Aubade

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Les Echos publient aujourd'hui un article (payant) intitulé "Qui a peur du "syndrome Aubade" " rédigé par Pierre de Gasquet. Il renvoie à mon blog en reprenant un petit bout de mes propos "Calida est un groupe à contrôle familial, largement à l'abri de la dictature des marchés financiers".

Si des lecteurs des Echos viennent se perdre ici, quelques liens vers les billets consacrés au sujet :
* ici, sur le site de Sciences Humaines, billet général sur la question des licenciements boursiers, pour relativiser leur importance
* dans un premier billet sur ce blog, j'illustre le propos pour montrer que la fermeture d'Aubade ne correspond pas à un licenciement boursier
* dans un deuxième billet, je décrypte la stratégie industrielle de Calida

Dans son article, Pierre de Gasquet fini sur un renvoi au livre de Suzanne Berger (Made in Monde), en disant qu'elle a "démontré, exemples à l'appui, que la délocalisation n'est pas la seule issue possible et qu'une main d'oeuvre peu coûteuse n'est pas le seul critère de succès". Tout à fait d'accord, j'en ai parlé ici (billet sur les coûts cachés) et (billet réorganisation vs. délocalisation). Et bien sûr, beaucoup plus longuement, dans les nouvelles géographies du capitalisme.

Bref, il faut faire des analyses au cas par cas pour se prononcer sur la rationalité des décisions prises et sur l'opportunité de délocaliser. Adopter une régle d'analyse du genre "toute délocalisation est mauvaise" est stupide. La proposition inverse également. En passant, n'oublions pas que ces délocalisations permettent le développement de pays qui en ont bien besoin. Simplement, il serait bon d'anticiper sur les mutations et d'accompagner certains mouvements, pour que l'effort d'adaptation ne repose pas que sur les salariés les moins qualifiés. Ce sera plus efficace que d'interdire les délocalisations...

Publié dans Entreprise

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Vincent Carel 22/12/2006 23:17

@Olivier Simard-Casanova:
en clair ça veut dire que l'exploitation éhontée des travailleurs est légitime et nécessaire afin d'assurer l'enrichissement des investisseurs dont les profits ont plus d'importance que la vie de ces cons d'ouvriers. Et vive la famille Wendel et son honorable fortune!
Quand je lis ce genre de truc je me dis que les délocalisations n'en sont pas, des délocalisations, et qu'il vaudrait mieux utilisé le terme de "détemporalisation" pour signifier la poursuite par la sainte économie capitaliste de conditions d'investissement comparables aux grandes heures du dix-neuvième siècle, époque bénie où ces pauvres (par "les pauvres" je veux dire les investisseurs bien sûr, pas les travailleurs dont les sacrifices sont nécessaires) n'étaient pas contraints de subir l'extorsion de salaires exorbitants sans parler de ces atrocités que constituent les cotisations sociales, et je ne parle pas des congés payés ou maladie.
Le problème des délocalisations n'est pas économique mais politique et moral. Toute délocalisation est un choix rationnel, mais qui n'a rien à voir avec l'économie: il s'agit d'un choix éthique et politique, celui de l'exploitation des ouvriers et de la répression sociale, celui de la tyrannie et de la domination. Le dirigeant qui délocalise est un criminel indigne et, de la même manière que les héritiers des grandes fortunes industrielles du dix-neuvième siècle devraient être dépouillés de leur héritage (qui n'est que le résultat de la tyrannie, de l'exploitation et du vol), il serait légitime qu'il soit traduit en justice, interdit d'exercer toute activité de direction au sein d'une entreprise et suspendu de ses droits civiques pour un certain temps (comme un élu peut l'êre quand il est reconnu coupable de corruption ou d'une fraude financière quelconque).
Je sais bien que ça n'est pas très "pragmatique", "réaliste" ou "responsable", cela dit que disaient les gens "pragmatiques", "réalistes" ou "responsables" au moment de la grêve génrale de 36, que disaient-ils quand la Sécurité sociale a été instituée, que disaient-ils quand "des enfants de 5 ans crevaient dans les mines"?
PS: je souscris entièrement aux propos de stefbac.

Olivier Simard-Casanova 15/12/2006 23:52

@ stefbac : je suis pas spécialiste de la question, mais je serais bien tenté de dire que si les pays pauvres sont pauvres, c'est avant tout parce qu'ils n'ont pas certaines configurations institutionnelles nécessaires à leur développement. La pauvreté ne sera pas résorbée de façon durable par un plan Marshall, sauf s'il s'agit de reconstruire une économie déjà développée dévastée par un évènement exceptionnel (ce à quoi servit le plan Marshall premier du nom).De la même façon ne pas mettre la charrue avant les boeufs : le développement d'une protection légale des salariés se fait lorsque l'économie entre en phase de développement. Inciter les pays à mettre en place une telle législation risque de poser de lours problèmes de développement, qui, in fine, empêcheront les pays en question de se développer...Enfin, ne pas confondre la notion de croissance économique, qui est quantitative ("statistique" comme vous dites) et la notion de développement, qui est surtout qualitative. Par exemple un pays dont le niveau de protection des travailleurs est élevé est un pays très probablement développé.

stefbac 15/12/2006 22:55

Certes, elles permettent à ces pays de se développer... Quant aux peuples... Statistiquement sans doute, mais quand on voit les conditions de travail des salariés de ceux pays-là, sans parler du travail des enfants...Ne faudrait-il pas plutôt que la communauté des pays riches, par exemple l'Europe, impose un protectionnisme lié au respect de normes sociales, et en même temps proposent des plans "marshall" pour améliorer les conditions de vie dans ces pays en voie de développement?

Adam S. 15/12/2006 17:28

Tres bon post. 
Je pense que l'on peut ajouter que des etudes US ont demontrees que les licenciements dit boursier (terme stupide) c'est a dire qui ne visent qu'a reduire les couts du travail pour faire augmenter les cours de bourse, rien d'autre, et ne qui repondent a aucune logique strategique a long terme sont sanctionnés par les marchés.
Des fonds de la taille de Calpers ne peuvent avoir qu'un horizon a long terme compte tenu de leur taille et s'engagent donc de facon active dans la gouvernance et la strategie des entreprises.
L'existence de ces fonds ne resulte pas d'un complot des 200 familles mais de la revolution demographique d'apres guerre jointe a l'absence de guerre similaire a la numero 1 et la numero 2 menant a un enrichissement considerable des pays developpes.  Autrement dit plus gens plus riches et plus exigeant de leur argent remplacent des generation creuses qui ont vecus deux guerre et une depression majeure.  Nous sommes tous actionnaires comme nous sommes tous consommateurs.  Le capitalisme patrimonial, financier, etc. c'est nous.
A Levy Lang preche pour sa paroisse.  La diversification des risques peut etre dorenavant etre effectuee de facon plus efficace par l'actionnaire dans le cadre d'un portefeuille diversifié (sans compter l'utilisation de derviatifs).  Bien sur c'est moins confortable pour le dirigeant, moins amusant aussi.  Pour la remuneration le jury est toujours dehors.
Finalement l'exigence de rendement de 15% est l'equivalent du grand mechant loup dans le petit Chaperon Rouge.  Sorti de son contexte (comptable) et ne correspondant a rien dans la realite financiere.
 

Olivier Bouba-Olga 15/12/2006 14:07

@ prl : je n'arrête pas de le dire... sans oublier cependant de signaler que les transitions sont parfois douloureuses, qu'il faut donc les accompagner. En gros, l'idée forte que je défends est la suivante : l'approfondissement de la mondialisation (les délocalisations étant une (petite) partie du phénomène) est un jeu à somme positive qui permet d'accroître le niveau global des richesses créées, mais qui génère dans le même temps des inégalités sociales (qui pèse fortement sur les personnes peu qualifiées dans les pays développés) et spatiales (au niveau des régions plus que des pays).