Arthuis récidive

Publié le par Olivier Bouba-Olga

J'ai reçu un petit mail avant-hier (venant d'ici) m'annonçant le passage de Jean Arthuis, dont j'ai dit le plus grand bien l'autre jour, à l'émission "du grain à moudre" de France Culture, émission titrée "Faut-il avoir peur des délocalisations?". Aux côtés d'Arthuis, le responsable d'Atoll et Agnès Benassy-Quéré du CEPII. J'ai bien aimé le début de l'émission : Brice Couturier puis Julie Clarini, journalistes à France Culture, ont passé environ 5 minutes (j'exagère à peine) à presenter Jean Arthuis, son livre, ses idées, ses fonctions, etc..., puis 10 secondes (je compte large) pour Agnès Benassy-Quéré... Ce serait sans importance si Brice Couturier n'avait laissé entendre à demi-mot, à plusieurs reprises, son sentiment tout à fait favorable aux thèses défendues par Jean Arthuis, mais passons, là n'est pas l'essentiel : Jean Arthuis a dit pas mal de bêtises.

* En fin d'émission, il a vanté les mérites de la TVA sociale (minute 53 et suivantes) et tous les bienfaits qu'on devait en attendre pour la compétitivité de la France. Agnès Benassy-Quéré lui a bien dit que ça ne pouvait pas servir à renforcer la compétitivité-coût car on aurait logiquement derrière des hausses de salaires, mais c'est pas grave, il a persisté (pour une critique argumentée de la TVA sociale comme arme dans la compétitivité, voir Econoclaste).
* passage savoureux minute 26' : Agnès-Benassy-Quéré explique que la rationalisation du processus productif à l'échelle internationale fait gagner à chaque ménage environ 1000€ par an, qu'elle pense que cela pourrait être plus, et... Brice Couturier la coupe : "mais comment allez vous faire si personne ne travaille?". C'est qu'il a bien lu son Arthuis, le petit Brice! Arthuis enchaine en disant que le droit du travail en France empêche toute flexibilité, on ne peut donc rien faire...
* le sumum minute 28 :
"lorsque le gouvernement hier annonçait que les étrangers avaient beaucoup investis en France, le syndicaliste de base pouvait être tenté de dire mais, dans ces conditions, puisque le monde entier a investi chez nous, sans qu'on fit de différence entre l'investissement pour créer quelque chose et l'investissement qui n'est que de la reprise de biens existants, car dans tous ces investissements vous n'avez  pas d'investissement créateur de quoi que ce soit! On rachète des entreprises pour tirer le jus, pour sortir des dividendes et faire des plus-values, mais on n'investit pas pour créer de la recherche, pour financer des investissements de volume, de création de richesse. On investit pour s'approprier des biens et en sortir la substance. On investit dans l'immobilier pour susciter de l'inflation des actifs qui donnent l'illusion de l'enrichissement alors que ce n'est en fait que de la spéculation!"

Démonstration évidente des propos d'Arthuis avec le rapport Ernst & Young sur l'attractivité de la France (j'avais parlé du rapport Europe il y quelques temps, je viens de trouver le rapport France via Egocognito)  :
i) en 2005, la France a accueilli 538 projets d'investissement de l'étranger, juste derrière le Royaume-Uni (558) et loin devant l'Allemagne,
ii) dans 38% des cas, il s'agit de projets d'extension, dans 62% des cas de nouveaux projets
iii) ces projets ont permis de créer 20 497 emplois (avec une moyenne par projet plus faible qu'ailleurs, ce qui s'explique assez bien, je ne développe pas ici)
iv) 59,6% sont des projets relevant de secteurs tertiaires (ces projets tertiaires représentent 43,4% des emplois ) et 40,4% sont des projets industriels (56,6% des emplois)
v) la France est la première terre d'accueil des unités de production et des projets logistiques, et la deuxième terre d'accueil des centres de R&D,
vi) les 10 premiers secteurs sont Logiciels, Services aux entreprises, Electronique, Equipement industriel, Automobile, Logistique, Agro-alimentaire, chimie, plasturgie, Equipement de transport.

Que de l'investissement dans l'immobilier, je vous dis! Pas de création de richesses et d'emplois, rien... Bon, y serait pas délocalisable en Chine, Jean?

Publié dans Politique

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Vincent Carel 07/03/2007 17:01

Je reviens polluer cette noble assemblée:
@Bouba-Olga:
 

1. Au lieu de donner des leçons de morale, répondez donc à ma proposition d'insérer le corps des enseignants-chercheurs dans la concurrence mondiale. Puisque vous nous dîtes que ça n'est pas grave, que la concurrence des pays à bas salaire n'a aucune importance, vous devriez être ravi par ma proposition ; vous qui proférez la compétition aux autres, et notamment aux ouvriers, enfin je veux dire aux travailleurs peu qualifiés, vous qui nous expliquez que ces autres-là n'ont qu'à s'adapter (en les aidant, bien sûr mais vous aussi vous serez aidé), vous devriez sauter sur l'occasion de démontrer la justesse de votre propos (je suis gentil, je n'écris pas propagande, même si je l'écris quand même mais entre parenthèses : c'est plus poli) par l'exemple : alors pourquoi refusez-vous la mondialisation de l'université et de la recherche ? Pourquoi refusez-vous aux étudiants français le bénéfice de bourses supérieures et d'équipements ou de bibliothèques plus riches qui serait rendu possible par la rationalisation internationale de la production et de la transmission de connaissance?
 

2. J'admire la lecture que vous faîtes de l'échange que j'ai mis en lien, en y puisant uniquement ce qui vous intéresse, ce que je comprends aisément dans la mesure où il démonte les sophismes bourgeois (la mauvaise foi me rend un peu communiste) dont vous nous abreuvez. Je n'ai nulle part sur ce blog affirmé que les délocalisations étaient responsables du chômage en France, ce que j'ai dénoncé c'est l'euphémisation qui en est faite ici car, et c'est ce qui est exprimé dans l'échange entre Husson et Sapir, les effets de cette concurrence mondialisée ne se réduisent pas au seul stock de travail qui s'évapore de manière spectaculaire à l'occasion des délocalisations (qui est, effectivement, relativement restreint) mais ils s’exercent sur l'ensemble d'un salariat qui vit désormais avec une épée de Damoclès au-dessus de son contrat de travail et de sa fiche de paye. Pour travailler moi-même pour un équipementier automobile italien, lequel dispose d'une usine au Brésil qui fabrique les mêmes produits que mon établissement normand, je sais d'expérience ce que cela implique pratiquement : une perte d'autonomie pour les salariés français, auxquels la direction rappelle parfois, sur un ton dégagé et comme par inadvertance, qu'ils ne sont pas tout seuls sur la Terre ; et ne venez pas me répondre qu'il est impossible de transférer la production au Brésil pour des raisons x ou y puisque, parmi les composants qui sont montés dans l'atelier, l'un est fabriqué en Inde, ce qui n'empêche pas les usines françaises, italiennes ou allemandes de nos clients d'être livrées en temps et en heure. Aussi, même s'il est assez improbable que l'usine soit délocalisée c'est malgré tout plausible, et cela, les salariés de l'entreprise, comme des millions de salariés français le savent et le ressentent quotidiennement (des millions de salariés mais pas les enseignants-chercheurs). Ce qui me ramène à évoquer votre statut hyper-protégé et le ton suffisant et insultant qui est le vôtre à l'égard de ces millions de salariés (qui vous nourrissent par ailleurs) : votre attitude arrogante et méprisante vis-à-vis des ouvriers et des salariés français en général me fait penser à ces aristocrates d'Ancien Régime qui méprisaient l'argent tout en refusant, bien sûr, de payer des impôts.
 


 


 

Qui plus est, on ne peut adopter la définition restrictive qu’apprécient les partisans de la concurrence mondialisée (pour les autres) en considérant comme relevant de la délocalisation exclusivement les cas d’établissements qui sont transférés de France vers la Roumanie ou la Chine car l’établissement français qui ferme ses portes parce que ses marchés sont siphonnés par des concurrents implantés dans un pays à bas salaire relève d’une forme indirecte de délocalisation. Il faut donc, pour connaître le chiffre exact des emplois perdus, faire le cumul des emplois supprimés dans le cadre d’un transfert d’activités et ceux supprimés dans le cas d’une perte de part de marché liée à l’impossibilité de s’aligner sur les prix d’une concurrence dont l’efficacité repose sur l’exploitation des ouvriers du Sud. 
 


 

De la même manière que l’usage restrictif qui est fait par Monsieur Bouba-Olga du terme délocalisation relève de l’escroquerie intellectuelle, il est profondément hypocrite de réduire l’ampleur des pertes d’emploi aux seuls emplois effectivement détruits dans le cadre des délocalisations, qu’elles soient directes ou indirectes. Quand quelqu’un se fait dépouiller dans le métro devant 20 spectateurs impuissants la statistique recense 1 agression alors que dans la réalité ressentie par les personnes ce sont 21 agressions qui ont eu lieu pour la simple et bonne raison que les 20 spectateurs qui se plongent dans la lecture de leur journal s’identifient à la victime, se disent qu’ils pourraient être à sa place et ne font généralement rien parce qu’ils ont peur (ou parce qu’ils ne peuvent effectivement rien faire). Le même phénomène d’identification et de peur se produit dans l’affaire qui nous intéresse. Quand une usine est délocalisée en Pologne, ce sont toutes les usines qui le sont avec elles ; quand des ouvriers français sont licenciés au profit d’ouvriers polonais (c’est-à-dire en fait au profit d’actionnaires souvent français), ce sont tous les ouvriers français qui sont touchés. Ce qui est vrai pour les ouvriers l’est de plus en plus pour l’ensemble des salariés, ce qui explique l’hystérie de M. Bouba-Olga qui voit se restreindre l’audience potentielle à sa propagande au fur et à mesure que de nouveaux types d’activités se trouvent touchés par ce phénomène, d’où une hostilité sociale grandissante au libre-échange et à la libéralisation que d’aucuns nomment mondialisation : ce n’est pas un hasard si la remise en cause de cette prétendue mondialisation devient socialement audible quand les cadres et les ingénieurs (qu’on ne peut assimiler à des « travailleurs peu qualifiés », le terme en usage dans les milieux réactionnaires bourgeois pour désigner les ouvriers et bien démontrer leur infériorité) commencent à en subir les effets délétères. Les délocalisations, quelles que puissent être leur importance numérique, placent les salariés dans un état d’insécurité sociale permanente, ce que les patrons ont bien compris et que démentent obstinément quelques hypocrites galonnés. 
 


 

Les délocalisations, ne vous en déplaise, ont une influence essentielle sur la psychologie des travailleurs, et notamment des ouvriers qui voient depuis 30 ans se réduire année après année leur nombre (mais qu'importe à Monseigneur : la valeur ajoutée industrielle augmente, faudra penser à aller expliquer ça aux habitants des cités industrielles du Nord, de l'Est et du Centre...). Ces délocalisations, au-delà même de ce qu'elles représentent au plan comptable, ne sont que l'aboutissement de 30 ans de massacre de l'emploi ouvrier dans ce pays, massacre qui, ô surprise, est intervenu juste au moment où les ouvriers français ont commencé à tirer profit d'un siècle de luttes sociales (mais de ça il n’est nulle part question dans les billets de Monseigneur). Voir, pendant 30 ans, ces entreprises qui ont exploité honteusement la classe ouvrière française (dans l'indifférence absolue de l'Université) détruire au prétexte de rationalisation (la bonne affaire) cette même classe ouvrière pour finir par envoyer une partie de ses emplois dans des pays où elles retrouvent les conditions d'exploitation contre lesquelles s'était battue avec succès ladite classe ouvrière (dans l'indifférence tout aussi absolue de la même Université) me révolte, me donne l'envie de me mettre un couteau entre les dents et d'agiter un drapeau rouge (sang tant qu'à faire). Cela me révolte mais, comme je ne suis ni communiste ni gauchiste et que je ne crois à la pensée magique économique, je n’en veux pas au système capitaliste qui n’est barbare que parce que les hommes le veulent bien, enfin certains hommes.
 


 

Car ce qui me révulse véritablement c'est encore de lire les élucubrations de privilégiés qui, du haut de leur chaire et de leur entregent et de leur sale pognon, viennent nous expliquer que « c'est pas grave et que les gens qui pensent que c'est grave c'est des cons », les porteurs d’œillères donneurs de leçon qui n’ont pour seul argument à leurs vilenies que : « yaka aider les gens à s’adapter et à retrouver du travail ». Et bien sûr, quand un vilain monsieur (qui est sans doute un con lui aussi) rappelle que ces cons d’ouvrier avaient obtenu des conditions d’emploi et des salaires souvent corrects (en tout cas davantage que dans le tertiaire, qui est évidemment le seul débouché en terme d’emploi pour les ouvriers qui sont maintenant moins de 4 millions à avoir un emploi) avant de se faire massacrer et place alors le grand homme devant ses contradictions (moi je dirais hypocrisie et ressentiment bourgeois mais le monsieur est plus poli ou moins émotif), lui qui me demande d’argumenter, se garde bien de répondre (http://obouba.over-blog.com/article-5764773-6.html#anchorComment : voir le commentaire numéro 4 d’un certain Jean). La vérité, n’en déplaise à monseigneur, c’est que les ouvriers se sont adaptés à la condition qui leur était faite par les entreprises, tellement qu’ils avaient fini par en tirer profit en extorquant des salaires extravagants et divers avantages sociaux, insupportables dirait le baron Seillière (un autre hyper-protégé mais beaucoup mieux rémunéré), salaires et avantages qui sont rognés lentement mais sûrement au nom de l’adaptation et de la concurrence mondiale. La vérité, monsieur Bouba-Olga, c’est que vous n’avez à offrir que du vent à ces gens-là comme tous les prophètes de l’adaptation. Ou alors, commencez d’abord par vous appliquer à vous-même vos propres recommandations. Et répondez à l’argument avancé par ce monsieur Jean.
 


 

Vous voulez des arguments mais vous refusez d’y répondre. Ainsi, autre exemple, j’ai posté à l’une de vos innombrables apologies du libre-échange et des délocalisations un commentaire dans lequel j’exposais l’idée saugrenue selon laquelle l’ouverture à la concurrence mondiale ne pouvait pas ne pas avoir d’effet sur le salariat puisque il est manifeste que, lorsque les écarts de coût du travail varie de 1 à 10 ou de 1 à 20, ce ne sont plus la qualité des produits commercialisés qui font la différence, non plus que la qualité du management ou des process mais bien plutôt les salaires et ce qui leur est lié, comme la fiscalité des entreprises ou le droit du travail. Quand on ouvre le marché français aux productions allemandes ou anglaises (et inversement) je veux bien reconnaître que ce sont les entreprises qui se trouvent mises en concurrence et que, globalement, tout le monde y trouvera son compte. Mais quand on ouvre le marché français au textile bulgare, pays où le salaire minimum atteint 83€ mensuels, où le droit du travail sert de torche-cul aux « entrepreneurs », personne, alors, ne me fera accroire qu’il s’agit d’autre chose que d’agir sur les salariats en les mettant en concurrence, pour la plus grande souffrance des deux salariats, français et bulgares ; de même il est inimaginable que les tenants de la libéralisation et du libre-échange puissent être ignorants de cela. Dans ces conditions il faut être aveugle et sourd pour faire comme si l’objectif poursuivi participait uniquement de considérations sur l’optimisation de l’économie de marché.
 


 

La question du libre-échange et du protectionnisme n’a en fait rien avoir avec l’économie ou le commerce mais avec un choix de société et de civilisation : celui de l’exacerbation de la compétition ou celui d’une modération de la compétition, celui de la libération des tendances prédatrices de l’homme ou celui d’un l’encadrement d’icelles, celui de la guerre de tous contre tous ou celui d’une régulation sociale des relations interindividuelles. Comme chacun pourra le constater la progression du libre-échange va de pair avec la libéralisation de l’économie, les deux accompagnant (mais ça n’a rien à voir) la montée de la violence au sein de notre société, violence qui elle-même contribue à ségréguer la population française puisque chacun tente de se mettre à l’abri de la violence sociale grandissante en fonction du montant de ses revenus soit en s’installant dans des endroits épargnés par le phénomène soit en s’arrangeant pour faire dégager les populations criminogènes. La Seine-Saint-Denis en fournit un bel exemple qui a vu déguerpir à la fin des années 90 les gens qui avaient bénéficié de la forte croissance du moment, qui accueille maintenant les classes moyennes qui fuient la capitale et ses tarifs prohibitifs, classes moyennes qu’on verra grignoter petit à petit l’espace de ce minuscule département dont les populations reléguées le seront désormais de plus en plus loin. Au bout du compte les conséquences, qui ne sauraient être considérées comme des externalités (pour parler comme les économistes), sur la société de ce double mouvement de libéralisation de l’économie et d’ouverture des frontières nous amènent à une situation de guerre sociale où chaque groupe social, et chaque individu au sein de chaque groupe, s’affronte aux autres dans une dynamique d’effacement des solidarités nationales et, plus généralement, collectives : chaque corporation défend ses acquis sociaux mais, quand une grande entreprise réalisant des bénéfices licencie, les employés des sites non concernés, s’ils expriment verbalement leur désapprobation, ne font plus rien pour empêcher la fermeture de l’usine des copains (qui n’en sont plus depuis longtemps, des copains) ; de même qu’il y a belle lurette que les salariés en CDI ne se battent plus pour que leurs collègues intérimaires soient embauchés (on les aime bien et on est bien contents quand ils sont parfois embauchés au bout de 5 ou 6 ans d’ancienneté mais bon, c’est comme ça, certains sont du bon côté de la barrière et d’autres pas : c’est malheureux mais tant pis pour eux s’ils n’ont pas un piston aussi efficace que moi) ; le summum est atteint lors des manifs lycéennes de 2005 ou encore contre le CPE en 2006 quand des jeunes manifestants se font dépouiller par d’autres jeunes pas vraiment manifestants au seul prétexte d’une appartenance sociale distincte (chacun a plaqué son délire là-dessus –racisme anti-blanc, qui existe sans doute ; intolérance sectaire à l’encontre des punks et autres tribus adolescentes, ce qui est sans doute vrai aussi ; culture de la violence ; etc.– mais la couleur de la peau ou l’habillement ne sont en l’occurrence que les signes visibles d’une appartenance de classe, inconsciente chez ceux-ci qui dépouillent comme chez ceux-là qui sont dépouillés) –sarabande hallucinée que chacun s’est empressé d’oublier, ou plutôt d’oblitérer histoire de continuer à ronronner tant que c’est encore possible alors qu’il s’agit là, à mon avis qui n’a rien d’humble, de l’événement le plus important de l’histoire sociale de la France depuis l’échec des étudiants à entraîner les ouvriers dans leur « révolution » en mai 68. Comment ne pas voir vers quel désastre est en train de nous mener ce double mouvement qui n’est même pas efficace au plan économique (ce que se propose d’expliquer, entre autres, le dernier numéro de Manière de voir) ? Libéralisation et libre-échange ne représentent pas des phénomènes adventices comme voudrait le faire croire Monseigneur : ce sont des instruments au service d’une idéologie réactionnaire et bourgeoise dont les fins consistent à détruire ce qui a été construit après la Seconde Guerre mondiale en Europe au plan social et économique mais aussi et surtout au plan culturel et moral. Cela étant on peut s’affubler d’œillères et se boucher les oreilles, réduire la réalité sociale et culturelle à rien et instituer l’économie en univers autonome doté de ses propres lois (sans doute tombées du Ciel) et sans interaction aucune avec l’idéologie, la politique, la société : on peut tout aussi bien vivre au Pays des Bisounours.
 


 

Quoi qu’il en soit, et pour revenir à des considérations plus triviales, vous ne pouvez pas d’un côté affirmer que le libre-échange n’a aucun effet sur la destruction de l’emploi ouvrier (ou de l’emploi en général) et de l’autre affirmer que le remettre en cause aurait des conséquences néfastes : soit le libre-échange n’a aucune influence sur l’économie et la société françaises et à ce moment-là l’instauration d’un régime commercial protectionniste n’a aucune importance, soit le libre-échange a une influence primordiale et alors on ne peut éluder cette question dès lors qu’on se préoccupe sincèrement du chômage et des problèmes sociaux afférents. Si l’ouverture à la concurrence mondiale n’est pour rien dans les problèmes sociaux et économiques de notre pays, que vous importe qu’on la remette en cause ? Vous nous dîtes que ce n’est pas en se trompant de problème qu’on règle ses problèmes : et moi je dis que vous ne faîtes que manipuler l’auditoire en lui vendant des vessies pour des lanternes, en voulant masquer une hégémonie idéologique et une réalité sociale et culturelle derrière un discours spécieux qui prétend éduquer la populace en usant de statistiques contrefaites dont l’exposition de l’apparente innocuité révèle soit candeur soit cynisme de votre part.
 


 

3. Je sais bien que c’est désagréable à entendre mais vous êtes un privilégié. C’est peut-être très méchant de le dire mais vous êtes effectivement protégé par un statut social en béton armé qui vous met à l’abri de tous les affres dont vous niez la réalité, et pour cause puisque vous vivez dans un cocon. C’est encore abominable de le rappeler, monsieur Bouba-Olga, mais la République, dans sa grande munificence, vous octroie, en plus de ce statut que le plus ultra des militants de Lutte ouvrière n’oserait revendiquer pour les salariés, des émoluments qui vous classent parmi la catégorie des 10 si ce n’est 5 % les plus riches de la société française. Vous êtes un privilégié, je le répète histoire de rigoler, à l’instar de tous les économistes ; un privilégié autant dire un représentant de l’élite française, en conséquence de quoi vous avez le devoir moral de montrer l’exemple à la populace qui comprend rien à rien et qui croit que la mondialisation est à l’origine de ses maux : faut dire qu’à une époque les (pauvres) gens pensaient que le capitalisme était à l’origine de la misère ouvrière, certains même devenaient communistes (ils avaient tort), d’autres malgré qu’ils récusaient le Moloch rouge n’en défendaient pas moins une réformation du système économique et sociale qui irait de pair avec l’instauration d’une morale et d’une culture renouvelées : fort heureusement il existait à cette époque des braves gens qui savaient que le capitalisme n’était pour rien dans la dureté de la société, qui savait que « la vérité est ailleurs »…
 


 

Mais que Monseigneur se rassure je n’en veux nullement à son portefeuille, pas davantage à son statut d’Ancien Régime. Le jour où je prendrais le pouvoir par la violence pour instaurer un règne de terreur je me garderai bien d’attenter aux privilèges des élites en place, comme tous les dictateurs !
 



 



 

@AJC :
 


 

Entendons-nous bien, cher ami, je comprends tout à fait et j’ai compris depuis longtemps que la concurrence mondiale est surtout bonne pour les autres, pas pour la corporation des universitaires et des chercheurs, juste pour les ouvriers (et surtout les salops irresponsables qui gagnent jusqu’à des 1,5 fois le SMIC, même plus des fois), éventuellement les employés administratifs et quelques cadres.
 


 

J’aime bien le coup de TF1, si subtil, léger et en même temps, si subtil et léger soit-il, il te terrasse le populiste, l’air de rien mais sans retour. Que répondre ? Quand le sage montre la lune l’imbécile regarde le doigt : c’est un peu nul. Mais bon.
 


 

Pour le reste (le prêchi-prêcha sur « la mondialisation n’est rien », « le libre-échange n’a pas d’importance ») j’y réponds plus haut.
 



 



 

@Alexandre Cessateur :
 


 

Je n’ai nullement écrit que les profs français iraient à Port-au-Prince dans le cadre de la rationalisation internationale de la production et de la transmission de la connaissance mais que nous embaucherions des enseignants-chercheurs haïtiens, congolais, roumains qui chercheraient directement dans leur pays pour le compte de l’université française qui les salarierait et enseigneraient aux étudiants français par visioconférence. Autre option : les faire venir en France en application du principe du pays d’origine mais en n’y allant carrément c’est-à-dire en leur attribuant le même salaire que dans leur pays, le même droit du travail, tout quoi. D’une manière ou d’une autre on obtient des économies considérables, vu le niveau des émoluments d’un enseignant-chercheur haïtien, congolais ou roumain, économies que l’on peut réinvestir en bourses, équipements, bibliothèques, ce qui ne peut qu’être profitable à la Nation. Bien sûr je conçois le dépit que pourrait ressentir les représentants de cette corporation mais il faut savoir s’adapter et se remettre en question pour rebondir. Et puis, on n’est pas des sauvages, on leur délivrera des formations qui leur permettront d’aller travailler dans les services, pour des salaires et des avantages sociaux un poil moins avantageux il est vrai mais quand même…
 


 

Je sais pas pourquoi mais monsieur Bouba-Olga, qui sait que la mondialisation n’a aucune importance, que l’ouverture à la concurrence internationale n’a aucune incidence sur le salariat français, que le libre-échange est une chose absolument anodine (oh ! un oxymore ou presque), etc. refuse de se prononcer sur mon projet de réforme qui vise à étendre la mondialisation qui n’a aucune importance, l’ouverture à la concurrence internationale qui n’a aucune incidence sur le salariat français, le libre-échange qui est une chose absolument anodine (oh ! un deuxième oxymore : ah ! non c’est le même) aux enseignants-chercheurs de France et de Navarre (parce que j’ai une vision globale des choses et que je sais que ce sacrifice menu qui est demandé aux enseignants-chercheurs de notre pays sera profitable aux pays du Sud) : le pire c’est que j’ai l’impression qu’il lui est opposé. Bah ! c’est sans doute parce qu’il est trop intelligent pour moi : faut dire aussi que les explications quant à ce refus tardent à venir. Conservatisme ? Populisme ?
 


 


 

alexandre cessateur 05/03/2007 20:42

Mr Carel Port au Prince n'attire pas vraiment les cadres sups et les professeurs (insécurité, abscence de loisir, climat, paysages dévasté)
La concurence, c'est aussi avoir les meilleurs employés en les payant plus que les autres, les gens formés peuvent monayer leur savoir

AJC 04/03/2007 16:40

Il me semble, Vincent, que cette organisation mondiale des connaissances existe déjà...On se tutoie ? On va dire que oui, c'est plus cool.Bon, cette grande méchante mondialisation amène effectivement à des redéploiements d'activités au niveau international. Okay, ça peut paraître über bad, comme trip global. Même si ce blog, les cours et les ouvrages de M. Bouba-Olga expliquent en long, large, à travers quatorze dimensions de compréhension différentes qu'au final, le problème n'est pas là. Mais bon. On peut détester la mondialisation et continuer à pester contre les délocalisations. TF1 explique très bien pourquoi, et je n'irai pas mettre en doute les médias indépendants.Mais là où les pays développés gardent leurs avantages, c'est bel et bien dans la R&D et dans la production de connaissances nouvelles en général. Il serait idiot de délocaliser les enseignants-chercheurs dans d'autres pays en sachant cela : si une majorité de la recherche, des dépôts de brevets, de la recherche fondamentale dans de nombreux domaines, se trouvent dans les pays développés, c'est pas pour rien.Tout simplement parce que nous avons des impôts et des emprunts permettant de financer des systèmes scolaires performants, des infrastructures et structures, réseaux et institutions, permettant à nos chercheurs de produire de la connaissance avec plus de facilité que le chercheur habitant dans le Tiers-Monde.Ne t'inquiète pas, le jour où la Chine, l'Afrique du Sud, le Brésil pourront nous égaler au niveau de l'effort fourni dans le domaine de l'éducation, du développement humain, de capital culturel et intellectuel, etc. les enseignants-chercheurs comme M. Bouba-Olga verront leur emploi menacé. (Ou pas. Parce que la recherche a cela d'intéressant que la sur-concentration des efforts de recherche n'est pas nécessairement intéressante si l'on désire avancer sur ce plan.)Et là, tu pourras rire très fort et étaler ton anti-intellectualisme comme tu le voudras. (Ou pas. Une fois de plus.)En attendant, ta proposition me semble plutôt improductive. (Et à ce sujet, les emplois hautement qualifiés peuvent déjà être délocalisés dans certains domaines. Donc je te le répète : t'inquiète pas, le jour où ils pourront faire de même avec des enseignants-chercheurs, ils le feront.)Amicalement,AJC

Vincent Carel 04/03/2007 16:29

Emporté par mon élan populiste, j'ai oublié ce petit lien à propos de délocalisation, de protectionnisme, etc. (http://www.lescahiersdelouise.org/agir-local-decryptages-01.php) : il s'agit d'un échange entre Michel Husson et Jacques Sapir et c'est très intéressant même si c'est un peu plus subtil que le coût des 1000 euros...

Olivier Bouba-Olga 05/03/2007 06:31

Je vois que Michel Husson est également un libre-échangiste hystérique:"Toutes les tentatives d'évaluations disponibles montrent que les délocalisations sont un phénomène limité. De plus l'argument des délocalisations comme élément d'explication des destructions d'emplois et des bas salaires est étendu à l'ensemble des entreprises alors que le nombre de celles potentiellement concernées est relativement limité". Plus loin : "Je pense qu'il faut être absolument catégorique là dessus : les taux de chômage élevés ne sont pas liés aux délocalisations. La représentation selon laquelle les pays du Sud pomperaient nos emplois est fausse".Pour info, je ne dis pas autre chose... ce n'est pas en se trompant de problèmes qu'on règle ces problèmes.Enfin, ce que je voulais souligner dans l'extrait repris de l'émission, c'est moins les 1000€ évoqués par Benassy-Quéré (comme dit en commentaire ailleurs, je cherche les références d'études permettant de préciser ce point) que la réponse du journaliste "mais on ne pourra pas dépenser si personne ne travaille!", qui montre précisément qu'il est à côté du problème, aidé en cela par les erreurs de diagnostic d'Arthuis.

Vincent Carel 04/03/2007 16:00

Pour ceux que la soupe bourgeoise réactionnaire de notre libre-échangiste hystérique qui se la joue rebelle (mais qui est malgré tout très attaché à son statut corporatif d'Ancien Régime : la concurrence des pays à bas salaire et la concurrence tout court c'est surtout bon pour les autres, pas pour les Bouba-Olga ou les Bénassy-Quéré) ne convainc pas, ils peuvent lire le Manière de voir qui vient de sortir dont le sujet est justement le libre-échangisme et le protectionnisme : ils verront ce que c'est que l'iconoclasme.
Au fait, je ne crois pas avoir eu de réponse de la part de Monseigneur Bouba-Olga quant à ma proposition d'insérer l'Université française et les enseignants-chercheurs dans le flux de la concurrence mondiale : eh quoi, les délocalisations c'est une bonne chose, la preuve les gens gagnent 1000 euros par an grâce à ça. Si on gagne 1000 euros en délocalisant les emplois ouvriers qu'est-ce qu'on va gagner comme pognon si on délocalise en Haïti ou en Roumanie des emplois d'enseignants-chercheurs qui touchent 4 ou 5 fois le salarire ouvrier ? De toute façon, avec les technologies modernes la présence physique de l'enseignant n'est plus utile, quant au chercheur, il peut aussi bien chercher à Port-au-Prince ou Bucarest : le grand avantage, c'est qu'avec des salaires d'environ 200€ par mois on pourra multiplier par 15 le nombre d'enseignants-chercheurs tout en réduisant les coûts, ce qui permettra d'augmenter les bourses et donc de diminuer le nombre d'étudiants contraints de travailler pour financer leurs études, ce qui permettra d'améliorer leurs résultats et donc de hausser le nombre de diplômés du supérieur, ce qui ne pourra que susciter de meilleures performances économiques pour le pays. Quant aux enseignants-chercheurs, bah on les aidera à se reconvertir, dans l'hôtellerie restauration par exemple qui, paraît-il manque de bras. 
Je propose que M. Bouba-Olga et Mme. Bénassy-Quéré initient une pétition afin de réaliser cette rationalisation internationale de la production de connaissances qui ne pourra que bénéficier à la Nation française comme à toutes nations de la Terre.

Olivier Bouba-Olga 05/03/2007 06:14

@ Vincent Carel : que vous ne soyez pas d'accord avec ce que je raconte, libre à vous. Je veux bien, et c'est tout l'objet de ce blog, échanger sur le fond pour avancer dans la compréhension des problèmes et pour mieux les résoudre. N'hésitez donc pas à exprimer vos désaccords, si possible en apportant un peu d'argumentation.  En revanche, ca m'arrangerait que vous arrêtiez vos insultes ou assimilées, qui, jusqu'à présent, sont très rares dans les commentaires sur ce blog. Je comprends bien que ca vous défoule, mais ca pollue un peu, je trouve. Si, toutefois, vous avez vraiment besoin de m'insulter pour vous sentir mieux, ce que je peux comprendre, je vous propose de le faire par mail. Dans ma grande bonté d'enseignant-chercheur gavé d'euros, je ne vous demanderai même pas de régler d'honoraires pour cette thérapie.