Payé pour aller en classe!

L’académie de Créteil a décidé de récompenser les classes présentant le plus faible taux d’absentéisme, en versant une somme d’argent, pouvant aller de 2 000€ à 10 000€, à utiliser dans le cadre d’un projet pédagogique.  Les médias se sont déchaînés, en posant souvent le problème sous une forme morale : est-ce bien ou mal ? On peut aussi s’interroger, en dehors de toute considération morale, sur son (in)efficacité attendue.

Première idée, si un individu adopte un comportement donné, c’est soit parce qu’il le juge bon, soit parce qu’il est incité (ici financièrement) à l’adopter. On a longtemps cru que ces deux motivations s’ajoutaient, mais ce n’est pas toujours le cas : en rémunérant le don du sang, par exemple, on peut observer une baisse du nombre de donneurs.  Rémunérer l’assiduité pourrait donc en décourager certains.

Deuxième idée, pour verser une récompense, il faut se doter d’indicateurs de performance. Or, on attend des élèves différentes choses : assiduité, effort, créativité, etc. Certaines (l’assiduité) sont faciles à évaluer, d’autres (l’effort fourni) beaucoup plus difficiles. Les acteurs concernés, comprenant vite cela, vont se contenter d’atteindre les objectifs pour les tâches mesurables et délaisser les autres.

Dernière idée, pour que l’opération réussisse, il faut que la plupart des élèves de la classe jouent le jeu. On est alors confronté à un problème de passager clandestin : si tous jouent le jeu sauf moi, l’objectif est atteint. Mais si tous se disent cela, personne ne joue le jeu.

Cela condamne-t-il l’opération ? Pas nécessairement dira le chercheur : il s’agit d’une expérimentation, testée dans quelques classes, qui pourrait justement permettre d’y voir plus clair entre ces différents effets et d’autres plus positifs.