Stratégies absurdes dans la police et la gendarmerie

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Nouvelle illustration des dégats résultant d'un management centré sur la définition et le suivi d'indicateurs de performance, avec cette interview de Laurent Mucchielli, Directeur de Recherches au CNRS.

Extraits :

Ainsi, si le nombre de morts sur les routes ne baisse plus, on demande de refaire un maximum de contrôles routiers. Mais les infractions routières ne sont pas « rentables », parce que non comptabilisées dans l'état 4001. Donc, on ne peut pas le faire trop longtemps, sinon on risque de se faire réprimander pour ses « mauvais chiffres ». Alors on ira faire des ILS (infractions à la législation sur les stupéfiants) ou des ILE (infractions à la législation sur les étrangers) et on s'occupera davantage de toutes les atteintes aux personnes, même les plus bénignes parce que ça c'est très « rentable » au contraire. Ce sont des faits constatés et surtout des faits élucidés.

(...)

il faut comprendre que les « indicateurs de performance » ne rendent compte que d'une partie des activités des fonctionnaires : l'activité répressive. Or, dans les services non spécialisés (qui sont les plus nombreux), sur le terrain, au quotidien, souvent la moitié voire davantage encore du temps de travail des policiers et gendarmes est un travail d'urgence sociale, de police secours. Mais cette part plus sociale du métier n'est pas reconnue, elle est même souvent dévalorisée. Il n'y a aucun indicateur pour cela et c'est très regrettable. Le temps de patrouille, de discussion, d'aide sociale finiront par être conçus comme du temps perdu. Ce jour là, la coupure entre police et population sera achevée.


Une bonne nouvelle cependant : le nombre de gardes à vue n'est plus un indicateur positif de performance policière. Leur nombre devrait donc rapidement diminuer...


Quelques billets sur le même sujet :

Incitation et contrôle, toujours
Bonus des managers : ca innove en Allemagne
La crise pousse à la fraude
Les stratégies absurdes
Carotte ou bâton?

Publié dans Entreprise

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thomas sabo ketten 28/06/2010 11:14



C'était bien vu, compte tenu de la virtuosité du personnage à se foutre de la gueule du monde, cynisme et baratin ajusté au micron., redoutable baratineur.A croire que ce milieu du consulting est
une machine à cultiver des pervers hors sol.



moncler coats 28/06/2010 11:13



Je suis tenté de reprendre la thèse d'AD et SM dans leur premier bouquin. Il ne faut pas tant taper sur les consultants que sur les mecs qui pensent pouvoir faire des prédictions (qu'ils soient
consultants, économistes, voyants ou couturiers).



tiffany necklace 28/06/2010 11:12



Je trouve ça personnellement commode pour ensuite évaluer, à l'aune de la contribution effective au bien public des travaux se plaçant dans la continuité de ceux du défunt Samuelson, l'évolution
du financement public de la science économique.



pandora charms 28/06/2010 11:10



Vous décrivez ce que je pense depuis bien longtemps des cabinets de consulting ... Ce qui est tragique, c'est que certains prennent pour argent comptant ces prédictions, éblouïs qu'ils sont par
un nom.



Olivier Bouba-Olga 30/05/2010 12:03



@ Catherine : 200% d'accord...


@ Jacques : oui, il faut écouter les acteurs, ce qui suppose de s'en donner le temps, et de considérer qu'un management basé uniquement sur la définition
et le suivi d'indicateurs est toujours insuffisant. Voir le lien vers le billet "incitation et contrôle, toujours", mis en bas de mon billet, qui reprend les propos de Zarifian et Clot, qui
montrent comment le travail effectivement réalisé disparait lors de la mise en place de ce type de management. Comme le dit Catherine dans son commentaire, on a typiquement la même évolution dans
l'enseignement supérieur, ce qui m'effraie véritablement...


@ VilCoyote : je ne connaissais pas, je m'empresse d'aller dénicher ça!