La tentation protectionniste

Publié le par Olivier Bouba-Olga

une259.gifLe numéro de juin du magazine Alternaltives Economiques vient de paraître (€). J'y ai contribué (à l'invitation de Philippe Frémeaux et Guillaume Duval, que je remercie au passage pour cette proposition et nos interactions) avec un article intitulé "La tentation protectionniste", p. 33-35, remis au goût du jour en Europe, et particulièrement en France, en raison notamment de la montée en puissance de la Chine.

Je montre chiffres à l'appui que la "menace chinoise" est à nuancer fortement. J'insiste aussi sur l'idée qu'une politique commerciale protectionniste est un bien mauvais moyen de pallier les faiblesses de nos politiques de croissance, industrielle et sociale. Confronté à des difficultés, il est tellement plus facile d'externaliser la faute...

Je dis ça, et en même temps, ça ne m'étonnerait pas que notre nouveau président tente de négocier un mini-traité en échange de quelques mesures protectionnistes. Ca ne m'étonnerait pas que les citoyens en soient très satisfaits. Ca ne m'étonnerait pas qu'à gauche de l'échiquier politique certains en reste sans voix, incapables de critiquer des décisions qu'on aurait bien aimé prendre...

En plus de l'article principal, j'ai rédigé un encadré reprenant quelques éléments du débat récent, par blogs interposés, entre économistes américains (Mankiw, Rodrik, Blinder, Krugman notamment). Guillaume Duval a complété avec un encadré titré "Les outils du protectionnisme".

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Publié dans Politique

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Christophe Gobbé 07/06/2007 09:36

J'ai lu l'article... ce serait aussi bien de recadrer ça dans l'histoire de la construction européenne. L'Euro s'est mis en place grâce à un argumentaire politique protectionniste (ça va nous protéger, on va faire la nique au dollar, etc.). Au bout du compte, y'a pas vraiment d'exostisme dans la politique monétaire européenne, la BCE est tout de même fondée sur un modèle monétariste et la suprématie monétaire US n'a pas vraiment été ébranlée alors que la Fed semble plus réactive que la BCE.Du coup, certains types de salariés, qui sont victimes de licenciements liés à des externalisations, victimes de précarisation, sont demandeurs, légitimement, de protection. Les promesses de l'Euro n'ont pas vraiment été tenue, ou tout du moins, l'intégration économique n'est pas perçue comme protectrice. Difficile dans ces conditions de faire passer l'idée d'une coopération renforcée entre les Etats. D'un côté les politiques jouent sur le péril jaune... c'est démagogique et ça ne date pas d'hier. "Vos soucis viennent de l'étranger, il faut s'en protéger et c'est l'Europe qui va le faire"... De l'autre, les économistes en appellent à des politiques structurelles à l'échelle européenne... mais quels choix faire ? et ces choix passent forcément par des compromis qui remettent en cause certains avantages nationaux. Augmenter le budget européen (aujourd'hui ridicule) implique nécessairement un transfert des prélèvements fiscaux des nations vers l'Europe. ça signifie donc moins de marge de manoeuvres pour les Etats et plus pour l'Europe.Pourquoi personne n'en veut, de ce tranfert ? N'est-ce pas simplement à cause de l'obscurantisme de la BCE à qui les Etats ont confié le levier de la politique monétaire ? Pire, les Etats qui ont refusé de rentrer dans la zone Euro ne s'en sortent pas moins bien. Comment accepter, dans cette situation, de déléguer une partie des politiques budgétaire, sociale et industrielle à des instances supranationales ?

Ego 05/06/2007 18:45

Merci de prêcher le vrai !
J'essaye de dénoncer depuis quelques temps (et notamment depuis les élections présidentielles) la tentation protectionniste qui semble gagner la France (voir notamment cet article sur Marine Le Pen : http://egocognito.over-blog.com/article-5198587.html )
Comme souvent j'ai l'impression que nos politiques et autres intellectuels "experts en éconmie" se soucient davantage de l'entreprise que du consommateur et ils dévoyent ainsi le rôle ultime de la politique économique : est-on obligé de voir dans les délocalisations la destruction de l'emploi et jamais la baisse des prix ?
Par ailleurs, nous avons tous entendu M. Sarkozy s'insurger contre la concurrence "déloyale" qu'exerceraient sur nous certains pays aux standards sociaux peu élevés. Pourtant un minimum de connaissance de l'Histoire économique nous enseigne que les pays ne se développent socialement qu'à un certain niveau de développement économique, car les besoins "supérieurs" apparaissent lorsque les besoins primaires sont satisfaits (pyramide de Maslow) ! Serait-ce aider les pays en développement que de taxer leurs importations ? La réponse est invariabement non !

jyves 04/06/2007 22:03

"sur les conditions de travail .../... conditions de travail en partie endogènes au développement de ces pays"Je ne comprends pas cette phrase. Voudriez vous dire par là que les responsabilités des multinationales sont infimes dans ce jeu ?Sur l'article publié par altereco, ne peut on ajouter aux causes de tentation protectionniste que vous citez déjà, celle de l'incapacité des politiques à réguler le commerce mondial, celle de l'échec de l'omc, celle de la suprématie des lobbies sur l"intéret général , celle d'une politique US pour le moins protectionniste? Et dans le cas ou une majorité de pays continueraient, contrairement au discours officiel, à protéger leur économie, faudrait il que la france et l'europe laissent faire les choses ?

Olivier Bouba-Olga 05/06/2007 21:26

quand je dis "conditions de travail en partie endogène", je veux dire que l'amélioration des conditions de travail est pour partie un produit du développement de ces pays.

Seb 04/06/2007 15:47

Oh rien de transcendent: Je lis souvent Krugman dans sa chronique du New York Times et il parle régulièrement du système de santé américain et de son inefficacité économique du fait de son caractère privé et à quel point un système publique tel que celui qui permet de couvrir les Vétérans est plus efficace. Il explique de façon pédagogique à quel point les assurances privées perdent énormément d’argent en frais de marketing et de « screening » des « mauvais assurés » ; l’argent dépensés n’étant donc pas employé en soins, ce qui est un écueil évité par le système public.A l’heure où nous allons peut-être vers la privatisation du système de santé français, je me demandais si Krugman apparaissait un peu dans la « pensée économique française », car il développe des argumentaires qui seraient les bienvenus lorsqu’il faudra défendre la Sécu ?

Olivier Bouba-Olga 04/06/2007 14:31

@ seb : je n'ai pas bien compris le sens de votre commentaire...