Pourquoi habitez-vous ici? Suite

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Dans mon dernier billet, je vous avais promis une explication sur le pourquoi de l'enquête sur Poitiers. La voici : Michel Grossetti, collègue sociologue avec qui j’échange régulièrement, a participé à une enquête menée dans treize villes européennes sur la mobilité des créatifs. L’objectif de leur enquête était d’interroger la thèse en vogue sur certains territoires, initialement développée par Richard Florida, selon laquelle :i) le développement économique d’un territoire dépend de sa créativité, ii) la créativité est d’autant plus grande que vit, sur ce territoire, un grand nombre de créatifs, iii) en attirant les créatifs, on va donc faire du développement économique local, iv) ce que cherchent les créatifs, ce qui peut les attirer, donc, c’est un ensemble de soft factors (aménités culturelles, population tolérante, etc…), v) pour faire du développement, il faut donc développer ces softs factors. En bref : plus de soft factors, c’est plus de créatifs, plus de créatifs, c’est plus de créativité, plus de créativité, c’est plus de développement économique.

L’enquête européenne avait vocation à interroger un point précis : quels sont les facteurs qui attirent les créatifs? Résultat des courses : très peu les softs factors, un créatif vit dans telle ville pour avant tout pour des raisons “réseau social” (né ici, famille ici, amis ici, …) ou pour des raisons d’emploi (son propre emploi ou celui de son conjoint).

Une question restait ouverte cependant : certes, les softs factors n'attirent pas spécialement les créatifs, mais ne les attirent-ils pas plus, cependant, que le reste de la population? Plus généralement, les facteurs qui attirent les créatifs sont-ils différents des facteurs qui attirent la population en général? D'où l'idée de l'enquête sur Poitiers, qui s'appuie sur le questionnaire de l'enquête européenne, sans cibler pour autant les créatifs.


Résultat des courses : s'agissant des softs factors, ils sont cités par 5,2% des personnes en premier choix dans l'enquête européenne, contre 3,4% dans l'enquête sur Poitiers. Quand on représente les scores pour l'ensemble des items dans les deux enquêtes (choix 1 uniquement), on obtient ceci :


 

Bonne corrélation, donc, les réponses des poitevins ne diffèrent pas franchement des réponses des créatifs européens. La corrélation est également plutôt bonne sur l'ensemble des choix (un peu moins cependant, avec un R² de 0,72). Quelques écarts importants sur certains items : la proximité d'amis est citée par 38% des européens comme l'un des motifs de localisation, contre 19% par les poitevins... La diversité des équipements de loisir et de divertissement obtient un score de 24% en Europe, contre 7% sur Poitiers.

Ce thème de la créativité sera abordé lors du colloque Dynamiques de Proximité, notamment lors de la troisième table ronde, vendredi 16 octobre, en 14h et 16h, avec la participation de Patrick Cohendet, Sébastien Chantelot et Michel Grossetti. Ce dernier présentera les résultats de l'enquête européenne en session jeudi 15 à 16h, session 24. Son texte est d'ores et déjà disponible ici.

Publié dans Recherche

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Cath 27/10/2009 19:28


C'est vrai que la corrélation est bonne mais à la seule vue de la courbe, on se demande si ce ne sont pas que quelques points qui "tirent" la droite de régression.
Merci pour cet article intéressant et bonne soirée.


mirabelle 12/10/2009 12:01


"soft factors" : la pente (douce) de la facilité ? en tout cas ça fait tâche, c'est rugueux dans le texte et ça blesse l'oeil (et l'esprit) qui lit(lisent) le reste avec le plus grand intérêt et
qui vous en remercie(nt).