La dissertation d’économie de Nicolas S.

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Le petit Nicolas S. a tiré comme sujet « comment relancer la croissance économique de la France ? ».

 Voilà sa réponse…

 Si la croissance économique de la France est faible, c’est parce que les gens ne travaillent pas assez. Pour gagner plus, il faut travailler plus. Si on travaille moins, on gagne moins. C’est logique.

 Mais attention, si les gens ne travaillent pas assez, ce n’est pas parce qu’ils sont fainéants ! Oh, bien sûr, comme dit mon copain François F., il y en a des gens fainéants qui font rien que rester dormir le matin dans leur lit en attendant que l’Etat leur donne des allocations et en rigolant de voir les autres partir travailler. Ceux là, il faut les fâcher. Mais ils ne sont pas tous comme ça les gens. Il y en a qui sont gentils et qui voudraient travailler plus pour gagner plus. Mais ils ne peuvent pas. C’est à cause des 35 heures, à cause de ce qu’ont fait les méchantes personnes qui étaient au gouvernement avant. Il faut donc laisser les gentils salariés qui travaillent dur travailler encore plus dur, comme ça les gentils chefs d’entreprises leur donneront plus d’argent parce qu’ils sont gentils.

 Comme les (gentils) gens qui travaillent dur vont travailler encore plus dur, il vont gagner plus d’argent. Comme ils vont gagner plus d’argent, ils vont dépenser plus d’argent. Comme ils vont dépenser plus d’argent, les (gentilles) entreprises vont créer plus d’emploi. Et comme ça, il y aura de la croissance en France.

 En conclusion, Nicolas S. a expliqué que pour que tout ça fonctionne longtemps, il fallait faire attention à ce qu’à l’école, on fasse en sorte que les élèves deviennent plus tard de gentils salariés. Alors, il ne fallait pas que les garçons portent des casquettes en classe, ni que les filles mettent des jeans taille basse (ni l'inverse d'ailleurs), et aussi que personne n’ait de portable. Il ne faut pas non plus que les élèves disent « tu » au maître, mais qu’ils se lèvent quand le maître arrive. Il faut aussi qu’ils lisent Les Fleurs du Mal et qu’ils ne brûlent pas les voitures ni les bus. Oh, bien sûr, tout le monde ne pense pas pareil, et c’est bien normal. Nicolas, lui, il trouve les gens gentils gentils, et les gens méchants, il les trouve méchants. Il comprend que d’autres trouvent les gens gentils méchants et les gens méchants gentils. Après, c’est à chacun de voir, et d’être d’accord avec qui il veut…

 Bon, je vais avoir l’air rabat-joie, mais je lui ai mis 0/20 à notre Nicolas S. Avec les commentaires suivants :

Sur la première partie d’abord, je lui ai dit de s’en remettre à son cours d’histoire des faits économiques, qui montre que depuis le début du 20ème siècle, l’élévation du niveau de vie s’est accompagnée d’une diminution du temps de travail. Certes, cela ne signifie pas qu’il faille attendre automatiquement d’une baisse du temps de travail une élévation du niveau de vie, mais croire que les deux sont incompatibles est tout sauf pertinent. J’ai ajouté dans le même sens que les travaux empiriques et théoriques sur la croissance (ceci au moins depuis le modèle de Solow de 1956) démontrent clairement que l’élévation du niveau de vie se nourrit pour l’essentiel de l’effort d’investissement et du progrès technique…

 Sur la deuxième partie, je l’ai renvoyé à ses cours sur la théorie des coûts de transaction, qui montre qu’il existe deux modes essentiels de coordination : le marché, régulé par les prix, et la hiérarchie, régulée par l’autorité. Je l’ai renvoyé aussi à ses cours présentant les différences entre économie de marché et économie capitaliste. Pour qu’il comprenne que lorsqu’un salarié signe un contrat de travail, il passe en quelque sorte une convention de subordination. Et que c’est rarement lui qui décide des tâches qui lui sont confiées ni du nombre d’heures qu’il fera...

 Sur la troisième partie, j’ai commencé par trois points d’exclamation, surpris que j’étais de voir poindre un discours keynésien sous la plume de Nicolas S. J’ai ajouté que c’était très gentils de croire que l’accroissement du pouvoir d’achat des salariés se traduirait par une croissance économique plus forte, mais encore fallait-il que les entreprises françaises veuillent et soient en mesure de répondre par un accroissement de l'offre au supplément de demande. Et donc qu’il aurait fallu consacrer au minimum une partie de son développement à l’analyse des conditions côté offre…

 Quant à la conclusion... sans commentaire...

P.S. : j'ai depuis corrigé les dissertations de Jean-François C. et Patrick D., qui ont visiblement copié sur leur petit camarade à de multiples reprises (quand on pense que l'an dernier encore Jean-François n'était pas du tout copain avec Nicolas, et que maintenant ils sont inséparables dans la cours de récréation, ces deux-là...). Naturellement, ils ont obtenu la même note que Nicolas S. On me reprochera sûrement ma sévérité, on me dira que la répression ne mène à rien et que ce n'est pas en leur mettant des 0/20 qu'ils vont changer de comportement, mais moi, Monsieur (Madame), j'ai des principes, et le laxisme, je sais trop bien où ça mène : portable, casquette, jean taille basse, voiture brulée, tutoiement, ...


Publié dans Politique

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Achat Or 10/02/2010 17:37



Décrochage du prix de l'or


Actuellement, nous sommes loin des 800 $ atteint lors de son dernier sommet en 1980. Si nous prenons la valeur ajustée par rapport à l'inflation, ce prix de 800 $ l'once (31,1 g) correspondrait à
un prix compris entre 1700 et 2400 $, cette variation est en fonction de l'indice retenu pour définir la hausse des prix.


Une des raisons pour laquelle l'or n'a pas suivi  cette hausse  en rapport des indices est que l'or physique présentait peu d'attrait en France comme support de placement. Les
différents gouvernements français et d'autres pays ont tout fait pour dissuader l'achat d'or en pièces et lingots. En France la mise en application de l'article 15 de la loi n° 94-6 du 4 janvier
1994 et l'instauration de taxations diverses, 8% (7,5 +0,5%) lors de la vente en sont la principale cause.


Cette semaine la première de février, nous enregistrons un décrochage sur le prix de l'once d'or, c'est le rebond du dollar qui en est la cause. La monnaie européenne se porte
très mal, entrainée par les déficits incontrôlables des pays du sud de l'union européenne. 

http://interor.fr



boulbi73 07/03/2007 15:55

pour ne pas devenir ni comme François F ni comme le petit Nicolas S. je vais réviser mes cours d'économie de terminale (ils devraient en faire autant..): les déterminants de l'investissement, le progrès technique et croissance, le chômage.... c'est loin tous ça pour eux..

Ego 28/12/2006 15:09

Dans le même genre je viens de poster un article sur le concept "il faut travailler plus pour gagner plus" sur mon blog !
http://egocognito.over-blog.com/

Christophe 15/12/2006 08:42

Cher Olivier Bouba-Olga,Vous observez, à juste titre selon moi, que la France se caractérise par de faibles revenus, plus exactement par de faibles augmentations des revenus salariaux. Vous affirmez en outre que le rôle de la BCE est mineur en la matière.J'avoue ne pas comprendre vraiment. Car si j'en crois Jean-Claude Trichet, il augmente les taux pour freiner l'augmentation des salaires. Il a invoqué explicitement cette raison pour justifier la hausse de septembre (Libération du 19 septembre, de mémoire). Surestime-t-il le rôle de l'institution qu'il dirige? Cache-t-il ses véritables motivations?AmitiésChristophe

Naive 13/12/2006 22:18

arf ça fait du bien de sourire devant un texte pertinent ....:0010: