Arthuis récidive
J'ai reçu un petit mail avant-hier (venant d'ici) m'annonçant le passage de Jean Arthuis, dont j'ai dit le plus grand bien l'autre jour, à l'émission "du grain à moudre" de France Culture, émission titrée "Faut-il avoir peur des délocalisations?". Aux côtés d'Arthuis, le responsable d'Atoll et Agnès Benassy-Quéré du CEPII. J'ai bien aimé le début de l'émission : Brice Couturier puis Julie Clarini, journalistes à France Culture, ont passé environ 5 minutes (j'exagère à peine) à presenter Jean Arthuis, son livre, ses idées, ses fonctions, etc..., puis 10 secondes (je compte large) pour Agnès Benassy-Quéré... Ce serait sans importance si Brice Couturier n'avait laissé entendre à demi-mot, à plusieurs reprises, son sentiment tout à fait favorable aux thèses défendues par Jean Arthuis, mais passons, là n'est pas l'essentiel : Jean Arthuis a dit pas mal de bêtises. * En fin d'émission, il a vanté les mérites de la TVA sociale (minute 53 et suivantes) et tous les bienfaits qu'on devait en attendre pour la compétitivité de la France. Agnès Benassy-Quéré lui a bien dit que ça ne pouvait pas servir à renforcer la compétitivité-coût car on aurait logiquement derrière des hausses de salaires, mais c'est pas grave, il a persisté (pour une critique argumentée de la TVA sociale comme arme dans la compétitivité, voir Econoclaste).
* passage savoureux minute 26' : Agnès-Benassy-Quéré explique que la rationalisation du processus productif à l'échelle internationale fait gagner à chaque ménage environ 1000€ par an, qu'elle pense que cela pourrait être plus, et... Brice Couturier la coupe : "mais comment allez vous faire si personne ne travaille?". C'est qu'il a bien lu son Arthuis, le petit Brice! Arthuis enchaine en disant que le droit du travail en France empêche toute flexibilité, on ne peut donc rien faire...
* le sumum minute 28 :
"lorsque le gouvernement hier annonçait que les étrangers avaient beaucoup investis en France, le syndicaliste de base pouvait être tenté de dire mais, dans ces conditions, puisque le monde entier a investi chez nous, sans qu'on fit de différence entre l'investissement pour créer quelque chose et l'investissement qui n'est que de la reprise de biens existants, car dans tous ces investissements vous n'avez pas d'investissement créateur de quoi que ce soit! On rachète des entreprises pour tirer le jus, pour sortir des dividendes et faire des plus-values, mais on n'investit pas pour créer de la recherche, pour financer des investissements de volume, de création de richesse. On investit pour s'approprier des biens et en sortir la substance. On investit dans l'immobilier pour susciter de l'inflation des actifs qui donnent l'illusion de l'enrichissement alors que ce n'est en fait que de la spéculation!"
Démonstration évidente des propos d'Arthuis avec le rapport Ernst & Young sur l'attractivité de la France (j'avais parlé du rapport Europe il y quelques temps, je viens de trouver le rapport France via Egocognito) :
i) en 2005, la France a accueilli 538 projets d'investissement de l'étranger, juste derrière le Royaume-Uni (558) et loin devant l'Allemagne,
ii) dans 38% des cas, il s'agit de projets d'extension, dans 62% des cas de nouveaux projets
iii) ces projets ont permis de créer 20 497 emplois (avec une moyenne par projet plus faible qu'ailleurs, ce qui s'explique assez bien, je ne développe pas ici)
iv) 59,6% sont des projets relevant de secteurs tertiaires (ces projets tertiaires représentent 43,4% des emplois ) et 40,4% sont des projets industriels (56,6% des emplois)
v) la France est la première terre d'accueil des unités de production et des projets logistiques, et la deuxième terre d'accueil des centres de R&D,
vi) les 10 premiers secteurs sont Logiciels, Services aux entreprises, Electronique, Equipement industriel, Automobile, Logistique, Agro-alimentaire, chimie, plasturgie, Equipement de transport.
Que de l'investissement dans l'immobilier, je vous dis! Pas de création de richesses et d'emplois, rien... Bon, y serait pas délocalisable en Chine, Jean?
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