Lundi 11 septembre 2006
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2006
15:00
C'est la rentrée à la Faculté de Sciences Economiques de Poitiers, pour les 1ères années jeudi dernier (7 septembre), et aujourd'hui 11 septembre pour les autres années (information importante pour ceux qui pensent encore, peut-être, que l'année universitaire commence en novembre...)
Ce matin, j'ai démarré avec les 3ème années de la Licence d'Economie Appliquée. La réunion de rentrée a été l'occasion de présenter aux étudiants un travail d'enquête qu'ils doivent réaliser par groupes de 4 : définition d'une problématique, rédaction d'un questionnaire, production des résultats statistiques sous Spad, analyse et interprétation des résultats. Ce travail doit faire l'objet d'une restitution écrite sous forme de dossier et d'une restitution orale - utilisation impérative d'un diaporama (Information importante pour ceux qui pensent encore, peut-être, qu'à l'Université on ne fait que de l'abstraction pure...)
Le choix du sujet est libre. J'ai cependant suggéré une ou deux idées (je ne sais pas si elles trouveront preneurs), notamment l'une portant sur le profil des lecteurs de blogs d'économie. Si un groupe est intéressé, je vous en reparlerais, puisque le questionnaire serait transmis via mon blog. Si certains économistes bloggeurs sont intéressés (econoclaste? ceteris paribus? leconomiste? etc...), n'hésitez pas à me contacter par mail ou via un commentaire, on pourrait échanger sur la définition du questionnaire par exemple. Autre suggestion formulée : enquête sur les connaissances en économie soit auprès d'étudiants de différentes filières, soit auprès d'une population plus large. En évitant les travers de l'enquête du Codice dénoncés par Econoclaste...
Enfin, premier cours de Stratégies de localisation, avec présentation de faits stylisés relatifs à l'ampleur et l'évolution des disparités spatiales et la tendance à l'agglomération des activités économiques. Et ce à différentes échelles spatiales : Monde (via gapminder, dont j'ai déjà parlé ici), Europe (statistiques Eurostat) et France (statistiques Insee).
Juste un résultat ici : les disparités régionales dans l'Europe à 25, mesurées par le PIB par habitant des régions en 2003 (source Eurostat, voir ce document pour la liste complète) :
Sans surprise, les 10 régions les plus "riches" sont en Europe de l'Ouest, les 10 régions les plus "pauvres" dans les Pays d'Europe Centrale et Orientale. Le rapport entre la région la plus riche (Inner London, UK) et la région la plus pauvre (Lubelskie, Pologne) est d'environ 8,5 pour 1. Pour se donner un ordre de grandeur, le rapport du PIB/H des Etats-Unis et de la Chine est de 7/1. Il y a donc quelque chose qui ressemble à un problème régional en Europe...
Autre résultat important, insuffisamment pris en compte dans la réflexion, y compris des économistes : la tendance à la convergence des PIB par habitant des pays de l'UE à 25, d'un côté, et au maintien, voire à l'accroissement, des disparités entre régions, toujours en termes de PIB par habitant, d'autre part. Bref, un double processus de convergence et d'agglomération, coeur du problème que doit traiter l'économie spatiale (voir ce document de travail de Geppert et al. (2005) pour des précisions sur les méthodes statistiques mobilisables et les résultats obtenus pour l'UE25).
Par Olivier Bouba-Olga
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Vendredi 5 janvier 2007
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2007
16:48
Petite pause dans la correction de copies. J'en profite pour poser une devinette accompagnée d'un devoir de rentrée (niveau facile, voire débutant).
Un chef d'entreprise a décidé de payer ses salariés deux fois et demi le salaire moyen en vigueur à l'époque. Plus tard, il a déclaré :
[cette décision a été] l'une des meilleures mesures de réduction des coûts que nous ayons jamais prises"
Devinette : qui a dit cela?
Devoir de rentrée : comment expliquer le paradoxe apparent entre augmentation des salaires et réduction des coûts?
Indication : non, ce n'est pas René Obermann, le nouveau P-DG du groupe Deutsche Telekom, qui vient de déclarer :
"Notre société offre en comparaison à d'autres entreprises du secteur toujours des conditions de travail confortables et de bons salaires. (...) Pour être franc, cela ne pourra pas rester comme cela, parce que nous devons urgemment baisser nos coûts, malheureusement aussi nos coûts de personnel"
Les étudiants de la fac de Poitiers, leur famille et leurs proches, n'ont pas le droit de jouer.
Par Olivier Bouba-Olga
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Samedi 6 janvier 2007
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2007
14:00
Bravo à leconomiste, premier à avoir proposé Henry Ford. Mention spéciale à c.f. pour avoir développé les explications. Extrait du texte dans lequel j'ai pioché le sujet :
"En 1914, la Ford Motor Company a décidé de payer à l’avenir ses travailleurs $5 par jour. Comme le salaire généralement en vigueur à l’époque était compris entre $2 et $3 par jour, le salaire payé par Ford était bien au delà du niveau d’équilibre. Longues étaient donc les files de travailleurs attendant devant les grilles de l’usine Ford d’y être engagés pour gagner ce salaire élevé.
Quelle était la motivation de Henry Ford ? Celui-ci l’a énoncé comme suit : « Nous souhaitions payer ce salaire pour que l’entreprise ait des bases solides. Nous travaillions pour le futur. Toute entreprise qui paie des bas salaires est précaire... Le paiement de $5 par jour pour une journée de 8 heures est l’une des meilleures mesures de réduction des coûts que nous ayons jamais prises ».
Du point de vue de la théorie économique traditionnelle, l’explication de Ford est singulière puisqu’il suggère que des salaires élevés sont synonymes de coûts réduits."
(D’après G. Mankiw, 1999, Macroéconomie, De Boeck Université, p. 150)
Pour comprendre le lien salaire élevé / coût réduit, il convient d'introduire la notion de productivité. J'en ai parlé à plusieurs reprises s'agissant des délocalisations, ce qui intéresse l'entreprise, ce n'est pas le coût du travail, mais le coût salarial unitaire, rapport entre le coût du travail et sa productivité. L'accroissement des salaires peut dès lors se traduire par une baisse des coûts s'il s'accompagne d'un accroissement plus important de la productivité du travail.
En proposant des salaires deux fois et demi supérieurs au salaire moyen en vigueur, Ford s'attirait les meilleurs salariés, et s'assurait de leur motivation. On note au passage que la relation salaire (w) - productivité du travail (y) est en quelque sorte inversée : ce n'est plus le niveau de productivité qui définit le niveau des salaires (w=f(y)), c'est le niveau des salaires qui définit le niveau de productivité (y=f(w)).
Pour information, j'ai donné ce sujet aux étudiants de Licence 2ème année de la Faculté de Sciences Economiques de Poitiers (dans le cadre du cours Economie de l'entreprise), sachant qu'ils devaient le traiter en mobilisant la théorie de l'agence (cf. L'economie de l'entreprise, chapitre 1 ; voir aussi pour une introduction ici). Dans ce cadre, l'accroissement des salaires peut être vu comme un mécanisme d'incitation permettant d'éviter les problèmes de sélection adverse (les meilleurs candidats se présentent et se signalent) et les problèmes d'aléa moral (les salariés fournissent l'effort maximal, acceptent les conditions de travail difficiles, ne font pas grève, peu de turn-over, etc.).
Par Olivier Bouba-Olga
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Lundi 5 mars 2007
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2007
10:53
Trois petites questions toutes bêtes :
1. si la probabilité de tomber malade est de 10%, à combien de malades doit-on s'attendre dans une population de 1 000 individus?
2. Si 5 personnes se partagent le gros lot du loto, et que ce gros lot est de 2 millions d'euros, combien chaque personne touchera-t-elle?
3. Supposons que vous ayez 200€ sur un compte épargne. Le taux d'intérêt est de 10% par an. De quelle somme disposerez-vous dans 2 ans?
Ces questions ont été posées à 1700 jeunes quinquagénaires. 80% ont répondu juste à la première question, moins de la moitié à la deuxième et 18% à la troisième. Sachant que la troisième n'a été posée qu'à ceux ayant répondu juste à l'une des deux premières questions.
J'ai trouvé ça sur le blog de Bernard Salanié, qui commente les résultats dans la foulée et donne les liens vers les articles. N'allez voir qu'après avoir répondu aux questions!
Enseignants d'économie en lycée, n'hésitez pas à soumettre ça aux lycéens, histoire de bien vérifier que le niveau baisse...
Par Olivier Bouba-Olga
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Mercredi 23 mai 2007
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2007
08:30
Par Olivier Bouba-Olga
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Samedi 1 septembre 2007
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2007
08:42
L'autre jour, nous avons vu que l'argumentation de Xavier Darcos sur la filière ES ne
résistait pas à l'épreuve des statistiques. Hier, notre ministre, lors d'un chat sur Le Monde.fr,
a lui même utilisé des statistiques. Pour le moment, c'est un peu laborieux et peu convaincant... Extrait du chat :
jeremi : Comment pouvez-vous dire que la filière ES n'a que des débouchés incertains alors que les titulaires du bac ES réussissent
plutôt bien dans l'enseignement supérieur ? Est-ce une attaque cachée envers notre président, titulaire d'un bac B, l'ancien bac ES ?
Xavier Darcos : Je n'ai évidemment pas le moindre projet hostile vis-à-vis de la filière ES.
Je sais cependant que seuls 6 % de ces bacheliers accèdent aux classes préparatoires et que 68 % d'entre eux vont vers l'enseignement du droit ou de la
gestion. Je sais aussi que ce sont dans ces filières de l'enseignement supérieur, comme dans les sciences humaines, que les déperditions sont importantes
Bon, je me concentre sur les inexactitudes :
"seuls 6% de ces bacheliers accèdent aux classes préparatoires" : Exact ! (5,9% en fait). En revanche, ils sont 12,4% à aller en Grandes Ecoles d'après les statistiques du ministère (voir le 2ème tableau ici). Mais au-delà : On dirait que notre Ministre sous-entend par ce chiffre qu'en dehors des classes prépas et des Grandes Ecoles, point de salut... Me trompe-je?
Intéressant, je trouve, je pense que les Présidents d'Université apprécieront...
"68% d'entre eux vont vers l'enseignement du droit ou de la gestion" : Faux, très faux ! Ils sont 15% en Droit. Quant à la gestion, il n'y a pas de
filière longue juste après le bac... Peut-être voulait-il dire économie ? Ils sont 8,5% à aller en Fac d'économie, ajoutons la filière Administration Economique et Sociale (8%), on obtient au
total 31,5%. Je ne sais pas d'où viennent ces 68%...
"Je sais aussi que ce sont dans ces filières de l'enseignement supérieur, comme dans les sciences humaines, que les déperditions sont importantes" :
Ca veut dire quoi "déperditions importantes?". S'il s'agit des débouchés, droit, éco et gestion en offrent de nombreux. S'il s'agit du taux d'échec, oui, on sait qu'il est important à
l'Université, y compris dans ces filières, mais il ne touche pas plus les élèves ES que les autres, voire moins, comme déjà dit dans mon billet précédent (sur la base des statistiques ministère présentées ici).
Bon, mais heureusement, pas de souci à se faire, Darcos n'a "évidemment pas le moindre projet hostile vis-à-vis de la filière ES"...
Par Olivier Bouba-Olga
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Vendredi 7 septembre 2007
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2007
06:00
L'autre jour, Xavier Darcos expliquait que la filière ES n’offrait pas de débouchés. On a vu, statistiques du Ministère de l’Education Nationale à l’appui, que cette affirmation était totalement erronée. C’est à une autre idée
récurrente que je m’attaque aujourd’hui, après avoir lu le rapport de l’Association Positive
Entreprise, dirigé par Thibault Lanxade, et titré « l’entreprise dans les programmes scolaires » et sous-titré « les Sciences Economiques et Sociales au programme de
seconde ».
Pourquoi discuter du rapport de cette association peu connue, me direz-vous ? Car le point de vue défendu est assez
représentatif des positions des dirigeants d'entreprise, me semble-t-il, mais aussi parce que cette association organise le 10 décembre 2007 un colloque au Sénat placé sous "le haut patronage du
Président de la Commission des Affaires Économiques, Monsieur le Sénateur Jean-Paul Émorine" (voir ici). Le rapport a également fait l’objet d’un article dans 20 minutes le 31 août dernier, et de quelques reprises
ici où là.
La thèse défendue est la suivante : les jeunes n’aiment pas l’entreprise à cause de l’école et plus précisément en raison du contenu des manuels scolaires d’économie de seconde, qui
véhiculent « une image pessimiste, incomplète, réductrice et idéologiquement orientée de l’entreprise ». Pour pallier ce problème, Thibault Lanxade propose d’intégrer « des chefs
d’entreprise dans la commission des programmes scolaires », afin de « réactualiser les données des manuels scolaires et [de] proposer une vision objective et positive
du monde de l’entreprise » (je grasse).
Il y aurait plusieurs choses à examiner pour évaluer la validité des propos de Thibault Lanxade : i) peut-on dire véritablement que les jeunes n’aiment pas l’entreprise ? ii) ce
« désamour » est-il le produit de l’enseignement de SES au lycée ? iii) l’analyse des manuels de SES proposée par Positive Entreprise, et les conclusions qu’en tire l’association,
sont-elles recevables ? iv) la proposition d’intégrer les chefs d’entreprise dans la commission des programmes scolaires est-elle une bonne solution ? etc.
Je me concentre ici sur le point 2, je reviendrai sur les autres dans les prochains épisodes. A supposer que les jeunes n’aiment pas l’entreprise, peut-on dire que ce « désamour »
résulte du contenu de l’enseignement de SES ? En fait non, en dehors même de tout examen du contenu des manuels, pour une raison très simple : la grande majorité des
jeunes ne suivent pas l’option SES de seconde…
Démonstration :
A la rentrée 2006, selon les chiffres du Ministère,
522 801 élèves sont entrés en seconde générale et technologique, 214 199 en seconde professionnelle, 50 456 en première année de CAP en 2 ans et 151 en première année de CAP en 3
ans. Il y a donc au total 787 607 élèves, ceux entrant en seconde générale et technologique représentent 66,4% de l’ensemble. Sur ces élèves, tous ne
choisissent pas l’option SES. Ils sont en fait 225 213 à faire ce choix, et 297 588 à faire un autre choix. C’est donc 43% des élèves de seconde générale et technologique qui suivent
l’enseignement de SES.
Sur la base de ces chiffres, il s’avère donc que seuls 66,4%*43,1% des élèves suivent l’enseignement de SES, soit 28,6% et donc, vous l'aurez deviné, 71,4% des élèves ne suivent
pas un tel enseignement. Affirmer que l’enseignement de SES est une des causes principales du désamour des jeunes pour l’entreprise est donc erroné. Au mieux, sous réserve de validation
des autres points, il peut participer au désamour de moins du tiers d’entre eux (plus près du quart que du tiers, d'ailleurs).
Par Olivier Bouba-Olga
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Samedi 8 septembre 2007
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09
2007
08:24
Dans le
Figaro, Darcos appelle les lycéens à s'inscrire en section littéraire, pourquoi pas, mais en s'en prenant au passage la filière ES, toujours sur la base de faux arguments
:
XAVIER DARCOS n'en démord pas : il faut dissuader les bataillons de lycéens qui s'engouffrent dans la filière économie et social aux débouchés
incertains et revaloriser la filière littéraire. C'est à ce double objectif, entre autres, que répondra la réforme des lycées qu'il prépare pour 2008.
Plus loin :
Dans le collimateur du ministre : la section ES (économique et sociale), de plus en plus prisée par les lycéens. Il a de nouveau déploré le manque de
débouchés de cette filière, précisant qu'elle permet à très peu d'élèves de s'inscrire « dans les filières d'excellence ». La plupart des bacheliers ES s'engagent dans les
facultés de droit ou de sciences humaines, où « nous avons les plus grandes difficultés à les intégrer ».
Le véritable problème est sans doute celui là : "En quinze ans, la filière ES n'a cessé de concurrencer la section littéraire : les effectifs
de L ont baissé de 28 % quand ceux d'ES augmentaient de 18 %, et ceux de S de 4 %."
Est-ce une raison pour raconter n'importe quoi ? Serait-il possible que les journalistes fassent leur boulot, en indiquant à leurs lecteurs que les déclarations du ministre sur les débouchés des
ES sont fausses (Cf. ce billet et celui-ci) ?
Par Olivier Bouba-Olga
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Mercredi 12 septembre 2007
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2007
13:48
Débat sur France Info entre Sylvain David, Président de l'APSES, et Pascale-Marie Deschamps, rédactrice en chef
adjointe d'Enjeux - Les Echos. Vous pouvez l'écouter en cliquant ici.
Enfin, débat, si l'on peut dire, puisque l'un et l'autre dénoncent les propos de Darcos sur les débouchés de la filière ES, et tous les deux attendent que le Ministre développe un peu son
argumentation ou ses arrières pensées. Sur la fin de l'interview, la question de l'orientation idéologique du contenu des manuels de SES est évoquée, Pascale-Marie Deschamps considérant que le
débat autour de ce contenu relève sans doute d'un "combat d'arrière-garde".
add 13/09 : voir aussi cet article du Monde.
Par Olivier Bouba-Olga
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Vendredi 14 septembre 2007
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2007
06:35
Résumé de l’épisode
précédent
L’Association Positive entreprise considère que les jeunes n’aiment pas l’entreprise à cause de l’école et
plus précisément en raison du contenu des manuels scolaires d’économie de seconde, qui véhiculent « une image pessimiste, incomplète, réductrice et idéologiquement orientée de
l’entreprise ». Pour pallier ce problème, Thibault Lanxade propose d’intégrer « des chefs d’entreprise dans la commission des programmes scolaires », afin de « réactualiser
les données des manuels scolaires et [de] proposer une vision objective et positive du monde de
l’entreprise ». Lors de l’épisode 1, nous avons vu que 71,4% des élèves ne suivent pas l’enseignement de SES, difficile dès lors d’en faire le responsable du désamour des jeunes pour
l’entreprise… Mais au fait, y-a-t-il véritablement "désamour" ?
L’article de 20 minutes commence ainsi « Si les jeunes n’aiment pas
les entreprises, c’est à cause de l’école. » Thibault Lanxade reprend la même idée dans cet article « On comprend mieux la principale raison de la perception négative des jeunes vis-à-vis de l’entreprise ».
L'affaire semble entendue.
Mais, au fait, sur quoi s’appuient ces affirmations ? Sur un sondage OpinionWay réalisé pour Positive Entreprise en juin dernier auprès d’un échantillon de 325 jeunes. Bon, on peut s’interroger sur le sérieux d’Opinion Way, mais je fais comme
si, cela ne change rien à ma démonstration. En fait, la question posée est « selon vous, pourquoi existe-t-il un profond décalage entre les jeunes et l’entreprise ? » avec comme
proposition de réponse : i) en raison du fossé qui existe entre l’école et l’entreprise, ii) parce que la nouvelle génération ne croît plus aux promesses de l’entreprise, iii) parce que la
nouvelle génération ne souhaite pas s’impliquer autant dans l’entreprise, iv) en raison du chômage des jeunes, v) aucune de ces raisons.
Résultat des courses : 55% attribuent « le profond décalage » au fossé « école-entreprise ». Deux remarques : i) la question est d’emblée biaisée, on ne demande pas
aux jeunes s’il existe un décalage, on leur dit qu’il existe un décalage et on leur demande quelle explication ils en donnent. Incomplet, réducteur et idéologiquement orienté, comme démarche.
ii) considérer qu’il existe « un décalage entre jeune et entreprise » n’est pas synonyme de « les jeunes n’aiment pas l’entreprise ». Or, c’est
l’assimilation qui est faite dans 20 minutes, ainsi que par Thibault Lanxade à plusieurs reprises dans les interviews.
« Oh, tu chicanes ! », me direz-vous, c’est quand même pas bien éloigné tout ça. Je vous répondrai par … un sondage… Opinion Way… réalisé pour … l’association Positive Entreprise…
dans le cadre d’une autre étude « Les jeunes et l’entreprise ». Y figure notamment la question
suivante « quel est votre opinion sur les entreprises en général ? ». Résultat : 6% ont une très bonne opinion, 68% une opinion plutôt bonne, 25% plutôt mauvaise et 1% très
mauvaise… 74% des jeunes ont une opinion positive de l’entreprise … Mais alors, où
est-il, le désamour des jeunes pour l'entreprise censé être expliqué par le contenu des manuels de SES ???
Ajoutons, autre élément de preuve déjà souligné dans un commentaire au précédent billet, que nombre d’élèves passant
par la filière ES s’orientent ensuite dans des formations en lien avec l’entreprise (écoles de commerce, IUT, BTS, IAE, etc.). Cela fait un grand nombre de masochistes, quand
même…
Par Olivier Bouba-Olga
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