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Je suis maître de conférences à la Faculté de Sciences Economiques de l'Université de Poitiers et chargé d'enseignement à Sciences Po Paris (premier cycle ibéro-américain). Le but de ce blog est de commenter l'actualité économique et politique, pour montrer que les économistes peuvent parfois produire des analyses utiles.

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Politique

Jeudi 24 août 2006 4 24 08 2006 13:54
La lettrevolée fait état du débat en cours aux Etats-Unis entre Krugman (et d'autres) vs. Mankiw (et d'autres) sur le pourquoi de l'accroissement des inégalités de revenu. La thèse de Krugman : la couleur du parti à la Maison Blanche y est pour beaucoup. Celle de Mankiw : non, non, mon capitaine, l'accroissement des inégalités s'explique par l'évolution technologique, biaisée en faveur du capital humain. Le débat tel qu'il s'est développé par blogs interposés est synthétisé ici, par Brad DeLong.

Première remarque : ca discute et ca débat entre économistes aux Etats-Unis, plus qu'en France me semble-t-il.

Notons que débat a commencé avec cet éditorial de Krugman dans le NY Times, éditorial qui commençait ainsi :
Recently, Henry Paulson, the Treasury secretary, acknowledged that economic inequality is rising in America ... he also conceded that this might be cause for concern.
But he quickly reverted to form, falsely implying that rising inequality is mainly a story about rising wages for the highly educated. And he argued that nothing can be done about this trend... History suggests otherwise. ...

Deuxième remarque : encore un politique qui se désarme tout seul...

Troisième remarque :  je suis pas peu fier d'avoir  précédé Krugman  il y a quelque temps déjà, en reprenant un graphique montrant l'explosion des inégalités sous Tatcher au Royaume-Uni. Je le reprends ici :

Quatrième remarque : Krugman s'appuie pour argumenter sur l'étude de Bartel, dans laquelle on trouve le graphique saisissant suivant :
Pas beaucoup d'ambiguité semble-t-il...

L'explication avancé par Krugman est la suivante :

Unions are probably top of the list; I believe that there's a qualitative difference between wage bargaining in an economy with 11 percent of workers unionized, which is what we had in the early 30s, and one with 35 percent unionization, which is what emerged from World War II. That's discontinuous change, partly driven by a change in political regime. And the process went in reverse under Reagan.

Selon lui, l'explication première tient donc au poids des syndicats (poids qui dépend lui même de la couleur politique du gouvernement en place). Des syndicats faibles ne peuvent faire pression à la hausse sur les salaires des plus pauvres, des syndicats forts le peuvent. En gros, son analyse est sous-tendue par une approche plutôt marxiste - keynésienne - régulationniste de la formation des salaires (c'est moi qui le dit. Pas sûr que Krugman apprécie la filiation, si quelqu'un voit une autre façon de théoriser ce qu'il affirme, je suis preneur!), qui dépend des rapports de force entre les collectifs d'acteurs. Mankiw and Co s'appuient de leur côté sur une analyse néoclassique, dans laquelle les facteurs de production sont rémunérés à leur productivité marginale : si les personnes qualifiées disposent de salaires plus importants, et si l'écart se creuse entre eux et les personnes moins qualifiées, c'est que leur productivité est plus forte, et croît de manière plus rapide (étant entendu que l'on peut faire des variations sur la sur-rémunération en introduisant des analyses genre salaire d'efficience dont Mankiw est friand). 

Bon, de mon point de vue, c'est plutôt une position intermédiaire qu'il faut défendre: l'évolution économique récente favorise clairement les personnes les plus qualifiées, qui bénéficient d'un accès privilégié à l'emploi et des rémunérations plus attractives. Cependant, les écarts de rémunération dépendent aussi des rapports de force entre les collectifs d'acteurs, d'où la dépendance au poids des syndicats et à l'idéologie dominante au pouvoir. Pour le dire autrement, disons que l'évolution économique produit un potentiel d'inégalités de revenu, qui sera pleinement réalisé, ou seulement partiellement, en fonction des rapports de force entre acteurs (Cf. aussi l'analyse de Mark Toma et le papier en lien sur le cas australien).

D'un point de vue de politique économique, deux perspectives:
* faire en sorte de rééquilibrer les rapports de force entre les collectifs d'acteurs, étant entendu qu'en France les syndicats de salariés ne pèsent plus grand chose... (je ne suis donc pas tout à fait d'accord (euphémisme) avec Enzo d'Aviolo qui tire à boulet rouge sur Ségolène et sa volonté d'accroître le taux de syndicalisation). Ceci devrait conduire à la mise en oeuvre de nouveaux compromis institutionnalisés pour reprendre des termes régulationnistes, définissant de nouveaux modes de distribution (et de redistribution) des revenus.
* Mais aussi élever le niveau de qualification de la population pour prendre acte du caractère biaisé du changement technologique. Ce qui veut dire une politique ambitieuse de formation initiale et continue. En développant ce type de politique, on agit en amont de la distribution/redistribution des revenus. Autrement dit, on n'attend pas que les inégalités surviennent pour les corriger, mais on agit sur les déterminants des inégalités (différences de qualification).

remarque conclusive : à quand des débats de ce type en France?

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Politique
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Vendredi 25 août 2006 5 25 08 2006 08:40
Quelques éléments/compléments au billet d'hier sur les inégalités de revenu, juste pour situer la France par rapport à d'autres pays de l'OCDE. J'avais déjà évoqué le sujet  ici, pour montrer que les inégalités de revenu en France ont été remarquablement stables sur la période 1980-2000. Je viens de "tomber" sur quelques graphiques source OCDE, je les reprends et les commente rapidement.


Premier graphique : les inégalités en termes de revenu disponible (ie après impôts et transferts) varient fortement d'un pays à l'autre. Les pays les plus égalitaires sont le Danemark, la Suède, les Pays-Bas ; les plus inégalitaires sont le Mexique, la Turquie, la Pologne et les Etats-Unis. La France est dans une situation intermédiaire, avec des inégalités plus faibles que dans la moyenne des pays de l'OCDE. On notera la proximité de la France, de l'Allemagne et de la Belgique.
Deuxième graphique : l'évolution par quintile. L'idée est de décomposer la population en différentes classes : les "pauvres" (quintile inférieur), les "riches" (quintile supérieur), les classes moyennes (quintiles intermédiaires). On regarde ensuite la progression des revenus de chaque classe, on affecte des ---, --, -, =, +, ++, +++ en fonction des évolutions. On retrouve le résultat rappelé plus haut : grande stabilité dans l'évolution des inégalités en France. Globalement, dans l'OCDE, on observe une stabilité dans la situation des pauvres, une détérioration de la situation des classes moyennes, une amélioration de la situation des plus riches. Je vous laisse observer les situations plus précises de chaque pays.
Troisième graphique : une nouvelle décomposition, non plus par classe de revenu, mais par âge. C'est sans doute le graphique le plus saisissant! La France se distingue par une évolution relative très défavorable des "jeunes" entre 26 et 40 ans (que personne ne me dise que les 26-40 ans ne sont plus jeunes :-) ) et particulièrement favorable des 51-65 ans et, dans une moinde mesure, des tranches d'âge encore supérieures. Bref, il fait bon être vieux dans notre doux pays!
Quatrième graphique : la distinction revenu marchand (avant impôt/transfert) et revenu disponible (après impôt/transfert). Entre les deux, l'Etat (au sens large) est passé par là, pour faire de la redistribution. On observe, et c'est heureux!, que dans tous les cas, les inégalités après redistribution sont plus faibles qu'avant, signe que l'Etat "prend aux riches pour donner aux pauvres". Bon, mais plus ou moins cependant, selon les pays! Ca redistribue énormément au Danemark et en Suède, mais aussi en Belgique, et plutôt pas mal en France. Ce graphique est intéressant, car on constate qu'avant redistribution, les inégalités sont beaucoup plus faibles au Danemark (indice de 35 environ) qu'en Belgique par exemple (indice de 45). Les deux pays font un grand effort de redistribution, je dirais même un effort comparable, si bien que l'écart initial entre les deux pays demeure. On peut se dire que pour réduire encore les disparités, la Belgique a intérêt à agir en amont de la redistribution, au niveau de la distribution primaire des revenus. Idem pour la France, qui présente des inégalités avant redistribution somme toute assez fortes...

Complément au complément, maintenant, avec deux graphiques tirés d'une étude de Piketty. Celui-ci a collecté des stats sur la part dans les revenus (avant/après impôt) du décile / centile supérieur, et ce sur très longue période.
S'agissant du décile supérieur (les 10% des foyers les plus riches), on observe un accroissement de leur part dans le revenu total des années 40 au milieu des années 1960, une baisse ensuite jusqu'au début des années 1980, puis un accroissement depuis. Difficile de relier cela à la couleur politique des gouvernements, même si certains ne manqueront pas de souligner que le point de retournement (1982-1983) correspond à la mise en oeuvre de la politique de désinflation compétitive du gouvernement socialiste, politique toujours en vigueur depuis lors...
S'agissant du premier centile, c'est-à-dire vraiment les très très riches (les 1% les plus riches), on observe une stabilité/légère baisse de leur poids depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Leur poids a aussi augmenté, mais plus légèrement que pour le premier décile, de 1982 à 1990.

Pour en revenir au débat Krugman/Mankiw, ces deux derniers graphiques montrent la nécessité de distinguer, sans doute, entre l'analyse des 90/10 et celle des 99/1, comme le suggère aussi Josh Bivens.

Notons pour finir que les graphiques de Piketty ne permettent pas de saisir les effets générationnels, dont on a vu l'importance plus haut.
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Politique
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Lundi 28 août 2006 1 28 08 2006 23:07
J'avais commenté il y a quelques temps certains propos d'Alain Lambert (ancien ministre délégué au budget et à la réforme budgétaire). Je récidive.

Citation (source ici) :

De même, rappelons que les transferts ou les dépenses publiques ne créent aucune richesse supplémentaire ! Leur effet est souvent plus faible qu'on ne le croit puisqu'ils se financent par prélèvements sur les plus productifs, dont les prix de revient augmentent d'autant. Avec tous les risques de délocalisation d'emplois qui en résultent.

Premier point :  "les dépenses publiques ne créent aucune richesse supplémentaire". Je rappelle à Alain Lambert qu'il y a globalement consensus chez les économistes pour dire que la source essentielle de croissance d'un pays comme la France est l'innovation. Que pour une part importante, l'innovation se nourrit des dépenses de R&D, d'une part, et de main d'oeuvre (très) qualifiée (capital humain), d'autre part. Les dépenses publiques affectées  à l'éducation et à la R&D sont donc sans doute parmi les dépenses qui créent le plus de richesses... (on peut multiplier les exemples).

Deuxième point : "Leur effet est souvent plus faible qu'on ne le croit puisqu'ils se financent par prélèvements sur les plus productifs, dont les prix de revient augmentent d'autant." Ben voyons! La compétitivité des entreprises françaises s'explique pour une bonne part par l'environnement qu'elles trouvent dans notre pays, environnement qui doit beaucoup à la puissance publique (qualification de la main d'oeuvre, laboratoires de recherche, infrastructures de communication, de transport, cadre de vie des populations, etc.).  Dire que "les dépenses publiques conduisent à accroître d'autant le prix de revient des entreprises" est donc bêtement faux, il peut au contraire le faire diminuer si les dépenses permettent à ces entreprises de bénéficier de ce que les économistes appellent des externalités positives (on bénéficie de ressources sans en avoir payé totalement le prix).

Troisième point (anecdotique comparativement au deux premiers, qui méritent de figurer dans une anthologie) : Avec tous les risques de délocalisation d'emplois qui en résultent. La thèse d'Alain Lambert semble donc la suivante : les entreprises fuient une fiscalité trop lourde (on prélève les plus productifs). Faudra qu'il nous explique ce que viennent faire dans l'hexagone toutes ces entreprises étrangères, puisque la France occupe toujours les premières places dans les flux d'IDE entrants . Et que des études récentes tendent plutôt à montrer que la compétitivité coût de la France est bonne (j'en avais parlé ici).

Qu'Alain Lambert veuille réduire les dépenses publiques, c'est une chose, et cela peut faire débat. Mais qu'il en vienne à énoncer de telles absurdités, les bras m'en tombent... non pas que quelqu'un puisse dire de telles choses... mais que ce quelqu'un ait pu être ministre délégué au budget...
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Politique
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Vendredi 8 septembre 2006 5 08 09 2006 08:27

Dans les nouvelles géographies du capitalisme, j'explique que pour favoriser l'adaptation des économies à l'approfondissement de la mondialisation, deux grandes stratégies dominent. J'ai qualifiée la première de stratégie du poisson rouge, la deuxième de stratégie du pingouin.

Je me concentre ici sur la première, que je décris ainsi :

Première stratégie possible : la stratégie libérale. Elle consiste à supposer que l?essentiel du problème [de l'adaptation de l'économie française] tient à la trop grande intervention des Etats et à la flexibilité insuffisante observée sur les marchés : pourquoi existe-t-il du chômage en France ? Car le marché du travail n'est pas assez flexible (...). Pourquoi la France n'est-elle pas attractive [idée reçue] ? Car les charges sociales et fiscales qui pèsent sur les entreprises où sur les « talents » que l'on veut attirer sont trop lourdes. Pourquoi les entreprises françaises ne sont-elles pas suffisamment efficaces (autre idée reçue). Car (...) les créateurs d'entreprises sont victimes de la lourdeur administrative (...). On pourrait multiplier les exemples : à chaque fois, on considère que, au niveau de chacune des institutions nécessaires au bon fonctionnement du capitalisme, on est trop éloigné de l'idéal du modèle libéral, et l'on propose donc logiquement de s'en rapprocher, par la mise en place de nouvelles règles mieux adaptées.
Stratégie libérale que nous qualifierions volontiers de stratégie du poisson rouge : Comme dans la publicité Ikéa, où le poisson redécouvre émerveillé, à chaque tour de bocal, l'étagère fraîchement installée, certains économistes redécouvrent béatement les vertus supposés du libéralisme, en oubliant un peu trop rapidement les dégâts économiques et sociaux qu'engendre nécessairement le modèle qu'ils défendent. (p. 200-201)

 Dans le genre, la Banque Mondiale vient de faire très fort : elle publie pour la quatrième fois un rapport intitulé Doing Business (la pratique des affaires). Ce rapport « identifie les pays qui ont le mieux réussi à réformer la réglementation des affaires, et décrit les pratiques les meilleures en matière de lancement et de conduite des réformes.  Le rapport propose des indicateurs quantitatifs mesurant les différents aspects de la réglementation des affaires, ce qui permet de comparer les réglementations et leur mise en application dans 175 économies, allant de l'Afghanistan au Zimbabwe, mais aussi dans le temps. »

Alors bien sûr, la Banque Mondiale commence par des exemples imparables :

Par exemple, le Rwanda a tout récemment éliminé une loi qui datait de l'époque coloniale et qui n'autorisait qu'un seul notaire pour l'ensemble du pays.  Aujourd'hui, grâce à la réforme, près de 36 notaires ont ouvert leur cabinet dans le pays, avec pour résultat de réduire considérablement le temps nécessaire pour démarrer une entreprise.

 Au Yémen, le gouvernement a éliminé un impôt sur la production de 10% que les entreprises devaient payer chaque fois qu'elles vendaient leurs produits à d'autres entreprises.  Au niveau du consommateur, le montant total de ces impôts, en fait une imposition sur le chiffre d'affaires déguisée, était de loin plus élevé que la marge bénéficiaire de l?entreprise sur ces produits.  En remplaçant l'impôt sur la production par un impôt de 5% sur les ventes aux consommateurs, le Yémen a pu diminuer le taux d'imposition total de 79% à 48%, ce qui a grandement aidé tant le monde des affaires que les consommateurs.


Ok, rien à redire, on comprend bien que travailler à la suppression de ce genre d'abérations et, plus généralement, à la simplification de certaines règles et procédures ne peut que reccueillir l'aval de tous.

Là où les choses sont moins évidentes, c'est lorsque l'on regarde les indicateurs retenus. Premier exemple, s'agissant de l'embauche des salariés : "Doing Business measures the regulation of employment, specifically as it affects the hiring and firing of workers and the rigidity of working hours. (...) ". Pour cela, ils construisent notamment un indicateur de rigidité de l'emploi.
Comment?
Explications :
The rigidity of employment index is the average of three subindices: a difficulty of hiring index, a rigidity of hours index and a difficulty of firing index. All the subindices have several components. And all take values between 0 and 100, with higher values indicating more rigid regulation.The difficulty of hiring index measures (i) whether term contracts can be used only for temporary tasks; (ii) the maximum cumulative duration of term contracts; and (iii) the ratio of the minimum wage for a trainee or first-time employee to the average value added per worker. A country is assigned a score of 1 if term contracts can be used only for temporary tasks and a score of 0 if they can be used for any task. A score of 1 is assigned if the maximum cumulative duration of term contracts is less than 3 years; 0.5 if it is between 3 and 5 years; and 0 if term contracts can last 5 years or more. Finally, a score of 1 is assigned if the ratio of the minimum wage to the average value added per worker is higher than 0.75; 0.67 for a ratio greater than 0.50 and less than or equal to 0.75; 0.33 for a ratio greater than 0.25 and less than or equal to 0.50; and 0 for a ratio less than or equal to 0.25.

En clair : si les entreprises peuvent embaucher en CDD pour n'importe quelle tâche, c'est bien, sinon, c'est mal. Si les CDD durent plus de 5 ans, c'est bien, sinon c'est mal. Si l'écart entre salaire minimum et productivité moyenne du travail est grand, c'est bien, sinon c'est mal... Inutile de vous dire qu'à ce petit jeu, la France est mal classée : 56 sur 175.

En oubliant que flexiblité des entreprises et flexibilité du travail ne riment pas nécessairement. Dans le cadre du modèle du toyotisme, par exemple, on assure aux salariés un contrat de long terme, on investit considérablement en formation, ce qui renforce la productivité et la polyvalence des salariés, et ce qui garantit une très bonne flexibilité à l'entreprise
(cf. cet autre post pour des développements). Avec des performances pas vraiment mauvaises paraît-il.
Je ne dis pas, bien sûr, qu'il faut mettre en place pour tous et partout des contrats à vie. Je dis que la flexibilité et la compétitivité des entreprises peut être atteinte par différents moyens, présupposer une one best way est pour le moins contestable lorsque l'on voit la diversité des solutions mises en oeuvre par des pays capitalistes de niveau de développement comparable.

Autre exemple, sur le thème des impôts qui pèsent sur les entreprises :
Doing Business records the tax that a medium-size company must pay or withhold in a given year, as well as measures of the administrative burden in paying taxes. Taxes are measured at all levels of government and include the profit or corporate income tax, social security contributions and labor taxes paid by the employer, property taxes, property transfer taxes, the dividend tax, the capital gains tax, the financial transactions tax, waste collection taxes and vehicle and road taxes.

Et bien sûr, vous l'aurez deviné, si les impôts sont élevés, c'est mal, s'ils sont faibles, c'est bien. En oubliant que les impôts, il paraît que ca alimente le budget des gouvernements et qu'ils donnent lieu, ensuite, à des dépenses publiques, dépenses qui, paraît-il (c'est peut-être une rumeur), permettent de renforcer la compétitivité des entreprises (dépenses d'éducation, de formation, de recherche, d'infrastructure, etc...).

Oui, mais ca, le rapport n'en parle pas. D'ailleurs, ils le reconnaissent :
Un classement élevé sur la facilité de conduire les affaires signifie qu'un gouvernement a su créer un environnement réglementaire favorable à la conduite d'une entreprise.  Cependant, ces classements à eux seuls ne permettent pas de comprendre l'ensemble de la situation.  Ils ne prennent pas en compte d'autres facteurs, tels que la qualité des services d'infrastructure, la proximité de marchés importants ou l'ordre public.

Là encore, je ne dit pas qu'il faut augmenter les impôts qui pèsent sur les entreprises, mais affirmer a priori qu'un taux d'impôt élevé est une mauvaise chose est absurde, tout dépend de  ce que l'on fait de l'impôt collecté.
Bon, je n'insiste pas plus, tout est dans la même veine...

Deux remarques complémentaires :
Le Monde reprend les conclusions du rapport dans un article daté du 7 septembre 2006, en titrant "La France améliore son attractivité mais reste encore très mal placée". Titre particulièrement stupide, puisque le rapport de la Banque Mondiale ne parle absolument pas d'attractivité des entreprises... La journaliste s'est mélangée les pinceaux, entre les conclusions du rapport, d'une part, et la critique faite par le gouvernement français, d'autre part :   Pascal Clément, Ministre de la justice, a en effet critiqué le rapport Doing Business en ces termes :
Considérer uniquement dix critères pour évaluer l'environnement des affaires, c'est insuffisant. Faire l'impasse sur le régime politique d'un pays, sa taille, la stabilité économique et ses infrastructures est une erreur profonde. Est-il réellement sérieux de mettre sur le même plan en termes économiques les îles Fidji et la Chine, le Kiribati et la France ? Les faits contredisent l'analyse de la Banque mondiale. La Chine est un grand pays, où le monde entier va, aujourd'hui, investir. A écouter Doing business, il ne faudrait pas y investir. De même, la France est le quatrième pays vers lequel se dirigent les investissements internationaux."

Assez d'accord avec cette critique ... mais avouez que c'est assez cocasse qu'un membre du gouvernement français, dont on ne peut pas dire qu'il vante l'attractivité française (tout fout le camp mon bon monsieur, les jeunes s'enfuient à Londres ou à New-York, les entreprises partent en Chine, etc...), et qui reprend à l'envie le thème de la lourdeur administrative, du manque de flexiblité du marché du travail (CNE, CPE, ...), des freins mis aux entreprises, etc... en vienne à changer de discours lorsqu'il se sent attaqué par une organisation internationale...

Deuxième remarque : l'étude de la Banque Mondiale n'est pas une simple petite étude vouée à disparaître au fond de je ne sais quel tiroir. Comme le rappelle Le Monde :
En dépit des critiques dont il fait l'objet, le rapport de l'IFC est devenu une référence pour de nombreux petits pays, qui l'érigent en objectif économique. En effet, le rapport a des conséquences concrètes. Pour l'obtention de prêts à taux zéro de l'International Development Association (IDA), le bras financier de la Banque mondiale, les pays les plus pauvres doivent prouver qu'ils ont fait des efforts significatifs dans le domaine de la facilitation des affaires.

Bref, encore un bel exemple de Benchmarking stupide dont les organisations internationales et les gouvernements sont de plus en plus friands.

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Politique
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Lundi 18 septembre 2006 1 18 09 2006 22:52
Ce week-end, je ne suis pas allé chez le médecin. Mais je suis allé à la déchetterie. Deux fois. A deux heures d’intervalles. Et à chaque fois, j’ai écouté France Info.

La première fois, j’ai appris qu’une personne d’une trentaine d’années venait de se faire arrêter pour avoir volé dans la région de Nantes quelques tonnes de plaques d’égoûts. Plaques qu’il revendait à un ferrailleur pour quelques centaines d’euros au total (un peu plus de 800€ de mémoire). A ce moment là, le journaliste s’est fendu d’une analyse vertigineuse, en tentant de relier la petite histoire des plaques d’égoûts à la grande histoire de la mondialisation : avec la croissance chinoise, et, donc, la flambée du prix des matières premières, notamment du cuivre et de la fonte, pas étonnant d’observer ce genre de comportements. Les voleurs ont de l'imagination.

Deux heures plus tard, donc, rebelote. re-déchetterie, re-France Info. Même début mais fin différente : le même journaliste (si ce n’était lui, c’était son frère) s’est fendu du laïus suivant (je mets des guillemets, l’idée était celle-là, mais la retranscription est très approximative) : "précisons que le prix de la fonte n’a rien d’exceptionnel, il n’a pas connu la flambée que l’on a observé par exemple pour le cuivre". Ils ont dû recevoir un coup de fil indigné du ferrailleur, chez France Info.

Bon, pour le reste, c’est assez rébarbatif, France Info. Par exemple, j’ai entendu environ vingt-cinq fois le journaliste nous parler de la « gauche anti-libérale ». Bon, que Buffet, Besancenot, Bové et consorts utilisent cette expression, soit. Mais que tous les journalistes la reprennent en cœur, c'est un peu plus surprenant. Personnellement, je les qualifierais plutôt de représentants de la gauche « anti-capitaliste », ce serait plus rigoureux. Et ce n’est pas la même chose.

Car s'il est un fait saillant que de trop nombreux observateurs négligent, c'est que le capitalisme se caractérise par sa diversité (Cf. l'ouvrage d'Amable que j'ai cité à plusieurs reprises, voir aussi ce que j'en dis dans les nouvelles géographies du capitalisme). Dès lors, plutôt que de le réduire à l'une de ses formes particulières (le capitalisme libéral, qui, soit dit en passant, relève plus d'un idéal type que d'un modèle en place, j'y reviendrais si besoin), on peut s'interroger sur les formes qu'il peut prendre, et sur celles vers lesquelles on voudrait tendre.

Dans cette perspective, deux liens récents méritent d'être signalés (c’est là où je voulais en venir depuis le début du billet...) :
* le premier sur Telos-Eu, est une contribution de Marc Fleurbaey et Guillaume Gaulier intitulée "Trois modèles de bien-être". En l’occurrence, un modèle anglo-saxon, un modèle nordique et un modèle latin. Tous capitalistes, tous différents.

* le deuxième : la chronique de Stiglitz dans Les Echos, intitulée "Pour une mondialisation réussie". Où l’on apprend sans surprise que Stiglitz n’est pas anti-mondialiste mais plutôt alter-mondialiste (il n'emploie pas le terme, c'est moi qui le dit). Mais, attention, un alter-mondialiste qu'on peut difficilement taxer d'anti-capitaliste. Alter-capitaliste, plutôt.

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Politique
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Mardi 19 septembre 2006 2 19 09 2006 10:38
J'ai posté un message sur Telos-Eu pour savoir si l'étude de Fleurbaey et Gaulier (trois modèles de bien-être) dont j'ai parlé dans mon précédent post était disponible. Marc Fleurbaey m'a indiqué qu'elle devait être disponible sur Telos-Eu mais qu'il y a eu un bug. Il me l'a transmise par mail, vous pouvez la télécharger en cliquant ici.
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Politique
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Jeudi 9 novembre 2006 4 09 11 2006 17:59
Information intéressante par rapport à la défaite des républicains, c'est moins l'Irak que l'état de l'économie qui a joué :

Pour plus de 80 % des électeurs, démocrates comme républicains, les questions économiques ont été « extrêmement » ou « très » importantes. L'Irak n'étant décrit dans les mêmes termes que par 60 % à 70 % des votants. (Les Echos)

Mais le plus intéressant n'est peut-être pas là, plutôt dans les commentaires surpris entendus à différentes reprises dans les médias français :

La pilule risque d'être difficile à avaler pour George Bush junior. Car, si le bilan économique de son père n'avait rien de flatteur, « W » peut, lui, revendiquer un quasi-sans-faute sur ce front. (même source)

Sans-faute pourquoi? car la croissance est forte et le chômage est faible. Sauf que, dans le même temps, la pauvreté explose (ce que ne manque pas de souligner, mais dans un second temps seulement, les commentateurs). Curieusement, donc, cette pauvreté n'empêche personne de parler d'économie florissante et de bilan flatteur. Comme si le creusement des inégalités et le développement de la pauvreté ne relevait pas d'une problématique économique. Il me semblait pourtant, et sans doute très bêtement, que l'objectif économique essentiel de tout pays était d'assurer à l'ensemble des habitants un niveau de vie élevé et si possible croissant.

C'est en tout cas une idée que semblent partager quelques économistes américains (des marginaux bien sûr) (document trouvé il y a quelque temps chez La Lettre Volée).

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Politique
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Vendredi 10 novembre 2006 5 10 11 2006 10:06
Nicolas Sarkozy a donc livré sa vision de la mondialisation dans une interview aux Echos du 10 novembre, puis dans son discours de Saint-Etienne le même jour.

Patchwork étonnant d’éléments de diagnostic et de propositions de Nicolas Sarkozy autour de la mondialisation. Résumer l’essentiel de son propos, comme je pensais le faire, est impossible. Il est selon les cas pro, alter ou anti-mondialiste. Il propose des mesures parfois libérales, parfois anti-libérales. Aucune cohérence, aucune hiérarchie dans les problèmes, aucun raisonnement à plus d’un coup.

Juste deux régularités.

La première consiste, en matière de diagnostic, à considérer que l’on est toujours dans un jeu opposant les bons et les méchants :

* les méchants français qui ne veulent rien faire, qui brûlent des bus, etc… et les gentils français qui bossent dur et voudraient travailler plus pour gagner plus, être moins imposés pour ne pas s’expatrier, etc…

* les méchants patrons voyous qui délocalisent, veulent faire monter les actions sur le Cac40 et les gentils chefs d’entreprise qui sont désespérés par les 35 heures,

* la gentille France et les méchants étrangers qui font du dumping fiscal/social (PVD), qui taxent les produits étrangers plus que leurs produits nationaux (US), qui profitent des subventions de l’UE (pays de l’Est)

* etc, etc…

La deuxième régularité consiste, sur cette base, à prendre ces pseudo-problèmes bien populistes un par un pour avancer une réponse qui a toutes les apparences de l’évidence, sans s’interroger sur les conséquences en chaîne des décisions prises, sur les interdépendances entre les différents problèmes, etc. Bref, la stratégie du hérisson de la fable, poussée à l’extrême.

Chez certaines personnes, le cerveau est un organe vestigial.

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Politique
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Samedi 11 novembre 2006 6 11 11 2006 07:41
Un autre énervement contre une proposition de gauche, cette fois : "il faut conditionner les aides à l'interdiction de délocaliser si les entreprises font des bénéfices" (cherchez l'auteur par exemple ici). Je ne reviens pas sur l’importance très relative des délocalisations (juste ceci : elles pèseraient 5% des emplois détruits dans l’UE à 15), sur leurs causes, leurs implications, etc,  vous trouverez ça en vous baladant sur ce blog. Juste deux problèmes « techniques ».

En creux de la proposition, on comprend en effet que si l’entreprise ne fait pas de bénéfice, pas de problème, elle pourra délocaliser. Ceci revient donc à dire :

i) attendons que l’entreprise ait bien la tête sous l’eau avant de l’autoriser à bouger,

ii) si une telle mesure est prise, les entreprises faisant des bénéfices feront très vite bouger leurs profits d’une entité à l’autre afin d’apparaître non rentable (un bon comptable suffit).

Comme le dit Salanié, il semble qu’en France « une entreprise doit simplement se maintenir à flot --aller au-delà est le signe de l'existence de rentes de monopole (version sophistiquée) ou d'avidité antisociale (version naïve) ».

Je l’ai dit pour Aubade et à d'autres occasions : cela ne signifie pas qu’il ne faille rien faire, mais évitons de dire, ou faire, n’importe quoi, s’il vous plaît…

Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Politique
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Mardi 14 novembre 2006 2 14 11 2006 05:58
Vu sur le site des Echos, dans la retranscription du chat de François Bayrou lundi 13 novembre :

Alain Cougard Merci de me préciser si, à vos yeux, la réduction de la dette de l'Etat passe par une amélioration drastique de la productivité et de la qualité des services rendus à la collectivité et aux citoyens ou par une redéfinition (à la baisse, bien sûr) des périmètres d'action de l'Etat. 

François_Bayrou Oui. 


Erreur de retranscription, ou problème de connexion neuronale ?
Par Olivier Bouba-Olga - Publié dans : Politique
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