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Je suis Professeur des Universités en Aménagement de l'Espace et Urbanisme à la Faculté de Sciences Economiques de l'Université de Poitiers et chargé d'enseignement à Sciences Po Paris (premier cycle ibéro-américain). Le but de ce blog est de commenter l'actualité économique et politique, pour montrer que les économistes peuvent parfois produire des analyses utiles.

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Dictionnaire des idées reçues

Mardi 28 décembre 2 28 /12 /Déc 11:08

Le CREDOC vient de publier une étude très intéressante sur les pratiques culturelles des ménages, en comparant les connectés et les non connectés à Internet (trouvé via Denis Colombi).

Le postulat de base à interroger pourrait être le suivant : les internautes sont enfermés dans leur monde, ils ne lisent plus, ne sortent plus, etc. Pire : ils piratent allègrement les DVD, CD, etc, ce qui plombe l'industrie culturelle.

Les résultats invalident ce genre de proposition. Premier résultat sous forme graphique, qui montre que les internautes consomment plus de produits culturels que les non internautes :

internet.jpg

Bien sûr, une question se pose : cette sur-consommation s'explique-t-elle par le fait d'être connecté, ou par d'autres caractéristiques "cachées" des connectés (plus riches, plus urbains, plus diplômés, plus jeunes, etc.)? L'étude du CREDOC répond également à cette question, puisqu'ils ont neutralisé l'effet de ces caractéristiques observables. On obtient alors ceci :

internet2.jpg

S'agissant des livres et des sorties, l'explication serait la suivante : "Pour les livres comme pour d’autres oeuvres culturelles, l’effet propre d’Internet s’explique, en particulier, par le regain de visibilité dont jouissent les productions à tirages plus confidentiels. Pour les sorties culturelles, l’effet positif d’Internet tient autant à l’élargissement de la visibilité de l’offre qu’au net accroissement de confort permis par l’information et la réservation à distance."

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Dictionnaire des idées reçues
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Mercredi 21 novembre 3 21 /11 /Nov 10:10

Pour les poitevins, Centre-Presse a repris certains éléments de mon billet dans un article de l’édition d’aujourd’hui.

 

Pour compléter, je vous conseille d’abord la tribune de François Doutriaux,  dans Libération du 14 novembre 2007. Titre : « le mythe d’un pays gréviste ». Avec  des chiffres convergents, et d’autres complémentaires de ceux que j’ai avancés. Trois idées fortes : i) diminution de l’ampleur et de la fréquence des mouvements sociaux en France, ii) la France se situe plutôt en dessous de la moyenne depuis une quarantaine d’années, iii) les conflits localisés dominent largement sur la période récente (85% des grèves sur la période 1990-2005), les journées d’action nationale pèsent peu (1% des grèves).

 

Voir également l’interview de Jean-Michel Denis, maître de conférences en sociologie à l’université de Marne-la-Vallée et chercheur au Centre d’études de l’emploi, dans le numéro de Libération du 19 novembre.  Il est co-auteur notamment de cet ouvrage. Titre : « La conflictualité ne décline pas, elle se transforme ». Propos tenu notamment sur la base du document de la DARES que j’avais mentionné dans mon post. Il signale notamment que "Une forme de contestation a fortement augmenté : le refus d’heures supplémentaires, ce qui est cocasse dans cette période où on demande aux salariés de travailler plus pour gagner plus." La DARES nous apprend en effet que 9,6% des établissements enquêtés sont concernés par un refus d'heures supplémentaires sur la période 2002-2004, contre 3,2% sur la période 1996-1998.

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Dictionnaire des idées reçues
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Mardi 20 novembre 2 20 /11 /Nov 06:47
En août 2006, j'avais écrit un petit billet sur le nombre de jours de grèves par salarié, histoire de montrer que la France ne se caractérisait pas par une conflictualité débordante (classement de 25 pays par conflictualité décroissante sur la période 1998-2004) :

conflit.gif
Figurez-vous que ce billet a été repris dans la revue des blogs de l'émission "Duel sur la 3", dimanche dernier (après la 55'). Comme ce billet date un peu, je ne peux m'empêcher de compléter, sur la base des données de la DARES, pour analyser l'évolution du nombre de JINT (Journées Individuelles Non Travaillées) dans le temps, pour la France. Résultat graphique :

JINT.jpg
Ca m'a l'air de décroître sévèrement tout ça... Sur la base de ces éléments, on peut donc dire qu'il y a plutôt moins de grèves en France qu'ailleurs, et qu'il y en a plutôt de moins en moins.

Il y a d'autres données intéressantes, notamment par région ou secteur (fichier excel ici).  Ainsi qu'une analyse approfondie des conflits du travail sur la période 2002-2004 relativement à 1996-1998 : on y apprend notamment que les conflits du travail sont plus nombreux et plus diversifiés sur 2002-2004 que sur 1996-1998, mais que les formes qui progressent le plus (refus d'heures supplémentaires et pétitions notamment) se font sans arrêt de travail.
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Dictionnaire des idées reçues
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Vendredi 3 novembre 5 03 /11 /Nov 07:11

Econoclaste en remet une couche sur la dette publique. Leconomiste complète en critiquant l'éternelle litanie "l'Etat gaspille, le privé gère bien". Il explique ce sentiment bien ancré chez certaines personnes par le fait qu'on dispose de plus d'information sur le public que sur le privé. Je complète un peu.

Pourquoi certaines personnes pensent-elles que le privé est plus efficace que le public? Pour la même raison que d'autres personnes croient en l'astrologie : quand la prédiction de l'horoscope se réalise, on la retient et on se dit, "mince alors! il (elle) avait raison!" Quand la prédiction ne se réalise pas, on oublie l'horoscope. Idem pour les rêves qualifiés de prémonitoires. Et bien pour le débat public/privé, c'est un peu pareil, en pire...

Si on voulait être un peu rigoureux, en effet, il faudrait envisager quatre possibilités :
* service public efficace
* service public innefficace
* service privé efficace
* service privé innefficace

Ensuite, il conviendrait de recenser dans l'ensemble des services rendus s'ils sont publics ou non, efficaces ou non. Je vous garantie que beaucoup auraient des surprises...

Bien sûr, personne ne fait cela : quand on observe un dysfonctionnement dans une entreprise privée, on ne l'attribue pas au fait qu'il s'agisse d'une entreprise privée, mais soit à la personne qui nous a servi, soit à l'entreprise --mais seulement à celle là -- à qui on a eu affaire. Quand on observe un dysfonctionnement lors d'une prestation de service public, on l'attribue à la nature publique de l'activité (ah, ces fonctionnaires!). Et quand le service public est rendu correctement, on ne révise pas sa théorie pour autant, on n'en tient simplement pas compte (on attribue par exemple la qualité du service rendu à la personne précise à qui on a eu affaire).
[On notera que c'est la même erreur d'attribution qui explique le racisme lanscinant de certains : un noir (remplacez au choix par maghrébin, gitan, etc...) qui vole, il vole parce qu'il est noir. Un blanc qui vole, il vole pour une autre raison...]

Preuve récente d'un tel raisonnement, le (jamais) surprenant Alain Lambert, qui invite "tous les gestionnaires à nous raconter sur [son] blog leurs histoires courtelinesques avec nos administrations." Avec une telle expérience, sûr qu'il va trouver 100% de dysfonctionnement dans l'administration publique, et qu'il va pouvoir continuer à se désespérer de la situation...
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Dictionnaire des idées reçues
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Samedi 2 septembre 6 02 /09 /Sep 08:33
Jeudi dernier, invité par le Medef, Nicolas Sarkozy a déclaré :
la France ne s'est "pas encore remise du choix historiquement stupide d'expliquer aux gens qu'en travaillant moins, on pourrait gagner davantage".

Moi, je dis qu’il a raison, Nicolas : il faut faire sortir de la tête des gens l’idée que l’on peut gagner plus en travaillant moins. C’est une contre-vérité totale : pour gagner plus, il faut travailler plus. Logique. Les responsables du Medef ont eu raison de lui faire une standing ovation, l’autre jour (normal, me direz-vous, les chefs d’entreprises, ça connaît l’économie).

 La preuve en image (les tableaux sont tirés de l'ouvrage remarquablement bien fait intitulé "The State of Working America 2006-2007" du Economic Policy Institute).

 Image numéro 1, où l’on apprend que le revenu par tête des habitants des pays développés a sensiblement augmenté de 1970 à 2004. En gros, doublement en 34 ans (il s’agit des revenus par tête exprimés aux prix et taux de change PPA 2000).

Image numéro 2, où l’on découvre stupéfaits que pendant ce temps,  les salariés sont devenus de plus en plus fainéants : dans tous les pays, le nombre d’heures travaillées par personne et par an a diminué. Même aux Etats-Unis. Beaucoup plus en France, mais y’a encore plus fainéants : Pays-Bas, Norvège, Allemagne. Le Danemark est juste derrière la France.
Image n°3, où l'on comprend que cette évolution paradoxale n'a rien de paradoxale. On peut gagner plus en travaillant moins si la productivité du travail augmente : les gains de productivité, ca veut dire que la croissance des richesses produites est supérieure à la croissance des ressources mobilisées. On peut en profiter soit pour maintenir constant les ressources mobilisées (notamment en travail = constance des heures travaillées) et accroître les revenus des salariés ; soit pour réduire les ressources mobilisées (diminution du temps de travail par exemple).

Après on peut débattre sur les choix les plus pertinents pour l'avenir : faut-il continuer sur cette tendance? Quand? à quel rythme?  N'a-t-on pas été trop loin et/ou trop vite? etc. On peut s'interroger sur le temps partiel subi, notamment par les femmes. On peut s'interroger aussi sur les moyens de gagner encore en termes de productivité, se dire que ces gains de productivité sont passés par une dégradation des conditions de travail dans l'entreprise (cf. l'ouvrage d'Askenazy  "Les désordres du travail"). Mais autant éviter de lancer le débat en affirmant que l'on n'a pas le choix ; en formulant de pseudo-lois économiques démenties clairement par l'histoire des faits économiques.
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Dictionnaire des idées reçues
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Mardi 22 août 2 22 /08 /Août 10:54
Dans la lignée du précédent billet sur une France impossible à réformer, un petit message pour signaler l'étude de Ian Eschstruth "La France, pays des grèves?", qui recense les travaux sur la conflictualité dans différents pays développé, et ce sur longue période (merci à AJC de m'avoir signalé cette étude!).

Résultat : une nouvelle idée reçue qui tombe, la France ne se signale pas par une conflictualité démesurée...

Ci-dessous l'un des graphiques, sur la période la plus récente (classement de 25 pays par conflictualité décroissante sur la période 1998-2004) :

On notera la première place du Danemark, la Norvège au pied du podium et la Finlande devant la France... Le conflit peut aussi être vu comme un moment particulier dans un processus continuel de coordination entre acteurs, tout l'enjeu étant de savoir sur quoi il débouche.
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Dictionnaire des idées reçues
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Lundi 21 août 1 21 /08 /Août 13:15
Dans une interview récente pour Le Monde, Pierre Cahuc reprend le discours habituel selon lequel la France n'est pas réformable (merci à Christian Lippi pour l'info dans son commentaire au précédent billet!) :
nous sommes marqués par certaines habitudes culturelles et nous avons beaucoup de mal à changer. [Pierre Cahuc, Le Monde, 2006, 18 août 2006. visible ici]

Propos qui ne déplairaient pas, sans doute, à un Nicolas Baverez ou à un Jacques Marseille, pour ne citer que deux représentants très médiatisés de la thèse du déclin français (je ne dis pas que Cahuc partage leurs analyses).

Contre cette vision des choses, vient de paraître un ouvrage intéressant qui démontre au contraire que la France a fortement évolué sur la période 1980-2005.
Il est le fruit d'une collaboration entre chercheurs US et chercheurs français et s'appuie sur des études comparatives.On trouvera le compte-rendu d'un débat lors de la sortie de l'ouvrage ici.

En gros, la thèse défendu dans l'ouvrage est la suivante (je m'appuie sur ce qu'en dit Pascal Perrineau dans l'introduction du débat) :

1. Des réformes ont été menées en France entre 1980 et 2005, dans de multiples domaines, et ont partout gagné du terrain
2. Ces changements n'ont pas de visibilité d'ensemble, ce sont des changements non délibérés : on est face à un "incrémentalisme français", fruit de la stratégie des élites et si subtil qu'il passe inaperçu ; et face à des changements imposés mais peu débattus.
3. Enfin, ce portrait rend compte d'une crise du politique qui résiderait dans le décalage entre l'ampleur des changements accomplis et leur absence de visibilité politique,

Tout cela me semble plutôt pertinent. Tout comme les propos de Bruno Palier, pendant le débat :

Dire que la France change ne signifie pas que tout va bien, ou que l'on doive restreindre ce débat, à la suite de l'analyse proposée par P. Rosanvallon, à un clivage entre conservateurs et modernistes. L'analyse historique et la comparaison montrent au contraire qu'il y a plusieurs réformes et voies d'adaptation possibles à la mondialisation. Or en France, au cours de la période étudiée, le changement a été justifié en tant que voie unique et inéluctable face aux pressions de la mondialisation : il n'a pas été légitimé et les Français n'ont pas été associés en tant qu'acteurs de ces choix. Les expériences de réformes menées à l'étranger montrent au contraire que le changement peut être l'occasion d'une mise en débat des diverses solutions possibles et le résultat d'un choix assumé. [Source : ici, p. 8]

Ca ressemble assez aux propos d'un autre auteur :

Si la réorganisation transnationale des activités est contraignante, les moyens de s'adapter à la contrainte sont pluriels. A charge donc pour les politiques de proposer aux citoyens les alternatives en présence ; à charge ensuite aux citoyens, aux travers de leurs votes et de leurs actions collectives, de trancher entre elles.
Je vous laisse deviner qui et où...
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Dictionnaire des idées reçues
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Lundi 5 juin 1 05 /06 /Juin 08:45
J'ai évoqué rapidement dans mon dernier billet quelques idées reçues véhiculées par un ancien Ministre de l'Education Nationale. Afin de compléter et mieux cibler les problèmes éventuels, petit exercice statistique.

Supposons quà la date t, 50% des élèves poursuivent leurs études jusqu'au bac ; 50% s'arrêtant à un niveau inférieur. Supposons en outre que le niveau moyen pour ceux allant jusqu'au bac soit de 100, et de 50 pour ceux s'arrêtant plus tôt.

Entre t et t+n, on va supposer, hypothèse qui me semble pertinente, que la proportion de ceux allant jusqu'au bac augmente significativement, disons à 80% (c'est l'objectif annoncé). Les 20% restant arrêtent leurs études avant le bac. On peut supposer que cette massification de l'enseignement conduit à une érosion du niveau moyen observé au bac (les enseignants ont du mal à s'adapter à leur nouveau public, les moyens ne suivent pas, les élèves continuant leurs études ont un niveau initial de capital humain, social, culturel plus faible, etc...), qui passe, disons d'un indice 100 à un indice 90 (cette baisse serait à valider empiriquement). Je supposerais que le niveau de ceux s'arrêtant plus tôt est inchangé (indice 50), même si l'hypothèse d'une augmentation serait sans doute plus pertinente.

Quid de l'évolution du niveau moyen?

L'évolution du niveau moyen
 
niveau bac

niveau inférieur
niveau moyen de la population
  effectifs indice de niveau effectifs indice de niveau  
 t 50% 100 50% 50 75
t+n 80% 90 20% 50 82

Sous les hypothèses mentionnées, on observe que le niveau moyen global de la population augmente significativement, en dépit d'une baisse locale du niveau observé pour ceux allant jusqu'au bac. Etant donné que la massification de l'éducation touche à peu près tous les niveaux (collège, lycée, supérieur), l'ensemble des acteurs observent (ou pensent observer) localement une baisse et ne voient pas l'accroissement global du niveau des élèves.

Si l'on considère que ce petit modèle d'évolution est pertinent, le discours sur la baisse du niveau, et surtout les pseudo-explications que l'on s'empresse de développer tombent (les jeunes sont tous nuls, y'a plus que leurs jeux vidéos, feuilletons et sms qui les intéressent / les méthodes pédagogiques des enseignants sont toutes nulles, pas étonnant avec un tel ramassi de fonctionnaires marxistes, etc...). Le problème tiendrait plutôt à la "massification" de l'enseignement secondaire et supérieur, et à la difficulté d'encadrement de ce nombre croissant d'élèves et d'étudiants. Une fois encore, je renvoie à ce petit texte, qui permet de bien poser les bases du problème.
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Dictionnaire des idées reçues
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Vendredi 2 juin 5 02 /06 /Juin 19:30
J'ai reçu un commentaire d'un certain Olivier sur une déclaration de Luc Ferry dans mon dernier billet :
"Les programmes d'économie me semblent, en effet, hors du monde, bourrés d'idéologie. Je n'ai pas réussi à les changer autant que je l'aurais voulu, mais j'y ai quand même introduit des notions aussi extravagantes qu'« entreprise » ou « marché », qui étaient absentes des textes avant mon arrivée".

Je ne reviens pas sur la prétendue idéologie, déjà commentée. En revanche, je signale que Luc Ferry a été nommé ministre le 7 mai 2002. Et que je suis aller consulter les programmes en vigueur avant son arrivée : le programme SES de seconde de 1999-2000, puis celui de 2000-2001 : on y parle d'entreprise... Le programme de première ES de 2001-2002 : on y parle de marché... Je n'ai pas enquêté plus avant, si quelqu'un en a l'envie ou le courage, mais m'étonnerais pas que cela confirme que Monsieur le Ministre est un fieffé menteur.

J'ai ensuite été lire l'interview complète de Luc Ferry accordée à l'Expansion le 31 mai dernier (il y a trois jours, donc).
Sur l'Université :
"L'université n'est pas une école professionnelle. Il est normal, et même souhaitable, que certaines disciplines y soient enseignées sans souci de rentabilité ni même de débouchés. Il y a pour cela d'autres filières, celles des grandes écoles, bien sûr, mais aussi celles des BTS ou des IUT, et toute la voie professionnelle."

Monsieur Ferry a dû rater la création des DESS (années 70 de mémoire), aujourd'hui baptisés Masters pro, des IUP, licences professionnelles et tutti quanti. Je suis d'accord sur le fait que l'Université n'est pas qu'une école professionnelle, mais elle propose depuis longtemps des diplômes professionnalisant qui marchent bien. A oui, j'oubliais : il faudrait rappeler à Monsieur Ferry que les IUT font partie de l'Université...

Ailleurs, dans le même article :
"Je vais peut-être vous surprendre, mais je ne suis pas favorable à la sélection à l'entrée des universités. Un titulaire du bac doit avoir le droit d'aller voir à quoi ressemble l'enseignement supérieur. Le problème ne se pose que parce que le bac a baissé de niveau dans des proportions inquiétantes en quelques décennies. Si nous avions maintenu un niveau convenable, il n'y aurait pas de discussion sur la sélection à l'entrée des universités. Le problème, comme me disait un peu méchamment un président de jury, c'est qu'« aujourd'hui, pour ne pas avoir le bac, il faut en faire la demande »

Thématique récurrente du niveau qui baisse. Thématique pas vraiment nouvelle (source des citations ici) :

"Le niveau baisse, mais les coûts de l'école augmentent" (Un député fribourgeois, La Liberté 29.10.2001).
«Nous sommes préoccupés du maigre résultat obtenu, dans les examens, par l’analphabétisme secondaire… »«La décadence est réelle, elle n’est pas une chimère: il est banal de trouver vingt fautes d’orthographe dans une même dissertation des classes terminales.» (Noël, Deska, 1956).
«Avec les copies d’une session de baccalauréat, on composerait un sottisier d’une grande richesse…»«L’enseignement secondaire se primarise…» (Lemonnier, 1929).
«J’estime que les trois quarts des bacheliers ne savent pas l’orthographe.» (Bérard, 1899).
 «D’où vient qu’une partie des élèves qui ont achevé leurs études, bien loin d’être habiles dans leur langue maternelle, ne peuvent même pas écrire correctement l’orthographe?» (Lacombe, 1835)

Je vous recommande de lire le texte qui accompagne les citations ci-dessus, petite synthèse instructive avec références biblio si besoin.

Pour finir :
"je vous dirai que, lorsqu'on est à la tête d'un ministère, c'est le contraire de ce que les gens pensent : non seulement on n'est pas coupé du réel, mais c'est peut-être le seul endroit d'où on le voit tel qu'il est (...) au point que, souvent, les conseils des experts vous semblent relever du café du commerce"

Sûr que les propos de notre ex-Ministre eux, ne relèvent absolument pas du café du commerce...

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Dictionnaire des idées reçues
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Mercredi 31 mai 3 31 /05 /Mai 11:01
Suite au billet d'hier sur l'enseignement de l'économie, Pierre Bilger m'a répondu sur son blog, avec des propos que je qualifierai de plus nuancés, avec insistance sur la nécessité d'analyses micro, d'enseignement de comptabilité - gestion, et du droit.
Je pense que ce qu'il préconise est déjà au programme des bacs STG (j'attends confirmation d'Econoclaste-SM). Ce qui explique que certains aient envie de faire disparaître les bacs ES, au profit des bacs STG...
Personnellement, je pense que les deux filières ont de l'avenir, la section ES, certes plus macro, notamment en 1ère et Terminale, permet de doter les étudiants de grilles de lecture plus générales de l'évolution du système économique et social. Dis autrement, l'opposition micro/macro ne tient pas, ce qu'il faut, c'est développer des compétences aux deux niveaux et savoir faire les liens entre les deux niveaux. Principe de base d'une bonne formation d'économiste, me semble-t-il, et des économistes, on en a besoin dans une société, enfin je crois...

Mais je souhaitais insister sur un autre point. Car je partage avec Pierre Bilger le sentiment que les connaissances en économie et autour de l'entreprise des médias, politiques et citoyens est plutôt faible (je ne suis absolument pas sûr qu'elle sont plus faibles en France qu'à l'étranger, soit dit en passant!). Pourquoi? Contrairement à ce que dit Pierre Bilger, moins en raison des programmes et d'une idéologie marxiste dominante chez les enseignants qu'en raison, plus bêtement, que peu d'élèves ont une formation en économie !

* l'économie n'est enseignée qu'à partir de la seconde, tous ceux qui n'y vont pas n'ont aucune formation dans ce domaine,
* en seconde, les sciences économiques et sociales ne sont qu'une option, certes prise par beaucoup, mais pas par tous. Et comme vu dans le programme, il y a des éléments sur l'entreprise (9 à 10 semaines sur les aspects production, ce n'est pas une paille!)
* les aspects les plus macro dénoncés par Pierre Bilger dominent ensuite, en première et terminale ES. hors, sur l'ensemble des secondes générales et technologiques, 55,21% des élèves vont en première générale, dont 16,4% en 1ère ES.
* je l'ai dit, il existe une filière plus en phase avec les préconisations de Pierre Bilger, la filière STG (ex STT). D'après les stats dont je dispose, 13,4% du total des élèves de seconde générale ou technologique emprunte la voie STT, soit une proportion proche de celle observé pour ES (merci Virginie pour ces stats, source ici et ici).

En résumé :
* une proportion somme toute modeste est (mal?)formée par les enseignants du secondaire dans les filières ES les plus "macro"
* une proportion proche est (bien?)formée, selon les voeux de Pierre Bilger, dans les filières STG
* le reste n'est pas formé... (en tout cas pas au lycée, là où porte la critique de Pierre Bilger).

En conclusion :
La méconnaissance  de l'économie tient sans doute plus au fait que nombre de personnes ne recoivent jamais de formation en économie, qu'aux programmes de l'éducation nationale ou à l'idéologie des enseignants.

PS : je pense que le débat autour de l'entreprise et de sa perception a été relancé par les résultats d'un sondage qui a trainé un peu partout, selon lequel 75% des jeunes souhaitaient travailler dans la fonction publique. Je signale que le Medef a commandé une nouvelle étude à la Sofres. Sur l'ensemble des sondés, 51% souhaitent travailler en entreprise, 34% dans la fonction publique, 13% en association, 3% ,ne se prononcent pas. Enquête réalisée avant les manifs CPE. Comme je l'ai déjà dit, les discours stupides de certains responsables patronaux (Parisot, qui essaie de se rattraper depuis ; Dassault, qui persiste et signe) sur l'entreprise et l'impératif de précarité sont pour une part responsable de la vision de la population sur l'entreprise. Leur responsabilité pourrait être plus grande que celle des enseignants de ES...
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Dictionnaire des idées reçues
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