Examen de rattrapage raté pour Nicolas et Ségolène...

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Examen de rattrapage pour Nicolas (0/20 à la première épreuve) et Ségolène (après harmonisation, sa note a été ramenée également à 0/20...).

Sujet : "comment évolue le pouvoir d'achat des français? Pourquoi? Quelles implications en termes de politique économique?"

Ils m'ont rendu chacun leur copie (en fait, exactement la même. Ils étaient pourtant chacun à un bout de la salle, ils n'ont pas pu copié l'un sur l'autre, mais bon, c'était la même réponse, à quelques variations de vocabulaire près... j'me demande s'ils n'ont pas communiqué par téléphone portable...).

En gros, leur réponse est en trois temps :
1. Le pouvoir d'achat des français a diminué contrairement à ce que disent les statistiques, car les indices de prix sont faux (dixit texto Nicolas sur France 2, S'égolène dit à peu près la même chose, il faudrait des indices de prix démocratiques...). L'inflation est plus forte que ce que nous en dit l'Insee,
2. Si l'inflation est forte, c'est à cause de l'Europe et plus précisément de Jean-Claude Trichet et de sa politique de l'Euro fort. Les deux méchants de l'histoire sont donc l'Insee et, surtout, la BCE.
3. Préconisations avancées :  Nicolas m'a écrit qu'il est "urgent que soit créé un véritable gouvernement économique de la zone euro et que soient rediscutés le statut et les objectifs de la BCE". Ségolène  affirme que "ce n'est plus à M. Trichet de décider de l'avenir de nos économies, c'est aux dirigeants démocratiquement élus".

Résultat des courses : -10/20 pour les deux. Ils rétrogradent dans l'année inférieure, ce qui ne s'était jamais vu de mémoire d'universitaire.

Eléments de correction :
1. C'est pas gentil de critiquer l'Insee et de dire que les indices de prix sont faux. Ces indices sont bien sûr critiquables, comme tout indicateur statistique, mais il n'existe pas d'indice juste et d'indice faux, juste des indices plus ou moins pertinents en fonction des besoins. A la limite, si l'on veut un indice qui satisfasse les 60 millions de français, la seule solution est de calculer... 60 millions d'indices. Va falloir recruter à l'Insee, ca va plomber le budget... Bon je ne développe pas, ça a déjà été dit, je
renvoie ici ou .

2. Pour répondre à la question, il fallait commencer par définir le pouvoir d'achat.  Comme son nom l'indique, le pouvoir d'achat, c'est ce que vous permet d'acheter votre revenu. Ce qui dépend du revenu que vous touchez et des prix des biens ou services que vous souhaitez acheter. En clair, le pouvoir d'achat, qu'on appelle aussi le revenu réel (R*), est le rapport entre le revenu nominal des individus (ce que l'on voit par exemple sur sa feuille de paye, notons ça R) et l'indice des prix (noté P) :

R* = R/P

Sur cette base, l'évolution du pouvoir d'achat dépend de l'évolution des revenus nominaux (R), d'une part, et de l'évolution de l'indice des prix (P), donc de l'inflation, d'autre part. Si l'évolution de R est plus rapide que celle de P, le pouvoir d'achat augmente. Si elle est inférieure, le pouvoir d'achat diminue.

3. Dès lors, dire que la politique de l'Euro fort est à la base de l'augmentation des prix est complètement contradictoire : la politique de l'euro fort a précisément comme objectif de limiter l'inflation ; si mes deux apprentis-économistes considèrent cette inflation comme trop forte, leur mot d'ordre aurait dû être de soutenir vigoureusement Jean-Claude Trichet.

4. En fait, si on analyse précisément l'évolution du pouvoir d'achat des français, le problème est moins au dénominateur (problème d'inflation) qu'au numérateur (évolution trop faible des revenus ; pas pour tout le monde certes, il faudrait développer). Ceci déplace la question : pourquoi l'évolution des revenus en France est-elle si faible?

5. Etant donné que l'évolution des revenus dépend en première instance de la croissance économique, autrement dit de la capacité du pays à faire croître plus rapidement les richesses créées que les ressources mobilisées pour les créer, la stagnation du pouvoir d'achat s'explique avant tout par la faible croissance française.

6.  A la limite, on peut s'en prendre à la politique de Trichet à ce niveau là. En disant par exemple que l'élévation des taux d'intérêt dissuade partiellement l'engagement dans des projets productifs, donc la croissance économique. Ou encore que la montée de l'Euro pèse sur la compétitivité-prix des entreprises européennes. Pas totalement faux, cela peut être mis en débat, mais c'est assez limité (ou plutôt, ce n'est pas le problème premier, loin s'en faut) : les autres pays de l'Union sont soumis aux mêmes conditions, certains s'en tirent mieux.

7. Surtout : quitte à accuser l'Europe, autant dénoncer son faible investissement dans l'innovation, en dépit de l'engagement pris en 1999 à Lisbonne de faire de l'Union la première économie mondiale de la connaissance. Avec comme objectif intermédiaire pour 2010 de consacrer 3% du PIB communautaire à la  R&D. Objectif qui ne sera pas atteint.

8. Pourquoi l'Europe n'investit pas plus dans l'innovation? Car les pays ne veulent pas voir le budget européen augmenter, qu'1/3 de ce budget est dédié à l'agriculture, et que la France ne veut surtout pas bouger sur la question de la politique agricole commune. Sachant que les subventions aux agriculteurs sont tout ce qu'il y a de rationnel, puisqu'elles dépendent des surfaces cultivées, si bien qu'un des premiers bénéficiaires des aides est la reine d'Angleterre (elle possède beaucoup de terres).

Bon, je ne développe pas plus les enchaînements. Je voudrais juste que nos deux candidats arrêtent d'apporter de mauvaises réponses à de mauvais problèmes...

Publié dans Politique

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totor 20/12/2006 15:35

Je suis curieux d'avoir le corrigé de la copie de Francois B. , de Jean Marie L. et de Olivier B.J'espere que vous prendrez le temps.

Olivier Bouba-Olga 18/12/2006 15:35

@ thau : l'innovation n'est pas nécessairement à connotation positive. Littéralement, innover c'est introduire quelque chose de nouveau dans la sphère économique. Ici, il s'agit d'une innovation institutionnelle. Blague d'économiste de l'innovation : est-ce un progrès quand un cannibale mange avec une fourchette et un couteau?* sur le découplage seulement partiel, effectivement. Il semble qu'on s'oriente vers un découplage total à horizon 2012, voire 2008 si la France finit par céder, non?

Thau 18/12/2006 14:56

@ OBO
J'ai parcouru votre article. J'avoue souffrir un peu de voir le qualificatif "innovation", à connotation positive, appliqué au développement de l'irrigation du maïs dans le sud-ouest, qui reste une aberration agronomique. Je parlerais plutôt d'erreur stratégique qui a donné lieu effectivement à certaines innovations.
Pour revenir à l'efficience du système incitatif PAC, je m'étonne que vous ne fassiez pas plus de cas, dans cet article, de la surprime à l'irrigation pour les SCOP (durement négociée en 1992 il me semble) sans laquelle cette irrigation, sur ces cultures, ne serait pas rentable. Et encore, elle ne l'est que parceque les coûts environnementaux ne sont pas internalisés (c'est comme ça qu'on dit ?).
Et pour finir, je précise que le découplage, sur les SCOP, est de 75 %. Les 25 % restant couplés à la production pourraient amener une grande majorité d'agriculteurs à poursuivre la production même si leurs décisions seront + déterminés par le marché.
Bon, j'arrête là.
 
 

Laurent GUERBY 18/12/2006 14:03

Adam S., le point de mon billet est qu'il n'y a évidemment pas une inflation, mais des inflations que chacun pourrait calculer a partir des données détaillées relevées par l'INSEE et que les économistes gaulois mentent ouvertement en inventant des raisons bidons de cacher les données qui interessent le citoyen.L'inflation apparait dans la plupart des débats économiques, par exemple les retraites : est-ce que l'inflation vécué par les retraité est la même que celle de la population ? Si non, pourquoi fait-on des prévisions sur le cout des retraites a 40 ans en utilisant l'inflation moyenne ?Pour la BCE, je me contenterai de rappeller que l'usage des taux d'intérêt à court terme n'est pas la seule option sur la table pour controler la masse monétaire.

Thau 18/12/2006 11:40

L'agriculture et les agriculteurs sont, comme tout, critiquables. Et pour ma part, je ne considère pas les attaques sur le budget PAC comme l'expression d'un mépris du monde agricole. Ma connaissance du sujet est partielle et mon approche forcément partiale mais je sais au moins que l'équation est compliquée et exige de ne pas s'arrêter à la seule part agricole dans le budget européen. Merci pour le lien.