Temps de travail et temps personnel
L'institut pour la ville en mouvement et Liaisons Sociales ont réalisé une enquête auprès des entreprises (plus précisément auprès de chefs d'entreprise ou directeur d'organisme, DRH ou personnes service RH, autres chefs de services, représentants du personnels) sur les problèmes rencontrés par les salariés en termes de gestion de la vie quotidienne, problèmes qui se développent suite, d'une part, à l'allongement des distances domicile-travail et, d'autre part, à la mise en oeuvre d'horaires atypiques dans les entreprises. 20% des entreprises interrogées sont publiques, 80% privées ; 53% sont en Ile de France, le reste en province ; 40% relèvent du secteur services aux entreprises, 30% dans le secteur de la production, 20% dans les services publics aux particuliers, 12% dans les services marchands ; 50% des entreprises sont de plus de 250 salariés, 25% moins de 50, 25% entre 50 et 250. En voici les principaux résultats.
Sur l'organisation du travail, 70% des entreprises pratiquent au moins une modalité d'horaires atypiques. Par exemple : 21% le travail le week-end, 16% le travail de nuit, 22% le travail par roulement d'équipe, 16% les horaires décalés, 5% des journées de travail avec grande coupure, 14% des planning changeant à la journée ou à la semaine.
Sur les problèmes engendrés, 91% déclarent que les personnels rencontrent des difficultés en matière de déplacement de travail, 87% des difficultés de logement, 87% des difficultés de garde d'enfants. Les personnes interrogées déclarent avoir eu des difficultés de recrutement, turn-over ou absentéisme en raison des problèmes de déplacement vers le travail (53%), de logement (38%), de garde d'enfants (51%).
Les entreprises publiques et les grandes entreprises rencontrent plus de difficulté, ce que les auteurs de l'étude expliquent, côté entreprises publiques, par une sensibilité plus grande aux conditions de travail de leurs personnels (car syndicalisation plus forte, problématique petits salaires plus fréquente, rythme de travail souvent désynchronisés) et, côté grandes entreprises, par une pratique plus fréquente des horaires atypiques et par une capacité supérieure de repérage des problèmes.
Face à ces difficultés, 50% des personnes déclarent intervenir dans l'aide au déplacement (première forme : adaptation des horaires des personnes concernées pour 35%), l'aide au logement (première forme : cautionnement du dossier du locataire ou de l'accédant à la propriété et démarchage par l'entreprise de l'agence immobilière pour 22%) et dans le domaine de la garde d'enfant (première forme : adaptation des horaires de travail des personnes concernées pour 34%).
Les entreprises sont prêtes à agir dans le domaine, mais pas seules ; elles attendent une action des pouvoirs publics pour les y aider. Seules 7% des personnes considèrent que les problèmes de transport ne sont pas du ressort de l'employeur. La proportion monte à 23% sur les deux autres sujets (logement et garde d'enfants).
En complément, vous avez ici le programme du séminaire associé, et là des articles à télécharger. Eric Le Breton, sociologue de Rennes II, explique notamment que ces problèmes sont à l'origine des tensions offre/demande observées sur le marché du travail, à côté des problèmes de formation, d'image des métiers ou de gestion prévisionnelle des emplois. Sujet passionnant et sous-médiatisé, qui risque d'aller croissant (ne serait-ce qu'avec l'extension du travail le dimanche), et qui appelle des politiques locales (de logement, de transport, en termes de services à la personne, ...) innovantes.