Le projet de l'UMP pour 2007

Publié le par Olivier Bouba-Olga

L'UMP avance dans la définition de son projet pour 2007. François Fillon reprend sur son blog la présentation faite à la presse. Il y a bien sûr beaucoup de choses à en dire. Je me concentre dans ce billet sur le 6ème engagement : la valorisation du travail.

L'objectif annoncé, d'abord :
Notre objectif, c'est le plein emploi. C'est un espoir possible dès lors que s'impose l'éloge du travail et du mérite et que nous sommes décidés à agir fortement et différemment.

Formulation intéressante  : si on doit faire l'éloge du travail et du mérite pour atteindre le plein emploi, cela signifie, en creux, que le chômage s'explique pour l'essentiel par une déconsidération du travail et des personnes méritantes. Le problème du chômage est donc avant tout un problème de moralité, il faut mettre en place des systèmes d'incitation pour pallier cela. Certaines des propositions avancées sont d'ailleurs cohérentes avec ce diagnostic. Notamment :

Pour marquer la différence entre les revenus du travail et ceux de l'assistance, les aides locales ( cantines, transport, logement...) seraient attribuées sous condition de ressources et non sous condition de statut car la famille qui se lève tôt le matin pour aller "bosser" ne doit pas avoir le sentiment d'être lésée par celle qui, cumulant les aides et allocations, n'en ressent plus la nécessité.

ou encore :
Pour assurer la sécurité et la motivation des demandeurs d'emploi, nous suggérons de fusionner l'ANPE et l'UNEDIC et nous proposons surtout "l'assurance salaire et retour à l'emploi" qui permettra au chômeur de conserver l'essentiel de sa rémunération sous la condition de respecter des exigences de formation et les offres d'emploi correspondantes.

Sûr que le problème du chômage, en France, s'explique par le fait que soit des fainéants préfèrent rester au lit plutôt que d'aller bosser, soit qu'ils refusent de se former pour trouver du travail (c'est d'ailleurs ce que me disais Fernand pas plus tard qu'hier soir au bistrot du coin en sirotant son (cinquième) Pastis)...

D'autres propositions reposent sur une analyse économique qui "oublie" de faire la différence entre économie marchande et économie capitaliste. Petite leçon d'économie :

Le fait que des sujets marchands se fassent concurrence ne suffit pas à caractériser le capitalisme. En effet, les entités de base en sont des entreprises, c'es-à-dire des entités qui mettent en oeuvre un rapport social bien différent, le rapport de production en vertu duquel les salariés se soumettent à l'autorité de l'entrepreneur et/ou des managers auxquels est délégué la gestion, moyennant paiement d'un salaire. Ce second rapport social ne se réduit pas à une pure relation marchande puisqu'il implique la soumission hiérarchique par opposition à l'horizontalité que l'on prête au fonctionnement d'un marché typique. (R. Boyer, 2004, Théorie de la régulation, Repères - La Découverte, p. 3).

Si un salarié, dans une entreprise, passe de la réalisation d'une activité x à la réalisation d'une activité y, ce n'est pas en raison du différentiel de rémunération entre les deux activités : c'est parce que son supérieur lui a ordonné. Ce n'est donc pas le prix qui régule les comportements, mais l'autorité (précisons que cette distinction entre régulation par les prix et régulation par l'autorité n'est pas l'apanage d'économistes marxistes ou assimilés : elle est au coeur par exemple de la théorie des coûts de transaction, à commencer par l'analyse de Coase (1937) sur la nature de la firme). Inutile de dire que lorsqu'il existe dans l'économie un déséquilibre entre offre et demande de travail, le côté court du marché se voit doter d'un pouvoir important. Or, il paraît qu'il existe, en France, un léger problème de chômage (une rumeur infondée, sans doute), si bien qu'on peut raisonnablement penser que les responsables d'entreprise, dotés de l'autorité, ont un très léger avantage dans leurs négociations avec les salariés, et ce d'autant plus quand les négociations ont lieu au sein de l'entreprise, voire de l'établissement.

Dès lors, il devient assez cocasse d'entendre des politiques dire qu'ils veulent redonner aux français "le choix de conduire leur destin". Comment? Très simple, il faut :

* offrir aux salariés du privé comme aux fonctionnaires le droit et le pouvoir de travailler plus pour gagner plus
* donner aux maires le droit d'autoriser l'ouverture des commerces le dimanche si les salariés sont volontaires
* développer la négociation à l'échelon des entreprises

Bref, donner de la liberté aux acteurs qui interagissent, d'égal à égal, dans l'entreprise...

Alors bien sûr, me dira-t-on, le projet UMP développe d'autres propositions, qui vont dans d'autres directions. C'est vrai. C'est d'ailleurs la caractéristique essentielle, en ce moment, des propos des leaders de l'UMP : faire des propositions dans tous les sens, histoire de contenter tout le monde. Ce qui est d'ailleurs revendiqué par Sarkozy, si l'on en juge par l'analyse des Echos :

L'autre risque est d'offrir l'image d'un grand texte ramasse tout, d'où il soit difficile de dégager un message clair et entraînant. Mais ce risque, Nicolas Sarkozy veut le prendre, persuadé que c'est à lui, plus tard dans la campagne, et avec son projet présidentiel, qu'il reviendra de dégager des lignes de force.

L'autre raison d'un tel ecclectisme est sans doute à chercher du côté de la méthode utilisée : "pas de longues réflexions sur les équilibres macroéconomiques", nous disent Les Echos,  "l'UMP est partie des préoccupations des Français, d'où la place majeure qu'elle donne au pouvoir d'achat" . "Pas d'interdits idéologiques, le texte emprunte aux classiques libéraux tout en pillant allègrement dans le projet socialiste". Bref, un bel exercice de démocratie participative...

Publié dans Politique

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Manoudu 04/05/2007 11:16

j'aime bien ton raisonnement, mais je pense qu'il est un tout petit peu trop ironique, à tel point qu'à un moment j'ai presque cru que tu étais pro Sarkozy...
Je pense que si ce n'est pas le cas, tu devrais peut-être te mettre un peu plus à la portée de tous car la lecture d'un doc ne permet pas toujours de ressentir l'humour ou l'ironie qui se cache derrière.
@ bientôt

Libéroïdal 16/11/2006 17:49

Frednetick: Sur ce point précis, la proposition des libsoc est de conditionner une allocation d'existence permettant de vivre décemment à une condition de non-possession d'un patrimoine. Mais il n'est absolument pas dit que cette tendance "passe" au sein de l'UMP. Surtout si Mme Royal[*] remporte les primaies au PS au premier tout, ce qui semble s'annoncer. Cette proposition me semble d'autant plus intéressante qu'elle permettrait de donner une meilleure allocation, mieux ciblées.[*] Mme Royal résumant les problèmes de la société au manque de "poigne" ou de "présence" des fonctionnaires, je comprendrais volontiers que l'UMP choisisse de ne pas s'exposer à trop faire de promresse sur un terrain où l'absence de l'adversaire l'en dispensera.

Frednetick 16/11/2006 11:21

ce qui m\\\'étonnera toujours c\\\'est cette capacité à oublier, à simplifier à l\\\'extreme qu\\\'on certains "penseurs" libéraux.Il faut produire soit. Mais alors que faire de celui qui par naissance ou par esprit d\\\'entreprise à constitué un capital capable de le faire vivre? Il ne produit rien si ce n\\\'est des fruits pour lui même, et bénéficie de l\\\'admiration, ou au mieux de l\\\'aveuglement de ces penseurs, les même qui fustigent les inactifs.Et c\\\'est là que le grand écart apparait, puisque l\\\'UMP souhaite offrir un vrai statut au bénévolat (ce qui pour une fois me parait TRES judicieux). Doute t-on alors qu\\\'un chomeur qui donne sont temps dans une association puisse produire de la richesse "sociale", celle qui maintient le lien, qui favorise la diminution de la "délinquance" (laquelle à un cout economique faut-il le rappeler?), celle qui apporte une socialisation à ceux qui ne peuvent s\\\'inscrire dans une relation de travail? 

Libéroïdal 16/11/2006 08:20

Pr Couillon: Le programme de l'UMP n'est pas à cette heure définitif comme vous le savez certainement et se définira d'ailleurs, en termes d'engagements du moins, en grande partie en fonction du candidat dont le PS se dotera. Par exemple, il est évident que si Mme Royal est retenue, il n'y aura pas de raisons de prendre des engagements sur le plan social. Ce peut être différent si les militants UMP perçoivent le risque de voir le PS porter un programme économique et social plus argumenté (il y aurait bien un vague risque du côté d'une extrème gauche voulant tout d'un coup jouer dans la cour des grands... mais ils n'ont pas l'air assez convaicnus de leur capacité à joouer ce rôle en 2007, et c'est bien dommage).

Libéroïdal 16/11/2006 08:11

Vous l'aurez compris : je prétends tout simplement que le travail salarié, ce n'est pas pour tout le monde. Cette évidence aux yeux du premier commerçant venu masque à mon avis malhabilement la volonté de refuser d'ouvrir le débat à toutes autres positions sociales que salariés, ce qui me semble terriblement réducteur.Mais après tout nous sommes en période électorale. Qu'attendre d'autre ? Pour le lecteur souhaitant dépasser l'instrumentalisation du calendrier à des fins partisances, peut-être faut-il aborder la question des revenus du travail, c'est à dire, de la manière de promouvoir en effet le travail comme source de revenus et pas simplement comme position dans laquelle on subit une hiérarchie ?Après, que les personnes sans emploi ne retrouvent pas dans les nombreux dispositifs d'état, des conseils généraux, régionaix, mis à leur "service" pour leur réinsertion les ressources pour trouver leur place dans la société pose une question essentielle : faut-il continuer à financer ces dispositifs ? (et donc, priver leurs usagers des ressources financières qu'il en coûte pour les faire fonctionner, car, et ne l'oublions pas, cet argent aurait pu être reversé directement dans la poche des exclus). Mais après tout, on peut tout aussi bien considérer la misère comme on fond de commerce, à laquelle il conviendra dès lors de consacrer moult argent en édification de cathédrales à la gloire des héros de la lutte contre les inégalités, impressionnant utilement lesdits miséreux qui verront dans ces grands instruments à quel point on les aime et on pense à eux !