Désindustrialisation?

La question de la désindustrialisation a resurgit dans le débat français. Discours dominant : l’industrie française déménage vers les pays à faible coût de main d’œuvre. Si la réduction des effectifs est indéniable (la France a vu disparaître en une trentaine d’années près de 2 millions d’emplois dans l’industrie) les déterminants de cette réduction ne sont pas ceux que l’on croît.

Premier point, environ 25 % de ces « destructions » correspond à un transfert vers les services aux entreprises : des activités préalablement réalisées en interne par les entreprises industrielles (nettoyage, restauration, logistique, gestion des paies, etc.) ont été externalisées auprès d’entreprises de services. Simple effet statistique, donc.

Deuxième point, les gains de productivité importants réalisés dans l’industrie ont conduit à un accroissement des richesses et donc des revenus distribués en France. Ces revenus ont été dépensés pour acheter prioritairement des services. Cet « effet demande » explique 30% des réductions d’effectifs dans l’industrie.

Troisième point, la mondialisation. L’estimation de son impact est plus difficile méthodologiquement, si bien que les chiffres oscillent entre 13 et 45% des réductions d’effectifs. Mais même en retenant le chiffre haut, on s’aperçoit que ce ne sont pas les pays à bas coût qui nous concurrencent (ils seraient au plus à l’origine de 17% des réductions), mais, pour l’essentiel, les pays développés.

Ces différentes évolutions mettent en lumière un enjeu essentiel, celui de la formation. Pour favoriser la mobilité des salariés entre secteurs, d’une part ; pour favoriser l’innovation, nerf de la guerre entre pays développés, d’autre part.