Big is beautiful?

La commission Juppé-Rocard sur le grand emprunt propose à l’Etat d’investir 35 milliards d’euros, dont 16 milliards pour l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation. On ne peut que s’en réjouir : ce sont de véritables moteurs de la croissance de long terme. Sur ces 16 milliards, 10 seraient dédiés à « la transformation d’un nombre limité (5 à 10) de groupements d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche en institutions pluridisciplinaires de dimension et de réputation mondiales ».

On se réjouit beaucoup moins… Pourquoi ? Car cette volonté de concentrer l’effort sur quelques grands pôles est justifiée par la mauvaise place des universités françaises dans le classement de Shangaï, classement fortement critiqué car non révélateur de la qualité de la recherche. Pour preuve : le rang de la France dans la recherche mondiale est conforme à son rang dans le PIB mondial, mais comme la recherche est plus éclatée qu'ailleurs, l'évaluation par établissement est moins bonne. Au lieu de s'interroger sur les moyens d'améliorer la qualité de la recherche, on se préoccupe des moyens de monter dans un classement mal fait.

Croire que plus on est grand, meilleur on est, est tout sauf exact. Il existe certes une taille minimale permettant de couvrir les coûts fixes (bâtiments, machines, documentation, …), mais au-delà, les performances semblent peu liées à la taille. Illustration : Poitou-Charentes est une petite région en matière de recherche (2,8% de la population française et seulement 1,3% des chercheurs publics), mais le nombre de publications par chercheur est une fois et demie plus élevé que la moyenne. L’Ile de France est dans la situation inverse : plus de chercheurs, mais des performances plus faibles. Et pourtant, à votre avis, ils seront où les établissements retenus ?