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Pourquoi le gouvernement a-t-il décidé de mettre en place un contrat dédié aux jeunes ? Car, nous dit-on, le taux de chômage des jeunes est très élevé : 22% pour les 15-24 ans, fin 2004, selon l'Insee... Ce que certains interprètent un peu trop rapidement comme le signe que "un jeune sur quatre est au chômage"...
Et bien non... Le taux de chômage est le rapport entre le nombre de chômeurs et la population active, cette dernière étant la somme des actifs occupés et des chômeurs. C'est donc une division, avec un numérateur (nombre de chômeurs) et un dénominateur (population active). Or, tout le monde le sait (où devrait le savoir), le résultat d'une division peut être élevé soit en raison d'un numérateur élevé (beaucoup de chômeurs) OU d'un dénominateur faible (peu d'actifs). En l'occurrence, s'agissant des 15-24 ans, le taux de 22% s'explique essentiellement par le fait que la population active jeune est faible : plus de 60% de la classe d'âge est en étude ! De ce fait, mieux vaut calculer non pas le taux de chômage, mais la part des jeunes au chômage, autrement dit le nombre de chômeurs jeunes divisé par la population totale jeune. Et là, surprise : cette part est, fin 2004, de 8,1% (source : Insee)... Le problème n'est donc pas un problème d'âge, mais plutôt, pour l'essentiel, un problème de qualification : ce sont les jeunes sortis le plus tôt du système éducatif qui peinent à trouver un emploi, d'où le taux de chômage observé. Ceux qui poursuivent leurs études s'insèrent beaucoup plus facilement sur le marché du travail.
Malgré cela, peut-on espérer que la mise en place du CPE aidera la catégorie des jeunes peu qualifiés à mieux s'insérer ? Tout dépend des raisons pour lesquels ils ont du mal à trouver un emploi. Dans l'esprit du gouvernement, le problème relèverait d'un manque de flexibilité du marché du travail. D'où la volonté d'assouplir le code du travail. Or, l'origine du problème peut être ailleurs : dans tout un ensemble de secteurs, les entreprises n'ont pas besoin de travail peu qualifié...
Plutôt que de se concentrer sur les jeunes, il conviendrait donc plutôt de se focaliser sur les personnes les moins qualifiées, et de s'interroger pour savoir si le problème est un problème de coût, ou de qualification. Si c'est cette dernière explication qui prime (et c'est celle-là, bien sûr!), la politique adaptée ne consiste pas à flexibiliser le marché du travail, mais à former les jeunes, et faire en sorte qu'un moins grand nombre sorte sans qualification, ou avec un niveau de qualification trop faible...
[Analyse statistique de l'ANPE] [Les derniers chiffres de l'Insee]
Je me répète sans doute un peu, mais le débat autour du chômage des jeunes reste à un tel niveau, que je ne peux qu'en remettre une couche...
Les dispositifs mis en oeuvre par le gouvernement (CPE, CNE) visent, et c'est heureux, à réduire le problème du chômage. La question est de savoir si les causes identifiées sont les bonnes, et si les solutions apportées sont pertinentes.
Dans cette perspective, l'enchaînement qui sous-tend la mise en place des CNE, CPE est le suivant :
1) le taux de chômage en France est trop élevé
2) ce chômage touche prioritairement les jeunes (22% fin 2004 selon l?Insee), il faut donc cibler l'action sur cette catégorie de la population
3) si les jeunes sont au chômage, c'est en raison i) d'un manque d'expérience, ii) de la rigidité du marché du travail, qui rend difficile les licenciements, donc l'embauche
4) en mettant en place des contrats plus flexibles, les entreprises vont être incitées à embaucher des jeunes, qui vont ainsi pouvoir accumuler l'expérience qui leur fait défaut
Or, il y a des failles importantes dans ce raisonnement :
1) sur le premier point, rien à dire : oui, il y a un problème de chômage en France !
2) non, ce chômage ne touche pas prioritairement les jeunes, mais les moins qualifiés, c'est donc eux qu'il faut cibler (Cf. la discussion sur le taux de chômage des jeunes),
3) si les personnes les moins qualifiées sont au chômage, ce peut être pour deux raisons :
* elles coûtent trop chère, d'autant plus quand la concurrence se déploie à l'échelle internationale
* les entreprises n'en ont pas besoin, car elles n'utilisent, comme ressource, que du travail qualifié (du capital humain dira l'économiste)
S'agissant du problème du coût : dans les médias, on nous dit que forcément,
Quand ce n'est pas le coût qui pénalise les salariés les moins qualifiés, mais « simplement » le fait que l'on a besoin uniquement de travail qualifié, le problème est le même : c'est seulement en requalifiant les personnes les moins qualifiées que l'on pourra assurer leur insertion sur le marché du travail.
Dans tous les cas, donc, l'enjeu essentiel, en termes de politique économique, n'est pas de flexibiliser le marché du travail, mais d'accroître l'effort de formation, à la fois initiale (problème des jeunes sortant du système éducatif sans qualification) et continue (comment réemployer une personne si, trente années durant, elle a répété le même geste sur une chaîne productive ?).
Conférence de presse mensuelle de Dominique de Villepin du 1er mars 2006. Il déclare : "il faut sortir des demi-mesures et des demi solutions du passé pour les jeunes. La réalité, c’est un taux de chômage de 23 % chez les moins de 25 ans, contre 8,7 % pour les 25-49 ans et 6,9 % pour les plus de 50 ans." (souligné par moi, lien vers le texte de la conférence).
La réalité, c'est que cette comparaison des taux de chômage selon les tranches d'âge n'a aucun sens, comme je le montre dans un précédent article. Il serait bon qu'il y ait un peu plus d'économie à l'Ena ... ou un peu moins d'énarques en politique...
Si Dominique de Villepin cherche un ambassadeur pour défendre la mise en place du CPE, qu'il embauche immédiatement Serge Daussautl!
Celui-ci avait déjà sévit en décembre 2004 sur les ondes de France Inter, en nous expliquant que "si on n’a pas la flexibilité, si l’entreprise ne peut pas débaucher lorsqu’elle n’a plus de travail pour l’ensemble de son personnel, elle fait faillite, elle n’embauche plus". Il a récidivé ce matin, en allant un cran plus loin quand même. Ce n'est plus la flexibilité qui sauvera
Question : est-ce que le responsable d'une entreprise qui n'arrive pas à vendre un seul de ses produits à l'étranger (un rafale par exemple) est un bon responsable d'entreprise? Il faudrait lui proposer un peu de précarité, car "la précarité, c'est fondamental".
Dépêche AFP reprise ici , avec pour titre : Sharon Stone est contre le CPE. Quand j?ai vu le titre , j?ai cru à une blague. Ce n?en est pas une.
Extraits des propos de l'actrice en visite à Paris :
* La loi sur le contrat première embauche est "clairement inadaptée"
* "Il n'est pas juste de se servir de la faiblesse des gens qui sont au chômage"
* "Je comprends tout à fait les raisons de ces manifestations"
* Et pour finir : "Même si je suis blonde ou peut-être parce que je suis blonde, je me bats pour ces choses évidentes"
C’est bien connu,
Bien sûr, il convient de rester prudent dans l'interprétation de ces chiffres : la part des migrants diplômés en France s'explique en partie par une politique migratoire restrictive vis-à-vis de la main d'oeuvre moins qualifiée, politique que certains ont envie d'accentuer (immigration choisie!)... Il n'en demeure pas moins que la France est plus attractive que le Royaume-Uni pour les diplômés de l'enseignement supérieur (cf. deuxième idée).
Ils sont fous ces migrants...
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