Comptes d'apothicaire

Publié le par Olivier Bouba-Olga

L'attention se focalise très fort en ce moment sur la question du financement des programmes de nos politiques, les médias piochant abondamment dans les résultats de l'exercice de comptabilité effectué par Débat 2007, développé à l'initiative de  Michel Pébereau, auteur d'un rapport sur la dette qui l'a rendu un peu monomaniaque, dirons-nous. Les économistes ne sont pas des comptables, pour preuve ces différents articles/billets sur le sujet de la dette et/ou du financement des programmes :

* Fitoussi et Aghion dans un article pour le Figaro de janvier 2006
* Fitoussi tout seul en 2004
* Salanié sur son blog récemment
* Askenazy aussi, sur le blog qu'il vient d'ouvrir
* Econoclaste, encore, ici et

Avec des avis assez convergents sur l'intérêt limité des exercices de chiffrage, surtout quand on refuse de prendre en compte les effets attendus des politiques en termes de croissance. Le programme UMP est évalué à 50 milliards d'euros, celui du PS a 63 milliards, so what? Aucun intérêt si on ne quantifie pas dans le même temps les effets attendus en termes de création de richesse et d'emploi.

 Bien sûr, la prise en compte de ces effets attendus transforme l'exercice, puisqu'on introduit de l'incertitude parfois radicale. Il ne s'agit plus seulement d'évaluer les dépenses liées à chaque mesure, mais aussi d'évaluer les recettes attendues de la mise en oeuvre des dépenses, recettes attendues qui peuvent survenir à moyen-long terme, surtout si l'on met en oeuvre des politiques structurelles (politique d'éducation, de recherche, politique industrielle, politique de la ville, ...), ce qui est pour le moins souhaitable. N'en déplaise à un ex-premier ministre, la politique ne consiste pas à gérer l'Etat comme "un bon père de famille". Si on se refuse à transformer l'exercice pour cause d'incertitude, on ne parle plus d'économie ni de politique, juste de comptes d'apothicaire.


Petite précision : un compte d'apothicaire est un calcul long et compliqué n'ayant qu'un intérêt limité.

Publié dans Croissance

Commenter cet article

Sanzot 26/02/2007 14:10

Je ne consens pas au fait que la moitié des échanges internationaux soient de simples  transferts entre filiales de multinationales.
Je ne consens pas à voir le commerce international croître deux fois plus vite que la production mondiale, comme ces dix dernières années.
Je ne consens pas à voir grimper le prix du pétrole à cause de l’excès de demande que cette frénésie d’échanges provoque.
Je ne consens pas à trouver dans mon assiette les produits frelatés du capitalisme moderne.
Je ne consens pas aux inutiles mais coûteux voyages de la viande sur pieds d’un bout de la planète à l’autre.
Je ne consens pas aux inégalités qui se creusent sans cesse entre groupes de pays et entre groupes de gens dans les pays eux-mêmes.
Je ne consens pas à voir la presse de mon pays tomber titre après titre, station après station, chaîne après chaîne, dans l’escarcelle d’industriels sans scrupules ni autre ambition que de maximiser leur profit.
Je ne consens pas à la déréglementation en marche, qui organise le monde selon les seules règles que se donnent à elles mêmes les grandes entreprises.
Je ne consens pas à payer des impôts qui compensent l’évasion fiscale organisée par les multinationales dès la conception des produits.
Je ne consens pas à payer des impôts et des charges sociales qui compensent l’évasion fiscale et sociale de riches Français expatriés fiscaux mais rapatriés sanitaires.
Je ne consens pas à être le dindon de cette farce, la volaille que l’on plume, le lecteur que l’on trompe, l’auditeur que l’on berce et le téléspectateur qu’on endort.
Je ne consens pas. Mais contrairement au paiement de l’impôt, la Déclaration des droits de l’Homme ne m’oblige pas à la faire.

Marchange 26/02/2007 09:57

Bonjour, Au sujet de la pétition sur le "Pourquoi nous consentons  l'impôt", c'est marrant je pensais que c'était automatique notre "consentement". On a donc notre mot à dire. Soit. Ca devient un vrai consentement donc. Et bien je ne consens pas. On fait quoi ? On m'emprisonne ? On me chasse du pays ? On me tue ? Non voyons, on passe outre mon consentement... Ce n'est donc plus un consentement ! :-DD J'aimerais bien que les étatistes m'expliquent comment ils dépassent ce paradoxe. Pendant qu'on y est, qqun peut-il m'expliquer, sans arguments utilitaristes, que l'impôt est différent d'un transfert de propriété non consenti, cad un vol. Je ne demande qu'à apprendre professeur. Un poitevin libéral ;o)

David Mourey 25/02/2007 17:00


Bonjour Olivier Bouba-Olga,
 

Bonjour à tous les lecteurs de » ce blog de qualité et  fort instructif.
 

Olivier, tu as tout a fait raison d’aborder cette question du chiffrage des programmes des candidats à l’élection présidentielle. Nous devons vraiment tenter de mettre en évidence ce qui peut être pertinent en la matière et dans quelles conditions.
 

Sur mon blog récemment ouvert, je tente de mettre en discussion quelques éléments relatifs à ce débat sur le chiffrage des programmes, avec plusieurs liens ici :
 

http://democratieetavenir.over-blog.com/
 

Vendredi 23 Février 2007
 

Polémiques sur le chiffrage du coût des différents programmes
 

David Mourey
 

Professeur de Sciences Economiques et Sociales
 

AJC 22/02/2007 22:55

Affreux : le seul article que j'ai vu parlant des retombées positives de politiques publiques, en terme de création d'emploi, de ressources fiscales, de consommation, etc. était un article traitant du programme du FN.Affreux. :o(AJC

Greg et Laeti 22/02/2007 11:16

Dans nos cours, vous avez souvent émis l'idée que "baisser l'impôt" ne serait pas bénéfique pour la France, et qu'il était nécessaire de soutenir les dépenses publiues par le biais de l'impôt.
Alternatives Eco lance une pétition sur ce sujet, qu'en pensez-vous?
Appel : « Pourquoi nous consentons à l’impôt » http://www.alternatives-economiques.fr/petition/
Le mardi 20 février 2007 à 22H00, cette pétition avait déjà recueilli 32 263 signatures.

Olivier Bouba-Olga 23/02/2007 07:04

Je trouve que cette pétition est  plutôt une bonne idée.