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Je suis Professeur des Universités en Aménagement de l'Espace et Urbanisme à la Faculté de Sciences Economiques de l'Université de Poitiers et chargé d'enseignement à Sciences Po Paris (premier cycle ibéro-américain). Le but de ce blog est de commenter l'actualité économique et politique, pour montrer que les économistes peuvent parfois produire des analyses utiles.

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Croissance

Jeudi 16 septembre 4 16 /09 /Sep 07:45

En 2008, Nicolas Sarkozy a installé la Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social, dite également commission Stiglitz. L'idée de base : l'indicateur habituellement utilisé (le PIB par habitant) est une mesure contestable de ces éléments, il convient de proposer des mesures plus pertinentes.

En fait, cela fait déjà pas mal de temps que les économistes se sont penchés sur ce sujet (en France, voir notamment les travaux de Marc Fleurbaey).

Un document de travail du NBER de Charles Jones et Peter Klenow, qui vient juste de paraître, propose une mesure alternative du bien-être des pays, la met en oeuvre à l'échelle internationale, pour aboutir à un ensemble de résultats pas inintéressant.

* leur indicateur prend en compte la consommation par personne, le temps de loisir, les inégalités sociales et l'espérance de vie à la naissance.

* ils montrent que la corrélation entre cet indicateur et le PIB par habitant est forte : ce dernier indicateur n'est donc pas à jeter à la poubelle. Cette corrélation ne signifie cependant pas qu'on apprend rien avec ce nouvel indicateur, la situation relative des pays étant parfois fortement modifiée

Beyond1.jpg

* les auteurs proposent en introduction une comparaison France/Etats-Unis : le PIB et la consommation par habitant est plus forte aux Etats-Unis qu'en France, mais les inégalités sont plus faibles, l'espérance de vie y est plus forte, le temps de loisir est plus important. Quel bilan? Si l'on se focalise uniquement sur le PIB par habitant, la France a un indicateur égal à 70% de celui des Etats-Unis. Si l'on retient l'indicateur des auteurs, elle passe à 97%

* le résultat obtenu pour la France se retrouve plus généralement pour les pays d'Europe Occidentale : leur PIB par habitant est en moyenne de 70% du PIB par habitant américain, le nouvel indicateur les fait passer en moyenne à 91%

* à l'inverse, la plupart des pays en développement voient leur situation relative se dégrader, en raison d'inégalités beaucoup plus fortes et d'une espérance de vie beaucoup plus faible

Beyond2.jpg

* l'analyse en dynamique du nouvel indicateur est également instructive : le taux de croissance économique sur la période 1980-2000 est de 1,80% par an, il passe à 2,54%, l'accroissement de l'espérance de vie y contribuant pour beaucoup. L'Afrique sub-saharienne fait hélas exception, avec un taux de croissance encore plus bas et une contribution négative de l'évolution de l'espérance de vie...

Beyond3.jpg

Travail intéressant, donc, qui présente bien sûr certaines limites recensées par les auteurs, mais qui permet d'affiner sensiblement le diagnostic qu'on peut poser sur les pays.

 

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Croissance
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Mardi 4 mai 2 04 /05 /Mai 07:06

D'après notre premier ministre (souligné par moi):

Je veux rappeler que nous sommes, au début de cette année 2010, le pays européen qui a les meilleures prévisions de croissance avec 1,5 %. Ce sont les prévisions du FMI, ce sont des prévisions qui sont meilleures que celles de notre voisin allemand, je le dis simplement parce que ce n’est pas très courant dans l’histoire récente de nos deux pays, que la France ait des performances en matière de croissance supérieures à celle de l’Allemagne. Le FMI d’ailleurs nous fait pour 2011 une prévision à 1,8, qui est encore supérieure à celle de notre voisin allemand.

(...) Ces résultats, c’est naturellement le fruit de la politique économique que conduit le Gouvernement. Et c’est le fruit du plan de relance que nous avons mis en place.

 

Je me suis permis de vérifier cela, en collectant les taux de croissance du PIB réel de la France et de l'Allemagne. Sur la période 1995-2009, le taux de croissance de la France a en fait été supérieur à celui de l'Allemagne... 13 années sur les 15... L'Allemagne n'a devancé la France qu'en 2006 et 2007.

Sur une période plus longue (1971-2009), soit 39 années, la France a eu un taux de croissance supérieur 26 fois, autrement dit dans 2/3 des cas.

 

Notre gouvernement est tellement fort que sa politique actuelle a des effets rétroactifs...

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Croissance
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Mercredi 27 janvier 3 27 /01 /Jan 00:00
C'est la thèse d'Askenazy, dans cette conférence pour Les Ernest (je vous invite à vous y abonner!)




Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Croissance
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Samedi 14 novembre 6 14 /11 /Nov 16:50
Ca doit être l'approche de France-Irlande : François Fillon pense que l'économie, c'est comme un match de foot, il rêve de gagner le "match" de la croissance (faut dire que la question est débile).... En fait, ça n'a rien à voir et, de toute façon, il est sûr de perdre (voir ici par exemple)... on parie?
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Croissance
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Mardi 11 août 2 11 /08 /Août 10:12

(via Marginal Revolution)

Article très intéressant de Henderson, Storeygard, and Weil (NBER Working Paper 15199, juillet 2009)

 

Le résumé :

GDP growth is often measured poorly for countries and rarely measured at all for cities. We propose a readily available proxy: satellite data on lights at night. Our statistical framework uses light growth to supplement existing income growth measures. The framework is applied to countries with the lowest quality income data, resulting in estimates of growth that differ substantially from established estimates. We then consider a longstanding debate: do increases in local agricultural productivity increase city incomes? For African cities, we find that exogenous agricultural productivity shocks (high rainfall years) have substantial effects on local urban economic activity.

 

ma traduction :

La croissance du PIB est souvent mal mesurée au niveau des pays et rarement mesurée à l’échelle des villes. Nous proposons une proxy facilement disponible : les données par satellite sur les lumières allumées la nuit. Notre méthode statistique utilise la croissance de la luminosité pour remplacer les mesures existantes de la croissance des revenus. Cette méthode est appliquée aux pays pour lesquels les données sur les revenus sont de faible qualité, ce qui conduit à des écarts importants entre nos estimations et les estimations habituelles. Nous nous focalisons ensuite sur un débat récurrent : est-ce que la croissance de la productivité agricole locale augmente le revenu de la ville? Pour les villes africaines, nous montrons qu’un choc externe de productivité dans l’agriculture (années de forte pluie) a des effets substantiels sur l’activité économique local.

Sur le blog Que disent les économistes?, des précisions sur les problèmes rencontrés avec les mesures habituelles du PIB et de sa croissance dans les pays en développement. Un commentaire supplémentaire chez Marginal Revolution. Voir aussi le blog du Wall Street Journal. Je viens de trouver également un article sur Les Echos.

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Croissance
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Vendredi 22 février 5 22 /02 /Fév 08:52

Dans un chat pour Le Monde, Elie Cohen affirme "nous assistons à une deuxième vague de désindustrialisation en France depuis 2002. Nous avons perdu depuis cette date 500 000 emplois industriels. Nous n'avions pas connu de phénomène aussi marqué depuis la grande période de désindustrialisation française, la période 1978-1985."

 

Quelques statistiques Insee de 1970 à 2006, histoire de valider ou d'invalider les propos, et de recadrer le débat.

 

 

J'ai calculé la somme sur 5 ans des variations des effectifs de l'industrie et des services aux entreprises (échelle de gauche), et les variations de la valeur ajoutée en volume (échelle de droite). J'ai pris des périodes de 5 ans pour lisser les évolutions court terme et surtout pour me caler sur la période évoquée par Cohen (désindustrialisation depuis 2002). On observe effectivement sur 2002-2006 une variation négative de l'industrie de 427 000. Si l'on ajoute les 50 000 annoncés pour 2007, on n'est pas loin des 500 000 de Cohen. Ce n'est cependant pas la première fois depuis 1978-1985 que l'on observe une telle variation : on a fait pire en 1990-1994 et 1991-1995 avec -513 000 emplois industriels. De plus, on observe sur le graphique la bonne corrélation entre évolution des effectifs de l'industrie, des SAE et de la VA en volume : la création globale de richesses permet de créer plus d'emplois (notamment dans les SAE) ou d'en détruire moins (dans l'industrie). La meilleure corrélation est entre variations de la VA en volume et variations des effectifs de l'industrie (R² de 0,80).

 

Plus loin, Cohen explique "Le phénomène de désindustrialisation manifeste à la fois que la part dans la valeur ajoutée dans l'emploi et la production décline. La désindustrialisation est donc un phénomène relatif, il traduit le fait que l'industrie pèse moins dans l'activité économique nationale". Sur la désindustrialisation, je 'lai déjà dit ici, attention aux indicateurs mobilisés : s'agissant des effectifs de l'industrie, oui, ils ont beaucoup baissé, mais c'est à relier pour une large part aux stratégies d'externalisation des entreprises. Cohen l'indique d'ailleurs tout à la fin du chat ("un certain nombre d'économistes contestent l'idée même de désindustrialisation puisqu'ils attribuent la baisse d'effectif industriel à des stratégies d'externalisation dont la contrepartie se retrouve dans la croissance des effectifs du secteur des services aux entreprises."). "Preuve" en image :

 

 

Si on regarde non plus les effectifs mais la valeur ajoutée, attention à l'effet prix. Il faut donc différencier évolution de la VA en valeur (qui intègre effet prix et effet volume) et de la VA en volume (qui neutralise les effets prix). Et l'on constate que la VA industrielle en volume n'a guère baissé depuis la fin des années 1980, elle est autour de 17,5% de l'ensemble. De son côté, la VA en valeur baisse, mais c'est imputable à des baisses de prix industriels supérieures aux baisses de prix dans le tertaire. 

 

 

La baisse relative du poids de l'industrie vaut donc pour les effectifs, mais ça s'explique en partie par les stratégies d'externalisation, elle vaut également pour la VA en valeur, mais ça s'explique en partie par des baisses de prix plus fortes dans l'industrie que dans le tertiaire, elle ne vaut pas pour la VA industrielle en volume.

Plus loin, Cohen nous dit "Toutefois, ce qui rend la situation actuelle plus tendue, c'est qu'on assiste à des destructions nettes d'emplois industriels, suite à une série de fermetures d'usines. Le dernier chiffre dont nous disposons est celui de 2007, où nous avons enregistré une perte d'emplois industriels de 50 000. En résumé, la désindustrialisation en France aujourd'hui est un phénomène relatif, mais aussi absolu." J'ai un peu de mal à suivre, là : depuis 30 ans (depuis 1977 exactement), il n'y a eu variation absolue positive de l'industrie que 5 années : en 1989, 1990, 1995, 1998 et 2000. J'ai du mal à voir en quoi la baisse absolue des effectifs de l'industrie est quelque chose de nouveau... Pour info, sur les toutes dernières années, on constate que la réduction absolue des effectifs de l'industrie va plutôt en décroissant : -102 en 2003, -91 en 2004, -88 en 2005, -59 en 2006 et, si l'on en croit les chiffres de Cohen, -50 en 2007.

Bref, tout ça pour dire que parler de "deuxième vague de désindustrialisation" me semble quelque peu abusif. Je l'ai dit cent fois, ceci ne signifie pas qu'il n'y a pas de problème, on assiste à une transformation du système économique, à des mutations accélérées, qui posent des problèmes sérieux et nécessitent des politiques d'accompagnement, mais, pour bien les calibrer, il convient de poser les bons diagnostics.

PS : il y aurait aussi des choses à dire sur les préconisations de Cohen, pas vraiment le temps aujourd'hui, mais promis, j'y reviens prochainement.

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Croissance
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Samedi 19 janvier 6 19 /01 /Jan 07:25

C'est le titre d'un  Article du Figaro qui reprend les propos de notre président à Sens. Preuve en image :

tdcFRAEU-copie-2.jpg
Source des données : Eurostat. Il s'agit du taux de croissance du PIB réel de la France, divisé par ce même taux pour l'Union à 15. Une valeur de 1 signifie que la croissance française est identique à celle observée dans l'UE15, une valeur inférieure à 1 signifie que la croissance française est plus faible que la moyenne. Les données pour 2007, 2008 et 2009 sont des prévisions.
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Croissance
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Samedi 22 décembre 6 22 /12 /Déc 07:32
Réponse à la question du billet précédent. On note Y le PIB mondial, H la population mondiale, et Yi,Hi le PIB et la population du pays i.
Supposons un même PIB par habitant pour tous les pays. On a alors  :
Yi/Hi = Y/H pour tout i
Ce qu'on peut réarranger comme suit :
Yi/Y=Hi/H

Yi/Y est le poids du pays i dans le PIB mondial, on voit qu'il est égal à Hi/H, soit le poids du pays dans la population mondiale.

Que nous apprend le rapport de la Banque Mondiale à ce sujet? Concentrons nous sur la Chine, les Etats-Unis et la France. On dispose des données suivantes pour l'année 2005 :

Pays PIB PPA (milliards de USD)
Population (millions)
Chine 5333,2 1303,7
Etats-Unis 12376,1 297,0
France 1862,2 62,8
Monde 54980,4 6128,1


On en déduit le poids des pays dans l'ensemble pour les deux variables :


Pays PIB PPA Population
Chine 10% 21%
Etats-Unis 23% 5%
France 3% 1%
Monde 100% 100%

Si tous les pays avaient le même niveau de développement, la France concentrerait 1% du PIB mondial et non pas 3%, les Etats-Unis 5% au lieu de 23%.

A partir des données, on peut aussi calculer les PIB par habitant. On observe par exemple que le PIB par habitant de la France est égal à 71,2% du PIB par habitant américain. La valeur correspondante pour la Chine : 9,8%.
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Croissance
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Vendredi 21 décembre 5 21 /12 /Déc 00:00

C'est le titre d'un article du Monde, suite à l'étude de la Banque Mondiale publiée le 17 décembre. La Chine est derrière les Etats-Unis, et devant le Japon, l'Allemagne, l'Inde, le Royaume-Uni et la France. Ce classement n'est pas anecdotique, car il influe sur la représentation des pays au FMI et à la Banque Mondiale. Il n'a cependant rien de fondamental, car d'un point de vue économique, l'indicateur pertinent n'est pas le PIB, mais le PIB par habitant, qui nous renseigne (oui, je sais, imparfaitement) sur le niveau de vie des populations.

Petite question à ce sujet : imaginons que, d'un coup de baguette magique,  le PIB par habitant de l'ensemble des pays de la planète atteigne instantanément la même valeur (disons la valeur maximale observée aujourd'hui, ce qui ne serait pas une trop mauvaise chose, non?). Quel serait alors le poids de la France dans le PIB mondial (vous n'oublierez pas de rappeler son poids actuel bien sûr, qu'on puisse comparer) ?

 

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Croissance
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Jeudi 15 novembre 4 15 /11 /Nov 12:22
Philippe Moati vient de mettre en ligne sur son blog une tribune en réponse  à la chronique de Philippe Askenazy dans les Echos du 27 septembre. Je me permets de reprendre les deux articles.

Texte de Philippe Askenazy, Directeur de recherche au CNRS, Ecole d'Economie de Paris :

Le président a marqué sa volonté d'une réforme majeure des régulations de la grande distribution en France. Pour comprendre sa démarche, il faut revenir onze ans en arrière. En 1996, les groupes français de distribution continuent de développer leur parc de magasins alors qu'un nouveau format de vente - le hard-discount - connaît une croissance exponentielle, portée par des opérateurs allemands, Lidl et Aldi. Cette situation menace les marges des distributeurs français. Sous couvert de défense du petit commerce, deux lois vont être votées fort opportunément. La première est bien connue : confortant l'interdiction de la revente à perte, la loi Galland empêche les distributeurs de défalquer les marges arrière des prix. La seconde, la loi Raffarin, renforce le contrôle des autorisations de grandes surfaces par les élus locaux et les représentants des distributeurs déjà en place. Elle l'étend aux surfaces de plus de 300 mètres carrés pour l'alimentaire, le seuil de contrôle le plus bas en Europe. Ainsi, au moment même où le dynamisme de la grande distribution est un moteur essentiel de la croissance et des créations d'emplois aux Etats-Unis, la France érige une législation restrictive anticoncurrentielle. La seconde loi limite la concurrence par l'offre, la première par les prix. La Bourse ne s'y trompe pas, les actions des distributeurs s'envolent... avec les prix au détriment des consommateurs.

L'évolution des prix relatifs alimentaires est visuellement frappante. Alors qu'ils suivaient une évolution comparable à celle de nos voisins, dès l'automne 1996, ils dérivent continûment, bien avant l'avènement de l'euro (qui ne semble pas avoir été plus inflationniste en France que dans les autres pays de la zone). Au total, les prix alimentaires se retrouvent en 2004 au moins 7 % au-dessus de la tendance observée avant ces lois et même 10 % pour la viande. Le consommateur est en fait doublement perdant : la rareté des surfaces de vente est criante dans certaines zones, et il n'est guère besoin de moderniser des magasins qui risquent peu de voir s'implanter un nouveau concurrent.

L'année 2004 marque cependant un tournant. Dans le sillage de plusieurs rapports sur la loi Galland, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Economie, convoque bruyamment les distributeurs. Il obtiendra une modeste ristourne. Mais, parallèlement, les créations de grandes surfaces reprennent modérément à la suite d'un assouplissement de la loi Raffarin par la jurisprudence du Conseil d'Etat ; en août 2005, la loi Dutreil permet qu'une part des marges arrière soit intégrable dans les prix. Au total, entre la mi-2004 et juillet 2007, les prix relatifs alimentaires décroissent de 2,5 % à 3 % par rapport à l'évolution européenne moyenne. Ils restent donc, uniquement pour l'alimentaire, potentiellement encore autour de 5 milliards d'euros de pouvoir d'achat manquant pour les Français.

Théoriquement, la seconde phase de démantèlement du dispositif Galland impulsée par le président de la République et la réforme de la loi Raffarin devraient mécaniquement rendre cette rente aux consommateurs.

Nicolas Sarkozy devrait ainsi satisfaire les consommateurs français au détriment des marges des grands distributeurs. Dans ce contexte, l'ouverture des commerces le dimanche peut apparaître comme une compensation. Les salariés ne devraient guère en profiter. Mécaniquement, ils travailleront moins les autres jours de la semaine ; les heures bonifiées généralement à 100 % lors d'une ouverture exceptionnelle le dimanche le sont rarement si l'ouverture est systématique. En revanche, les grands distributeurs pourront reprendre leur marche d'écrasement des petits commerçants isolés. Pour ces commerçants, l'ouverture le dimanche matin est une bouée. Face à des géants ouverts tout le dimanche, pourront-ils sacrifier leur temps de repos pour ouvrir aussi l'après-midi, comment feront-ils pour imposer à leurs éventuels salariés de travailler ? Environ un cinquième du chiffre d'affaires des grandes surfaces pourrait alors être réalisé le dimanche. Plus utilisable, leur foncier sera revalorisé. Une bonne nouvelle pour la prochaine introduction en Bourse de la société foncière de Carrefour.

 Texte de Philippe Moati, Professeur d'économie à l'Université Paris-Diderot, directeur de recherche au Crédoc:

 

Dans sa chronique du 27 septembre, Philippe Askenazy apporte son soutien au Président de la République qui souhaite redonner du pouvoir d’achat aux Français en relançant la concurrence dans la grande distribution. L’histoire doit cependant nous inciter à la plus extrême prudence : lorsqu’il a voulu intervenir sur ce secteur, l’Etat a généralement manqué sa cible et généré des effets pervers. Méfions nous donc d’une dérégulation qui pourrait provoquer des réactions non contrôlées.

Commençons par la réglementation de l’urbanisme commercial, la loi Raffarin qui, si l’on en croit Askenazy, aurait été responsable du tarissement des créations de surfaces alimentaires. Si le flux de nouveaux mètres carrés s’est effectivement réduit, c’est bien plus en raison de la saturation du potentiel de croissance que d’un cadre réglementaire qui certes a accru les coûts de transaction, mais s’est montré en réalité bien peu dissuasif, comme en témoigne la proportion des projets finalement autorisés. Ce qui est en cause est moins le cadre réglementaire que le caractère peu « contestable » du secteur : assurer la compétitivité d’un réseau implique que celui-ci atteigne d’emblée une taille importante pour bénéficier d’économies d’échelle. Eu égard à la densité du parc, l’entrée d’un nouvel acteur semble aujourd’hui impossible en dehors du rachat d’un réseau existant. La libéralisation totale des ouvertures aurait certainement pour premier effet d’attiser la soif d’expansion des groupes en place qui ont du mal à se résigner à un régime de croissance ralenti. Une sur-production de mètres carrés serait alors à craindre ; elle simulerait sans doute la concurrence mais risquerait aussi de produire des friches aux conséquences difficiles à évaluer.

Venons-en maintenant à la réforme de la loi Galland qui vise à permettre la  répercussion des marges arrière sur les prix aux consommateurs. L’amorce du démantèlement de la loi Galland (la loi Jacob-Dutreil) a affectivement permis de redonner du mordant aux politiques tarifaires des hypers et des supers et de baisser les prix des grandes marques. Le risque que comporte une accélération du processus de libéralisation des prix, avec le passage au « triple net », est qu’elle pourrait atteindre son but : déclencher une guerre des prix. Certes, elle aurait un effet direct immédiat (somme toute modeste) sur le pouvoir d’achat des consommateurs. Mais il convient d’anticiper les effets indirects. Sur le commerce de proximité d’abord qui s’était redressé à la faveur de la loi Galland et qui aurait bien du mal à résister au creusement de l’écart de prix avec les grandes surfaces de périphérie. L’intensification de la concurrence par les prix encouragerait les distributeurs à rechercher des gains de productivité pour nourrir leur compétitivité sans laminer leur rentabilité. Or, ils disposent actuellement de technologies leur permettant d’envisager des économies substantielles : l’adoption massive du « self chekout » et du « self-scanning » (en attendant la RFID) permettrait potentiellement du supprimer plusieurs dizaines de milliers d’emplois de caissières. Aujourd’hui, les distributeurs déclarent vouloir n’avoir qu’un recours modéré et progressif à ces technologies et recycler une grande partie de la main-d’œuvre ainsi libérée dans l’amélioration du service aux clients. Le déclenchement d’une guerre des prix remettrait en cause ce scénario optimiste. On peut aussi craindre que les distributeurs resserrent encore leur pression sur les fournisseurs, lesquels pour résister à l’asphyxie seraient à leur tour condamnés à la productivité voire à la délocalisation.

La grande distribution française semble, enfin, en train de négocier un virage structurel l’amenant à adopter une logique plus servicielle,  plus adaptée aux nouveaux modes de consommation (voir les dernières réalisations de Champion, Monoprix, ou le nouvel hyper de Géant Casino). Une dérégulation incontrôlée fait courir le risque d’encourager les états-majors à renouer avec l’orthodoxie du « discount à la française » qui avait fait leur succès : des prix bas certes, mais au détriment de l’emploi.

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Croissance
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