Samedi 22 octobre 2011
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La campagne présidentielle 2012 s’amorce. L’occasion de parler de sujets importants, des réformes structurelles dont la France a
besoin.
Dans cette perspective, une première lecture incontournable, dont j’ai déjà parlé ici, est l’ouvrage de Landais, Piketty et Saez. La France souffre
d’un système fiscal injuste, réformer ce système permettrait d’une part de tendre vers plus de justice sociale et d’autre part de se doter de marges de manœuvre pour financer des dépenses
publiques utiles.
Un deuxième ouvrage, qui aborde une autre thématique essentielle, vient d’être publié : « la Machine à trier », co-écrit par Cahuc,
Carcillo, Galland et Zylberberg. Il pose la question de la jeunesse française, coupée en deux, avec, d’un côté, des jeunes diplômés qui s’en sortent bien et, de l’autre, des jeunes non ou
faiblement diplômés, condamnés à vie.
Dans ce petit ouvrage d’environ 140 pages, les auteurs commencent par montrer que le problème ne réside pas dans une opposition
jeunes/vieux. Ceux qui souffrent sont les jeunes non diplômés, le diplôme étant en France le sésame incontournable et définitif pour accéder à un emploi stable de qualité. Ils démontrent ensuite
que ce problème des jeunes non diplômés n’est pas lié à leurs caractéristiques intrinsèques (ils sont fainéants, asociaux, etc.) mais à la conjugaison de dysfonctionnements dans les familles, à
l’école, sur le marché du travail et dans le système de protection sociale.
Le système éducatif français est un système qui « fait émerger une petite élite sans se soucier vraiment de ceux qui restent sur
le bord de la route » (p. 85) (…). « En France, le diplôme n’est pas conçu comme un investissement en capital humain qui permet de mieux se vendre sur le marché du travail (…) c’est un
titre, l’équivalent d’un titre de noblesse, qui confère des droits et ouvre l’accès à une place donnée dans la hiérarchie sociale » (p. 94). Le marché du travail ne permet pas de corriger
ces inégalités premières : les jeunes sans diplômes sont notamment ceux qui profitent le moins de la formation professionnelle et de dispositifs d’accompagnement. Le système de
protection sociale français les laisse également de côté, puisque, contrairement à de nombreux pays, ils ne peuvent bénéficier de l’assistance sociale (pas de Rmi ni de RSA avant 25 ans dans la
plupart des cas).
Le diagnostic dressé par les auteurs, c’est une des forces de cet ouvrage, est abondamment documenté par un ensemble de statistiques et
de comparaisons internationales. Du diagnostic dressé, ils déduisent logiquement un ensemble de préconisations en termes d’action publique, en insistant sur les réformes à introduire sur le
marché du travail et dans le système éducatif.
Réformes qui coûteront chers et que la situation des finances publiques pourrait contrarier. Sauf que, comme ils le précisent en
conclusion, « on trouve chaque année 5 milliard d’euros pour défiscaliser les heures supplémentaires sans effet sensible sur la durée du travail, et trois autres milliards pour baisser la
TVA dans la restauration sans effet démontré sur l’emploi. Investir dans l’avenir de notre jeunesse semble bien plus prioritaire ». Au-delà de ces deux points, on est en fait renvoyé à la
lecture du premier ouvrage indiqué dans ce billet : une réforme fiscale rapidement mise en œuvre permettra de se donner des marges de manœuvre pour traiter des problèmes essentiels. Le
problème traité dans cet ouvrage est à l’évidence l’un de ceux-là.
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