Le papy boom, un levier pour la délocalisation?

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Le papy boom, un levier pour la délocalisation? C'est en gros la question que m'a posée la semaine dernière un journaliste de libé pour alimenter sa réflexion suite, notamment, à l'annonce par Axa quer sur les 3 000 départs en retraite prévus à l'horizon 2012, 1 500 postes seront délocalisés au Maroc...

Ce à quoi je lui ai répondu à peu près dans cet ordre :
1. Les départs massifs en retraite donnent effectivement de la souplesse aux entreprises pour se réorganiser. Elles le font déjà, la réorganisation pourrait s'accélerer.

2. Ne pas croire cependant que l'on est dans une économie du tout délocalisable. La réorganisation va affecter plus particulièrement certains métiers, certaines tâches (cf. le billet précédent). D'où de l'externalisation auprès d'entreprises françaises dans certains cas, étrangères dans d'autres cas. D'où des besoins importants en main d'oeuvre qualifiée aussi.

3. Ne pas croire cependant que le papy boom va conduire à un problème général de recrutement qui obligerait les entreprises à délocaliser (ou, autre idée reçue ayant pas mal circulée, que le Papy boom est synonyme de fin du chômage) . Une étude récente de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (depp, Ministère de l'éducation nationale) montre que "sur la période 2002-2015, les recrutements de jeunes sortant du système éducatif pourraient représenter un flux annuel d’entrées dans l’emploi se situant légèrement au-dessous de 600 000. Ces besoins seraient vraisemblablement inférieurs aux flux de sortie du système éducatif qui pourraient être d’environ 680 0000." Les problèmes à venir sont donc plus des problèmes "locaux" (problèmes dans certains secteurs et/ou sur certains territoires).

Vous pouvez retrouver en partie ces idées dans un article paru vendredi dernier, signé par Florent Latrive et Judith Rueff, au milieu d'autres exemples plutôt intéressants.

PS : quel succès médiatique des économistes bloggeurs! à peu près en même temps, Econoclaste se faisait interviewé sur France Inter. J'en profite pour recommander vivement et explicitement à tout étudiant d'économie qui traînerait ici de prendre une dose d'Econoclaste matin, midi et soir pendant toute l'année universitaire, amélioration des résultats universitaires garantie!

Publié dans Entreprise

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Costkiller 01/01/2007 16:19

Voir aussi l'étude de la Dares et du Centre d'Analyse Stratégique "LES MÉTIERS EN 2015 : l’impact du départ des générations du baby-boom" http://costkiller.net/actu/actu-LES%20M%C9TIERS%20EN%202015%20impact%20du%20d%E9part%20des%20g%E9n%E9rations%20du%20baby-boom.1206.htm

Liberoidal 04/10/2006 19:36

Reste une évidence : l'innovation, cela consiste la plupart du temps à trouver des moyens radicalement plus productifs que les existants de produire un bien, rendre un service, ou distribuer l'un des deux. Le mécanisme de l'innovation vise donc toujours, comme cible principale, les industries et les services gros consommateurs de main d'oeuvre locale. Mieux encore, plus les moyens alors employés sont inédits (technologies "nouvelles"), plus il est difficile pour les acteurs installés de se les approprier de sorte à contrecarrer l'innovation.Et même s'il est possible de limiter les risques d'innovation en créant un environnement peu favorable à l'aide de règlementations complexes en propriété intellectuelle, normes environnementales particulièrement élevées, etc., on ne peut l'interdire partout.Tout dépend donc à quelle échelle de temps on se place : reste une évidence : les phénomènes démographiques, sont, à long terme, sans incidence significative par rapport à la création ou l'entretien de la capacité à innover.

Olivier Bouba-Olga 03/10/2006 14:23

@ Liberoidal : le problème avec les exemples, c'est qu'on peut en trouver dans tous les sens : des activités intensives en connaissances/compétences qui partent, d'autres qui restent ; des activités peu intensives en connaissances/compétences qui partent, d'autres qui restent, voire qui reviennent, etc... D'où l'importance des statistiques qui permettent d'identifier les mouvements les plus structurants et de ne pas trop vite généraliser.

Libéroïdal 03/10/2006 07:37

Dans le non-délocalisable, on a parfois des suprises.Par exemple, des enseignants tunisiens, fancophone et parfaitement qualifiés, proposant des cours de soutien par internet à des tarifs imbattables, et même en visio !