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A force de travailler sur les délocalisations et les relocalisations, forcément, je suis moi-même victime du processus... Je me délocalise...
Enfin quand je dis "je", il ne s'agit que de mon blog. L'Université de Poitiers a en effet décidé de promouvoir ce mode de communication, 11 blogs peuvent d'ores et déjà être consultés ici.
S'agissant de mon blog : l'ensemble de mes billets ont migré. Je vais sans doute profiter de cette délocalisation pour améliorer certaines choses. WordPress permet par exemple d'introduire un système de mots-clés, ce qui n'est pas mal. En consultant les commentaires d'un billet, vous avez également accès à des billets "proches" sélectionnés par l'ordinateur. En bas à droite, vous pouvez vous abonner aux flux RSS des billets ou des commentaires.
Je continuerai à signaler mes billets ici, sur Facebbok et sur Twitter. N'hésitez pas à poster sur mon nouveau blog toute remarque ou suggestion que vous jugerez utile. Nouvelle adresse :
http://blogs.univ-poitiers.fr/o-bouba-olga/
A consommer/diffuser sans modération!
Nombreuses sollicitations ces derniers temps sur le thème des relocalisations et du Made in France (France Info, Tf1, Terra Eco, La Nouvelle République, Points de Vente (à venir), etc.). Est-ce à dire qu’on assiste à une vague de relocalisations ? Que nenni, juste une vague d’articles.
Je me dis qu’il faudrait que je creuse la théorie d’Harrison White sur le fonctionnement des marchés. De ce que j’en ai compris, il montre que les marchés ne doivent pas être analysés comme la confrontation d’une offre (par les producteurs) et d’une demande (par les acheteurs) car les producteurs ne peuvent pas savoir ce que veulent les acheteurs. Un producteur ne connaît les acheteurs qu’au travers de ce qu’il leur vend et de ce que vendent les autres producteurs. Les producteurs passent donc leur temps à se regarder les uns les autres, leur objectif étant de conserver leur position dans la structure de marché, cas particulier de structure sociale.
Application au monde des médias : les journalistes ne s’interrogent pas sur la demande d’information de leurs lecteurs et sur l’information qu’il serait utile de leur fournir ; ils se contentent de s’observer les uns les autres, de traiter les mêmes sujets à leur façon, afin de conserver leur position dans la structure des médias. Bon, à creuser...
Je suis mauvaise langue : le Figaro vient en effet de publier l'article sur les relocalisations, sous la plume de Marie Bartnik.
Le Figaro m'a interviewé il y a un mois au sujet des relocalisations d'entreprises. L'article n'a finalement pas été publié, pour je ne sais quelle raison (plusieurs hypothèses possibles). Je poste malgré tout ce petit billet avec quelques éléments mobilisés alors.
Sur l'aspect quantitatif, je me suis appuyé pour l'interview sur les résultats de l'exploitation de la base de données de l'Observatoire de l'Investissement, exploitation qui a donné lieu à la rédaction d'un article (Délocalisations et désinvestissements : une analyse empirique des régions« à risque ») co-écrit avec Liliane Bonnal, collègue Poitevine.
A partir de ces données, nous montrons dans un premier temps que les opérations de délocalisation et de relocalisation pèsent très peu dans l’ensemble, que ce soit en nombre d’opérations ou en nombre d’emplois concernés (les délocalisations représentent 2,7% des opérations de désinvestissement, les relocalisations 0,3% de l'ensemble des opérations d'investissement...). Nous nous focalisons donc dans un deuxième temps sur l’ensemble des opérations d’investissement et de désinvestissement, en estimant un modèle économétrique qui explique la probabilité d’observer un investissement ou un désinvestissement, ainsi que la probabilité d’observer différentes catégories d’investissement (création de site et extension de site) et de désinvestissement (menace, réduction d’effectifs, fermeture de site).
Nous identifions notamment 5 régions "à risque", c’est-à-dire des régions qui influent négativement sur la probabilité d’investir
plutôt que de désinvestir. C’est d’abord la région Poitou-Charentes, avec un effet marginal de -19,7%, suivie de la région Champagne Ardennes (-9,9%), de la région Centre (-8,5%), de la Picardie
(-7,1%) et de l’Ile de France (-6,5%). Provence-Alpes-Côte d’Azur est la seule région qui influe positivement sur la probabilité d’investissement, avec un effet marginal comparativement modéré
(+5,6%).
[Mise à jour en fin de billet avec la déclaration remarquable de Laurent Wauquiez]
C'est le titre du Parisien/Aujourd'hui en France du 11 juillet 2010, et c'est ce que voudrait le gouvernement. Gouvernement qui hésite entre taxation des entreprises faisant appel à des entreprises ayant délocalisé, primes à ceux qui ne délocalisent pas, mise en place d'un code de bonne conduite des entreprises qui ne délocalisent pas ou encore publication de la liste des mauvais élèves. Bref, une bonne petite politique protectionniste aux effets pervers évidents, largement innapplicable, destinée sans doute à surfer sur les peurs des citoyens vis-à-vis de la mondialisation.
Dans le dossier consacré au sujet, deux passages m'ont intrigué : "La « relation clientèle » occupe près de 250000 emplois dans l’Hexagone, dont un quart chez des prestataires externes (...). Un chiffre qui ne décolle pas depuis 2004, malgré les promesses de la profession." Plus loin : "En 2005, Jean-Louis Borloo a de son côté créé un label de responsabilité sociale. Récemment, un « accord de développement de l’emploi et des compétences » a été signé le 28 juillet 2009 entre le secrétariat d’Etat à l’Emploi, la profession et les organisations syndicales. Son objectif : revaloriser les métiers, favoriser les carrières, la formation, et atteindre la création de 50000 emplois grâce à un budget global de 20 M€ dont 7 millions à la charge de l’Etat. On attend toujours les emplois…"
Je suis donc parti à la recherche des effectifs du secteur Centre d'appels (qui ne comptabilise que les emplois externalisés) sur le site Unistatis, pour la période 2004-2008, histoire de voir si, effectivement, on a un arrêt des créations d'emplois dans ce secteur depuis 2004. Résultat :
| Année | Centre d'Appels |
| 2004 | 22706 |
| 2005 | 26899 |
| 2006 | 28603 |
| 2007 | 34403 |
| 2008 | 36352 |
Résultat : entre 2004 et 2008, les effectifs de ce secteur ont augmenté de 60%. Je ne pense pas que beaucoup de secteurs aient connu une telle évolution sur la période...
Edit 12/07 - 14h30 : je découvre (merci à Jacques Belbenoit-Avich pour l'info) les propos de Laurent Wauquiez repris dans Le Monde :"Il y a cinq ans, [Jean-Louis] Borloo avait passé un accord avec le secteur des centres d'appels, [qui] s'était engagé à créer cent mille emplois. Ils en ont créé combien ? Aucun"
Incompétence ou mensonge?
A chaque fois que des journalistes m’interrogent au sujet des relocalisations, une question les taraude : combien d’opérations de relocalisation ont eu lieu ? Combien d’emplois créés suite à ces opérations ? A chaque fois, je réponds qu’on dispose de trop peu de données et je cite une étude allemande, toujours la même, qui montre que 5% des entreprises interrogées ont relocalisées et 29% ont délocalisés. Le problème est qu’il s’agit d’une étude sur un sous-ensemble de secteurs industriels, dans un pays donné (les chiffres sur les autres pays sont à prendre avec précaution car les échantillons sont de très petite taille), à une date donnée, rien ne dit qu’ils soient généralisables.
Ce chiffre de 5% de relocalisation pour l’Allemagne (1417 entreprises interrogées) et de 15% pour la France (attention : 72 entreprises interrogées) explique sans doute qu’on lise un peu partout qu’entre 1 entreprise sur 10 et une entreprise sur 20 ont relocalisé (j’ai dit ça parfois dans les médias, El Mouhoud Mouhoub aussi, en s’appuyant sur la même étude je suppose).
Je viens cependant de recevoir un document du cabinet Trendéo, qui a mis en place un observatoire de l’investissement en France, à partir duquel de nouveaux petits calculs sont possibles. Les chiffres sont à prendre avec précaution : ils ne prétendent pas à l’exhaustivité et reposent sur un suivi des médias, qui laisse sans doute de côté pas mal d’opérations. Les limites de leur méthode sont assez bien résumées dans le document, sans doute pourra-t-on mesurer un peu plus tard le décalage entre leurs chiffres et les chiffres de l’Insee par exemple Mais bon, cette base a le mérite d’exister et permet de disposer d’informations récentes sur les opérations d’investissement et de désinvestissement réalisées en France.
Je me concentre ici sur les chiffres 2009 sur les délocalisations/relocalisations (page 9 du document), combinés avec les chiffres sur l’ensemble des opérations d’investissement et de désinvestissement recensées par Trendéo (page 8). Voilà ce qu’on obtient :
|
opérations |
emplois |
|
|
total désinvestissements |
2496 |
273473 |
|
Délocalisations |
99 |
10499 |
|
total investissements |
2340 |
151410 |
|
Relocalisations |
12 |
451 |
|
délocalisations/désinvestissements |
4,0% |
3,8% |
|
relocalisations/investissements |
0,5% |
0,3% |
|
relocalisations/délocalisations |
12,1% |
4,3% |
Source des données : Trendéo, chiffres 2009
Plusieurs constats : i) les délocalisations pèsent peu, beaucoup moins qu’on l’imagine, 4% du total des opérations de désinvestissement et 3,8% des emplois détruits suite à ces désinvestissements, ii) les relocalisation pèsent encore moins, 0,5% des opérations d’investissement et 0,3% des emplois créés, iii) le ratio relocalisations/délocalisations n’est cependant pas totalement négligeable puisque, en gros, on observe 1 opération de relocalisation pour 10 opérations de délocalisation et 1 emploi créé suite à une relocalisation pour 20 emplois détruits suite à une délocalisation.
Comme déjà dit ici à de multiples reprises : les délocalisations et les relocalisations sont des phénomènes macro-économiquement marginaux. Se focaliser sur elles détourne l’attention des problèmes plus importants à régler. Pas seulement l’attention, d’ailleurs, quand on sait que le gouvernement souhaite allouer 200 millions d’euros à la prime à la relocalisation…
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