embauche de gens peu qualifiés! cela a donc aussi un effet très négatif sur tous les salaires des salariés avec un emploi.


Enfin puisque c'est encore dans l'actualité, j'ai juste une requête à la marge de ce post, auriez vous des sources (ou un billet en projet) sur l'explication du financement d'une partie des retraites par la croissance de la productivité du travail qui aboutierait à ce qu'à l'avenir un actif pourrait subvenir plus qu'aujourd'hui aux retraites des inactifs, en admettant un partage équitable de la productivité entre les salaires et le capital. J'espère que ma question est assez claire? o:)


Merci.

Commentaire n° 1 posté par enzo d'aviolo le 15/09/2006 à 17h36
pour continuer dans le sens de la substitution entre travail qualifié et non qualifié on peut ajouter qu'à trop aller dans ce sens c'est la spécialisation de l'économie nationale qui se déplace vers des produits et activité peu "qualifiées". Ce qui n'est pas un signe évident de développement! . Cependant il reste que dans une situation donnée les niveaux de qualification des chomeurs étant ce qu'ils sont il peut être utile d'inciter à l'embauche de personnes peu qualifiées... à condition que des formations continues qualifiantes leur soient ouvertes.
Commentaire n° 2 posté par jacques Debord le 15/09/2006 à 18h51
Papier tres interessant, merci !

5 milliards d'euros pour 100 000 emplois non qualifié net créés c'est plutot cruel (50 000 euros par emploi ...)
Commentaire n° 3 posté par Laurent GUERBY le 15/09/2006 à 21h22
Merci d'avoir attiré notre attention sur cette étude qui jette un joli caillou dans la mare. On croyait que c'était la seule mesure qui avait (un peu) marché contre le chômage. Finalement, il s'avère que c'était surtout une redistribution, qui n'avait pas pour vocation d'améliorer globalement le marché du travail. Ca va mieux en le disant!
Commentaire n° 4 posté par Gu Si Fang le 15/09/2006 à 23h12

Ce post est vraiment très intéressant. Il y a quand même un élément que je ne suis pas sûr d'avoir compris. Pour les personnes qualifiées, est-ce l'emploi qui a diminué ou est-ce le chômage qui a augmenté ?


Ma compréhension du phénomène est que la réduction des charges sociales doit être en partie financée par une augmentation des charges ou des impôts des personnes qualifiées (en partie seulement car une partie est financée par l'augmentation de l'emploi chez les personnes peu qualifiées, via réduction des indemnités de chômage et augmentation des prélèvements publics). Or, une augmentation des prélèvements obligatoires sur les personnes qualifiées peut les décourager de travailler (ou les encourager à travailler moins), ce qui semple expliquer une baisse de l'emploi chez les personnes qualifiées mais pas une augmentation du chômage.


Si résultat des études empiriques est une baisse de l'emploi chez les personnes qualifiées, le résultat ne me semble pas (trop surprenant). Mais j'aurais plus de mal à comprendre une augmentation du chômage.


Toute remarque critique bienvenue.

Commentaire n° 5 posté par LB le 16/09/2006 à 11h52
@laurent : 50'000 euros, ça parait énorme, mais c'est fictif :
http://www.optimum-blog.net/post/2006/09/16/Sur-le-cout-des-allegements-de-charges
Commentaire n° 6 posté par Antoine Belgodere le 16/09/2006 à 23h20
@ enzo : oui, à côté du pb du chomage, il faut s'interroger sur  le niveau de vie des populations. Et l'on sait que certains pays se caractérisent par un faible chômage mais un taux de pauvreté important. Sur la fin de la question, pas de réf en stock, je garde la question en tête au cas où je trouve quelque chose de pertinent...

@ LB :
* Salanié considère qu'un allégement des charges favorise la substitution capital/travail. Si le travail coûte moins cher, l'entreprise est incitée à embaucher plutôt qu'à automatiser. D'où réduction du chômage de masse
* l'étude de L'Horty et al. montre qu'en fait, la substitution se fait aussi entre travail qualifié et travail peu qualifié : quand le coût du travail peu qualifié diminue, les entreprises sont incitées à embaucher des personnes peu qualifiées, non pas des personnes qualifiés. De ce fait, il n'y a pas réduction du chômage de masse, mais transformation de la structure des qualifications, au profit des personnes peu qualifiées. Ceci pèse donc sur l'emploi des personnes qualifiées, non pas parce que cela les décourage de travailler, mais parce que cela encourage les chefs d'entreprises à embaucher des moins qualifiés. La baisse des charges est une incitation côté entreprise (demande de travail), pas côté salarié (offre de travail).
Commentaire n° 7 posté par Olivier Bouba-Olga le 17/09/2006 à 10h45

@O B-O: Merci pour la précision. La substitution des travailleurs qualifiés par les travailleurs qualifiés a pour effet de baisser le salaire d'équilibre des travailleurs qualifiés. Comme le salaire des travailleurs qualifiés est rigide, cela crée du chômage chez les travailleurs qualifiés.


Mais il me semble que la rigidité du salaire des travailleurs qualifiés n'est que temporaire (contrairement à la rigidité du salaire des travailleurs peu qualifiés qui découle de la loi). En conséquence, l'augmentation du chômage chez les travailleurs qualifiés ne devrait être que temporaire.


A terme, on ne devrait à mon avis pas avoir plus de chômage chez les travailleurs qualifiés (mais uniquement une éventuelle baisse du taux d'activité) et moins de chômage chez les travailleurs qualifiés.

Commentaire n° 8 posté par LB le 17/09/2006 à 14h47
@Antoine, tu ne fais que passer a 40000 euros, ça ne change pas l'ordre de grandeur.
Commentaire n° 9 posté par Laurent GUERBY le 17/09/2006 à 15h14
La réponse est sur optimum : tu te trompes, je passe à 0 euros
Commentaire n° 10 posté par Antoine Belgodere le 17/09/2006 à 15h58
En augmentant l'IR de 10% en effet, tout a fait réaliste en votant LCR :).
Commentaire n° 11 posté par Laurent GUERBY le 17/09/2006 à 23h03
merci OBO.
Commentaire n° 12 posté par enzo d'aviolo le 18/09/2006 à 11h24

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