Présidentielle 2012 : la question Jeunes

Publié le par Olivier Bouba-Olga

La campagne présidentielle 2012 s’amorce. L’occasion de parler de sujets importants, des réformes structurelles dont la France a besoin.

Dans cette perspective, une première lecture incontournable, dont j’ai déjà parlé ici, est l’ouvrage de Landais, Piketty et Saez. La France souffre d’un système fiscal injuste, réformer ce système permettrait d’une part de tendre vers plus de justice sociale et d’autre part de se doter de marges de manœuvre pour financer des dépenses publiques utiles.

Un deuxième ouvrage, qui aborde une autre thématique essentielle, vient d’être publié : « la Machine à trier », co-écrit par Cahuc, Carcillo, Galland et Zylberberg. Il pose la question de la jeunesse française, coupée en deux, avec, d’un côté, des jeunes diplômés qui s’en sortent bien et, de l’autre, des jeunes non ou faiblement diplômés, condamnés à vie.

Dans ce petit ouvrage d’environ 140 pages, les auteurs commencent par montrer que le problème ne réside pas dans une opposition jeunes/vieux. Ceux qui souffrent sont les jeunes non diplômés, le diplôme étant en France le sésame incontournable et définitif pour accéder à un emploi stable de qualité. Ils démontrent ensuite que ce problème des jeunes non diplômés n’est pas lié à leurs caractéristiques intrinsèques (ils sont fainéants, asociaux, etc.) mais à la conjugaison de dysfonctionnements dans les familles, à l’école, sur le marché du travail et dans le système de protection sociale.

Le système éducatif français est un système qui « fait émerger une petite élite sans se soucier vraiment de ceux qui restent sur le bord de la route » (p. 85) (…). « En France, le diplôme n’est pas conçu comme un investissement en capital humain qui permet de mieux se vendre sur le marché du travail (…) c’est un titre, l’équivalent d’un titre de noblesse, qui confère des droits et ouvre l’accès à une place donnée dans la hiérarchie sociale » (p. 94). Le marché du travail ne permet pas de corriger ces inégalités premières : les jeunes sans diplômes sont notamment ceux qui profitent le moins de la formation professionnelle et de dispositifs d’accompagnement.  Le système de protection sociale français les laisse également de côté, puisque, contrairement à de nombreux pays, ils ne peuvent bénéficier de l’assistance sociale (pas de Rmi ni de RSA avant 25 ans dans la plupart des cas).

Le diagnostic dressé par les auteurs, c’est une des forces de cet ouvrage, est abondamment documenté par un ensemble de statistiques et de comparaisons internationales. Du diagnostic dressé, ils déduisent logiquement un ensemble de préconisations en termes d’action publique, en insistant sur les réformes à introduire sur le marché du travail et dans le système éducatif.

Réformes qui coûteront chers et que la situation des finances publiques pourrait contrarier. Sauf que, comme ils le précisent en conclusion, « on trouve chaque année 5 milliard d’euros pour défiscaliser les heures supplémentaires sans effet sensible sur la durée du travail, et trois autres milliards pour baisser la TVA dans la restauration sans effet démontré sur l’emploi. Investir dans l’avenir de notre jeunesse semble bien plus prioritaire ». Au-delà de ces deux points, on est en fait renvoyé à la lecture du premier ouvrage indiqué dans ce billet : une réforme fiscale rapidement mise en œuvre permettra de se donner des marges de manœuvre pour traiter des problèmes essentiels. Le problème traité dans cet ouvrage est à l’évidence l’un de ceux-là.

Publié dans Emploi

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leroux André 12/11/2011 17:22



avec mon  épouse,nous totalisons une retraite de 2700 euros nette mensuelle...ce qui fait 1350 euros pour chacun...ce sont nos seules ressources...nous estimons vivre à l'aise...Qu'en pensez
vous ? Selon vous,nous sommes dans le mauvais tiers...J'ai comme l'impression que vous oubliez certains paramètres...



cdg 24/10/2011 10:05



Je pense que le probleme est maintennat bien plus grave que ca. Meme diplomes, les jeunes peinent a s integrer. On a de plus en plus d abus de type emploi comme stagaire a 300 € mois et les
salaires d embauches des jeunes diplomes n ont pas suivi le cout de la vie (surtout si vous etes obliges de commencer a travailler a paris)


La ou je suis particulierement pessimiste, c est que c est une question qui n interesse aucun politicien. Ce qui se comprends si on sait que l age moyen d un electeur est superieur a 50 ans (et
que les vieux sont moins abstentionniste que les jeunes)


On arrive meme a deguiser une mesure pour les + de 50 ans en une mesure pour les jeunes (les emplois d avenir d Hollande). On a besoin d une economie qui cree des postes, eventuellement dans de
nouveau secteurs, pas de maintenir sous respiration artificielle (ie subvention)  ce qui existait il y a 30 ans.


Car cette mesure va une fois de plus profiter a des societes existant depuis longtemps (celle qui ont des + de 50 ans, probablement embauche il y a + de 30 ans) au detriment de societes plus
jeunes et peut etre plus porteuse a terme


De plus si ces entreprises ne remplacent pas leur personnel, c est soit qu elles en ont pas besoin (marche en declin), soit qu elle vont automatiser/delocaliser. Et dans ce cas, les subventions
ne seront que reculer pour mieux sauter



ouyouyou 22/10/2011 14:19



Fiscalité et éducation : 2 sujets d'envergure qui vont "déranger" le ron-ron de cette charmante petite france bien pensante qui n'accepte de la "réforme" que le "discours"... Exemple de réforme
pour l'éducation nationale : créer 60.000 postes d'enseignants, en voilà une réponse intelligente !



SocioSauvage 22/10/2011 13:59



Merci pour ces conseils de lecture.


Le problème, et qui ne rend pas très optimiste quant à la suite, est que ces questions sont loin d'être nouvelles, et sont largement documentées depuis longtemps. L'extrait que vous citez sur le
diplôme comme "titre de noblesse" m'a fait penser à l'ouvrage de Bourdieu La noblesse d'Etat (voire les ouvrages co-écrit avec Passeron) qui ne date pas d'hier. Le seul point qui me
rend un peu optimiste est l'effort fait pour remettre au coeur du diagnostic la question de la hiérarchie sociale (notamment contre la lecture unique inter-générationnelle).