Papotages


S'abonner

  • Flux RSS des articles

Recherche

Je suis maître de conférences à la Faculté de Sciences Economiques de l'Université de Poitiers et chargé d'enseignement à Sciences Po Paris (premier cycle ibéro-américain). Le but de ce blog est de commenter l'actualité économique et politique, pour montrer que les économistes peuvent parfois produire des analyses utiles.

Pour être informé de la parution d'un nouveau billet, abonnez-vous à un flux ou entrez votre mail dans la rubrique Newsletter.

Environnement

Vendredi 11 août 2006 5 11 08 2006 16:18
Vient de paraître dans la revue Flux un article co-écrit avec Pascal Chauchefoin et Jacques Mathé, intitulé "Innovation et territoire : une analyse des conflits d'usage autour de la ressource en eau, le cas du bassin versant de la Charente", Flux, 2006, n°63/64, p. 32-41. (version très provisoire téléchargeable ici, si certains sont intéressés par la dernière version, envoyez-moi un mail).

On montre que :
i) sur le bassin versant de la Charente, le problème ne se réduit pas à l'opposition agriculteurs/ostréiculteurs : l'urbanisation/périurbanisation (problème de l'étaement urbain), le développement du tourisme et de la navigation de plaisance, ainsi que (dans une moindre mesure) les pollutions industrielles ne sont pas sans poser problème.
ii) de plus, on a trop tendance à réduire le problème à l'échelle locale, en oubliant les déterminants non locaux. C'est particulièrement le cas lorsqu'on dénonce ces "méchants" agriculteurs qui, spécialisés dans le maïs irrigué, pénalisent l'activité ostréicole. Or, cette spécialisation dépend très largement du système d'incitation de la Politique Agricole Commune. La résolution du problème passe donc aussi par une évolution des politiques européennes (en cours, avec la mise en oeuvre du découplage des aides)... et des politiques nationales en matière d'agriculture.

J'ajouterai que l'on se contente la plupart du temps de réagir à chaud, lorsque le problème survient, été après été, plutôt que de mettre en oeuvre, à froid, une politique de long terme en s'interrogeant sur les modalités d'une transition vers une activité agricole moins génératrice d'externalités négatives. Tendance que l'on retrouve dans la plupart des domaines de l'action publique, d'ailleurs.

C'est en tout cas ce que j'ai essayé d'expliquer sur France Bleu La Rochelle le 6 août dernier, qui m'a sollicité pour une petite interview après avoir vu sur mon blog que je travaillais sur le sujet (vive les blogs!). La parution de l'article vient donc à point nommé.

J'ajoute enfin que le problème est loin d'être exclusivement picto-charentais, si l'on en juge par les articles parus récemment dans Le Monde, ici et .
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Environnement
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mardi 6 novembre 2007 2 06 11 2007 18:47

Les marins pêcheurs protestent contre la hausse du prix du pétrole... Ils pourraient pas aller pêcher en vélo, des fois?

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Environnement
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Dimanche 8 juin 2008 7 08 06 2008 07:54
Idée souvent entendue : pour lutter contre le réchauffement climatique, il faut acheter ses produits localement, ce qui réduira le transport des produits, et donc les émissions de gaz à effet de serre.

Une étude américaine, qui estime les émissions pendant le transport mais aussi pendant la phase de  production des biens, nuance fortement ces préconisations : 83% des émissions se font pendant les phases de croissance et de production des biens, contre 11% qui viennent du transport dans son ensemble, et seulement 4% du transport entre distributeur et acheteur (ce qui est la part sur laquelle le fait d'acheter localement a un impact).

Autre résultat de l'étude : tous les biens ne conduisent pas aux mêmes émissions. Les produits les plus néfastes sont la viande rouge et les produits laitiers. Dès lors, vous réduirez bien plus votre empreinte carbone en mangeant moins de ces produits, et plus de poulet, de poisson et d'oeufs, qu'en achetant vos produits localement
.

Vous me direz : certes, certes, mais acheter localement, ca fait quand même gagner un petit peu quelque chose... Ben non, pas toujours : dans cette présentation des résultats de l'étude précédente, on apprend qu'un britannique soucieux de l'environnement a plus intérêt à acheter des tomates ou des laitues importées d'Espagne, que d'acheter celles produites sous serre au Royaume-Uni, dès lors qu'on prend en compte les émissions pendant l'ensemble du cycle de vie des produits, et pas seulement pendant la phase finale de transport.

(via
Marginal Revolution)
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Environnement
Ecrire un commentaire - Voir les 17 commentaires - Recommander
Dimanche 16 août 2009 7 16 08 2009 16:49
Pas de vacances pour les universitaires poitevins! Pour preuve cette tribune dans La Tribune (en date du 27 juillet) de Francesco Ricci.

Le rapport Rocard sur l'instauration d'une taxe carbone en France sera remis demain. La Polémique monte sur ce qui apparaît comme un nouvel impôt sur les ménages. Pour éviter l'usine à gaz, la généralisation d'un système de quotas-avec-marché serait une bonne solution.

Dans son discours du 22 juin devant le Congrès, le président de la République a affirmé son soutien à la mise en place d'une taxe carbone, dite "contribution climat-énergie" pour limiter les émissions françaises de CO2 liées au transport et à l'habitat. L'intention est louable, mais on peut redouter qu'il ne s'agisse pas du meilleur choix.

Dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, les émissions de CO2 des grands établissements industriels sont réglementées au niveau européen. Pour une période donnée, ils reçoivent chacun, ou bien doivent acheter aux enchères, un certain nombre de "permis à polluer", titres qu'ils peuvent ensuite vendre ou acheter sur un marché, si leurs émissions polluantes sont inférieures ou supérieures aux quotas qui leur ont été fixés au départ. Ce schéma couvre un tiers environ des émissions globales européennes de CO2. Il aurait été souhaitable, selon nous, d'utiliser un système analogue et non une taxe pour limiter en France les émissions de CO2 liées au transport et à l'habitat (les deux autres tiers).

Contrairement à ce que certains prétendent, un tel système de quotas-avec-marché ne serait pas beaucoup plus compliqué à mettre en œuvre qu'une taxe carbone prélevée au moment de la vente d'hydrocarbures. Personne n'envisage de contraindre les automobilistes à se procurer des permis à polluer pour chaque kilomètre parcouru. Ce sont les producteurs et distributeurs d'énergie qui devront acquérir ces permis de polluer en fonction de leur volume de vente annuel. Et un tel système présente trois avantages notables par rapport à une taxe carbone. Pour réduire les émissions de CO2 au moindre coût, il faut que les pollueurs qui peuvent le plus facilement diminuer leurs émissions de gaz le fassent d'abord, en permettant à ceux pour qui c'est le plus onéreux de s'y mettre plus tard. Si l'aciérie Dupont doit dépenser 40 euros pour éviter d'émettre une tonne de CO2 supplémentaire, alors que le chalutier Rossi ne doit dépenser que 30 euros pour un même résultat, on peut économiser 10 euros en demandant à Rossi de réduire d'une tonne ses émissions et en permettant à Dupont d'émettre une tonne de plus. Cette économie peut être obtenue avec une taxe aussi bien qu'avec un système de quotas-avec-marché, mais il est fondamental que tous les acteurs économiques soient confrontés à un prix unique de la tonne de CO2, sans quoi limiter la pollution reviendra plus cher.

Or, de ce point de vue, la coexistence prévue entre les quotas-avec-marché pour les secteurs couverts par le système européen et d'une taxe carbone pour le reste de l'économie française implique la présence d'au moins deux prix différents : la taxe pour certains, le prix du permis pour d'autres. Si l'on adoptait un système de quotas-avec-marché pour limiter les émissions de CO2 des secteurs du transport et de l'habitat, il serait possible à l'inverse de relier ce marché français avec le marché européen, en permettant ainsi l'émergence d'un prix unique du CO2 au niveau européen, le gage d'une politique véritablement cohérente.

Il faut ensuite reconnaître que toute réglementation environnementale est sujette à de nombreuses pressions de groupes d'intérêt ou de couches électorales pivots. Dans le cas d'une taxe carbone, il est vraisemblable que ces pressions donnent lieu à une panoplie d'exonérations et à l'application de niveaux de taxation réduits. Dans le cas d'un quota-avec-marché, les mêmes pressions donneraient lieu probablement à des allocations trop abondantes et gratuites de permis à polluer, mais ne porteraient pas atteinte à l'unicité du prix de la tonne de CO2.

La pérennité de l'effort entrepris serait aussi plus probable. Les supporters de la taxe carbone ont raison de vouloir la mettre en œuvre très rapidement. En effet, la question climatique est urgente, et le contexte politique actuel apparaît particulièrement favorable à la mise en place d'une telle taxe. Le score des Verts aux dernières élections et les sondages d'opinion indiquent qu'un grand nombre de Français sont prêts à accepter un coût accru de leurs consommations d'énergie. On ne peut néanmoins pas être sûr que cette préoccupation pour le climat conserve longtemps sa prééminence face aux questions de revenu, de pouvoir d'achat et d'emploi. Il est possible que, même si une taxe carbone est aujourd'hui mise en place, elle puisse ensuite être édulcorée. En revanche, avec un système de quotas-avec-marché, les hommes politiques doivent convaincre les électeurs d'adopter un objectif environnemental, le quota global d'émissions autorisé, et cet engagement pourra être plus largement partagé sur des bases éthiques que la levée d'une taxe sur les consommations énergétiques.


Francesco Ricci, chercheur à l'école d'économie de Toulouse (TSE) et à l'université de Poitiers

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Environnement
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Samedi 29 août 2009 6 29 08 2009 11:34
Article très intéressant sur Vox-Eu (en), découvert via EcoInterViews, qui en propose un résumé efficace en français (et un commentaire en fin d'article sur l'effet des primes à la casse pas inintéressant!).
L'article montre que la croissance industrielle des Etats-Unis depuis le début des années 1970 s'est accompagnée d'une réduction du niveau de pollution, réduction qui s'explique pour partie par l'utilisation de technologies moins polluantes, et pour partie par l'abandon de la production de certains biens polluants, désormais fabriqués par des pays plus pauvres, puis importés aux Etats-Unis. L'effet innovation domine largement (il explique 60% de la dépollution).

.
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Environnement
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 29 août 2009 6 29 08 2009 17:41
Le gouvernement français met en place une taxe carbone une contribution climat-énergie. Christine Lagarde l'estime à environ 15€ la tonne de CO², en deça des 32€ préconisés par la commission présidée par Michel Rocard. Une question importante : qui va, au final, payer cette taxe? Christine Lagarde nous dit que "les entreprises supporteront, comme les ménages, la contribution climat-énergie.". Peu crédible : les entreprises ont assez largement la capacité de répercuter la taxe sur les prix de leurs produits, ce sont donc essentiellement les ménages qui , au final, paieront. La vraie question est de savoir si, au sein des ménages, certains auront plus à la subir que d'autres.

Un article sur Vox-Eu, par Corbett Grainger et  Charles Kolstad (Université de Californie, Santa Barbara) permet de se faire une petite idée sur la question. Ils s'interrogent sur l'impact d'une hausse du prix de la tonne de CO² de 15$ sur la compétititivité des entreprises américaines et sur le budget des ménages américains.

S'agissant de l'impact sur les entreprises, ils montrent que seuls 5 secteurs industriels sur 500 verront leurs coûts de production augmenter de plus de 5%. Impact faible, donc. S'agissant de l'impact sur les ménages, ils montrent que, effectivement, les plus pauvres seront plus affectés que les plus riches, avec des variations selon les modalités de calcul des revenus des ménages :


Les auteurs considèrent que l'impact n'est cependant pas si colossal que cela : 1,5 à 2,5% pour ceux qui gagnent 35000$, contre 1 à 2% pour les plus fortunés nous disent-ils. On voit quand même sur le graphique que pour la tranche la plus basse, on monte à 3 à 4,5%. Les auteurs considèrent également que les dispositions prises aux Etats-Unis doivent permettre de compenser la perte subie par les plus pauvres. Mais ils ne disent pas grand chose sur ces dispositions.

Pas grand chose non plus sur ce que le gouvernement français est en train d'imaginer pour éviter cet effet pervers, Le Monde indiquant même que "Le gouvernement, embarrassé, est en train d'imaginer une usine à gaz pour s'assurer que les plus modestes des ménages qui doivent utiliser leur voiture pour aller travailler ne feront pas les frais de la taxe carbone." Je leur souhaite bon courage...
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Environnement
Ecrire un commentaire - Voir les 15 commentaires - Recommander
Samedi 5 septembre 2009 6 05 09 2009 07:24
On l'a vu l'autre jour, la taxe carbone risque d'affecter différemment les individus en fonction de leur revenu. Elle risque aussi d'avoir des effets différenciés en fonction de la localisation des personnes, étant entendu que ces deux éléments sont en partie liés. Un document récent de l'Insee permet de se faire une petite idée sur la question.

Résumé : Entre 1994 et 2008, la mobilité locale en France métropolitaine a peu changé, en moyenne. Mais cette stabilité d’ensemble est trompeuse car grandes agglomérations et zones rurales ou faiblement urbanisées évoluent en sens opposé. Dans les grandes agglomérations, les actifs et les étudiants se déplacent en 2008 moins souvent et moins longtemps au cours d’une journée qu’en 1994. Ils sont plus nombreux à n’aller qu’une fois dans la journée à leur lieu de travail ou d’études, sans pour autant réaliser d’autres activités à l’extérieur. En dehors des grandes agglomérations, les habitants parcourent des distances de plus en plus longues entre leur résidence et leurs différents lieux d’activité, notamment les lieux de travail ou de courses. Les ménages utilisent davantage leurs voitures et ils en possèdent davantage qu’en 1994.

On y apprend plus précisément que la distance à vol d'oiseau entre lieu d'habitation et activités, hors des grandes agglomérations, a augmenté de 12% sur la période. Pour la distance domicile-travail, l'augmentation monte à 26% et à 22% pour la distance domicile-études. Dans les grandes agglomérations, les chiffres sont respectivement de -1% pour l'ensemble des activités et de 10% pour les trajets domicile-travail (pas d'évolution pour domicile-études). Evolutions qui s'expliquent assez largement par les phénomènes de périurbanisation et par la fermeture de certains équipements et établissements en zone rurale.

Le gouvernement a bien conscience de l'existence de ces inégalités non seulement sociales mais aussi spatiales (voir ici par exemple), toute la question, encore une fois, étant de savoir comment on peut limiter ces effets inégalitaires. De la difficulté de faire du développement durable...

ps : toujours sur la taxe carbone, ne pas rater les billets d'Antoine B. sur Optimum: dans le premier, il défend le principe d'une taxe, dans le deuxième, il discute du montant de la taxe. En mentionnant au passage un effet pervers possible (réduction des motivations intrinsèques suite à l'instauration de la taxe), largement discuté dans le premier chapitre des Stratégies absurdes
.
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Environnement
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Dimanche 13 septembre 2009 7 13 09 2009 17:47
Notre président écolo propose de taxer les produits hors Europe. Krugman s'en réjouit (voir aussi ici et ), expliquant que le principe de base qui sous-tend le libre échange est l'absence de discrimination entre produit étranger et produit domestique. En taxant tous les produits, étrangers comme domestiques, on ne discrimine donc pas.
 
Why not? Je signale cependant que l'essentiel des échanges de la France se fait avec des pays de l'Union. Pourquoi, alors, pénaliser les pays hors europe n'ayant pas introduit de taxe carbone pour épargner les pays de l'UE? Pourquoi taxer les méchants chinois et pas les gentils allemands? J'ai du mal à suivre...
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Environnement
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires - Recommander

Actuellement...

Il y a  11  personne(s) sur ce blog

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés