Faut-il ouvrir un Master supplémentaire?

Publié le par Olivier Bouba-Olga

 

Je reprends une idée dévéloppée autrement dans d'autres billets.

Les Universités sont en train, par vague successive, de calibrer leur offre de diplômes. L'autonomie croissante des Universités fait qu'elles font un peu ce qu'elles veulent. Le Ministère se contente de leur dire : "faites ce que vous voulez, vous fonctionnerez à budget constant".

Parallèlement, le nombre d'étudiants attendus dans les Universités françaises est plutôt décroissant. Soyons optimistes, supposons qu'il soit constant, disons égal à n.

Supposons de plus que les étudiants se répartissent aléatoirement entre les formations proposées (la qualité des diplômes est difficilement observable). Dès lors, si une université propose x formations sur un ensemble X de formations, elle accueillera donc (x/X)*n étudiants. Sa dotation sera de x/X de la dotation globale.


Question métaphysique : l'Université en question a-t-elle intérêt à ouvrir une formation supplémentaire? On est en fait dans une configuration de dilemme du prisonnier :


 

 

Autres Universités

Ouvre

N’ouvre pas

Université A

Ouvre

x+1/X+y+1

x+1/X+1

N’ouvre pas

x/X+y

x/X


Plaçons nous dans le cas de l'Université A.

Première possibilité, y universités (autres qu'elle) ouvrent une formation (avec y>=1). L'Université A à le choix entre ouvrir une formation, elle touche x+1/X+y+1 de la dotation, ou ne pas ouvrir de formation, elle touche x/X+y. Je vous laisse montrer que, dans tous les cas, si au moins une autre université ouvre une formation, elle a intérêt à en ouvrir une.

Deuxième possibilité : aucune autre université n'ouvre de formation. Si elle-même n'en ouvre pas, elle touche la même somme qu'auparavant, soit x/X. Si elle en ouvre une, et elle seule, elle touche x+1/X+1 de la dotation. Je vous laisse montrer que x/X<x+1/X+1, donc qu'elle a intérêt à ouvrir.

Le jeu est symétrique. Conclusion : dans tous les cas, on a intérêt à ouvrir une formation supplémentaire. Comme on fonctionne à budget constant, le nombre de formations va exploser, et le budget par formation, lui, va diminuer. "Individuellement", aucune université n'a intérêt à jouer un autre jeu. Collectivement, c'est une catastrophe.


Prédiction : on court à la catastrophe...

 

PS : alternatives : i) l'Etat joue son rôle de régulateur : peu crédible, ii) les Universités sortent du jeu non coopératif et se concertent : peu crédible également. On court à la catastrophe, je vous dis...

Publié dans Université

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Olivier Bouba-Olga 28/04/2010



@ LDB : merci ;)


@ Leila : vous pouvez développer sur votre deuxièm point?



Leila 28/04/2010



En gros, le système d'allocation des moyens précédent dit de San Remo est mort l'année dernière. Le ministère a mis en place un nouveau système dont la version beta a tourné. Pour le moment il
est modélisé, San Remo ne fonctionne plus mais on s'est arrangé pour  retourner  en gros les mêmes dotations aux universités. Le petit nom de ce système est Sympa. Sympa ayant causé
beaucoup de soucis et de frayeurs (aux IUT et universités), il a été gelé et  les services de la DGESIP sont actuellement en train de plancher sur un deuxième modèle, dit Sympa II, dont la
naissance était attendue pour ce printemps. Pour dire vite, dans Sympa I  il y a une enveloppe activité et une enveloppe performance par établissement et type d'activité
(formation/recherche). Pour les fiancnements formations environ 50% vont aux Masters, 50% au niveau L. Il y a un système de pondération par étudiant (inscrit et  bientôt présent à l'examen)
qui, de mémoire, place l'étudiant de lettres, sciences humaines, sciences éco droit à 1. L'étudiant des filaires technologiques tertiaires à 1,5. l'étudiant de sciences, santé à 2,4, l'étudiant
des filaires technologiquessecondaires  à 2,8. Valérie Pécresse a commissionné de nouveaux travaux sur le système de pondération dont on ne sait pour le moment rien, si ce n'est qu'il y aura
forcément une échelle...


Donc oui, il vaudra beaucoup plus d'ouvrir un Master en Physique quelque chose, que de nouvelles filières L en communication, grec ou LEA anglais-chinois...



jacques Debord 28/04/2010



certes, la démonstration est inquiètante mais elle repose sur des hypothèses très lourdes quant à la répartition du nombre "constant?" d'étudiants et quant au calcul de la dotation par université
qui ne se résume pas au seul nombre de formations. Sinon effectivement, l'absence de régulation est lourde de menaces , ici comme ailleurs ! Peut être la CPU pourrait-elle réfléchir à cela ainsi
que les PRES, chacun pour eux-mêmes.



Olivier Bouba-Olga 28/04/2010



@Leila : merci pour ces compléments!


@ Jacques : sur le nombre d'étudiants, les projections ministère horizon 2015 (de mémoire) sont beaucoup plus inquiétantes!!! Grosse baisse dans les
universités, et croissance dans les écoles. effet démographique, d'une part, effet organisation française du système, d'autre part (les écoles sont tellement mieux, et les enfants de nos
gouvernants passent tous par les écoles, ne l'oublions pas, donc ça ne risque pas de changer...). Sur l'idée qu'ils se répartissent aléatoirement entre universités, on pourrait moduler, car il y
a des effets réputations. Mais la logique que je décris reste crédible, modulo ces effets (en gros, Paris attirera toujours plus que Poitiers, mais au-delà, quid de l'intérêt pour Poitiers et
Paris d'ouvrir une formation supplémentaire? je pense que mon raisonnement tient). Sur le fait que l'AERES et le ministère prennent en compte autre chose que le nombre d'étudiants : je voudrais
bien... Mais je vois comment ça fonctionne quand on doit évaluer des dizaines de dossiers en un minimum de temps, temps dont on ne dispose pas... On s'en remet à des indicateurs approximatifs, on
essaie de corriger à la marge, mais grosso modo, il y a rouleau compresseur de l'indicateur de base (idem côté recherche, avec le nombre de publis référencées AERES, dont les experts AERES
connaissent les défauts, mais que voulez-vous, on n'a pas le temps...). 



Jim Y 30/04/2010



Très bon post, original... mais qui omet un détail pratique : Les ouvertures de nouvelles formations sont souvent initiées par une personne (enseignant souvent), qui ne raisonne pas sur la base
du gain attendu en termes d'allocation, mais du potentiel existant en termes de débouchés, de placement d'apprentis et de la proximité entre ce diplôme, ses centres d'intérêts et ses réseaux.


Créer un diplôme, c'est aussi étoffer son CV !


Cela dit, la conclusion reste la même : on court à la catastrophe (mais un peu moins vite que vous ne l'affirmez !)