Salaud de Domenech

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Raymond Domenech devrait toucher 5600€ net mensuel d'indemnité chômage, nous promet Sud Ouest (repris par le Figaro ici). Je sens que ça va se déchaîner dans les médias et dans les chaumières. Salaud de Domenech, va.

Personnellement, ce que je trouve effrayant, ce n'est pas qu'il touche une telle somme, mais plutôt que le montant maximal d'indemnité chômage en France soit si élevé : 5642,90€. Plus du double de l'allocation maximum allemande (2166€), bien plus que tous les pays de cet échantillon.

Comme expliqué brillamment chez les Ecopublix, de tels montants incitent très fortement leurs bénéficiaires à attendre le dernier moment pour revenir à l'emploi. Ce qui coûte bien sûr très très cher à l'assurance chômage (2,75 milliards d'euros par an estime-t-on dans ce rapport). Somme que l'on pourrait utiliser, au hasard, pour accompagner les personnes les moins qualifiées et les ramener à l'emploi.

Bon, d'un autre côté, s'il adopte cette stratégie d'attente, on n'est pas près de le revoir sur un banc de touche not'Raymond (il devrait bénéficier de cette allocation pendant 36 mois). Cest le bon côté de la chose...

Publié dans Emploi

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jmdesp 24/11/2010 19:57



Après avoir lu l'article,  et les liens, je trouve que c'est une généralisation rapide des résultats d'une seule étude


Le plus génant est que cette étude ne concerne qu'une période restreinte 81-92, et sur cette période la partie avant la récession de 91, car les cadres ayant perdu leur emploi en 91 n'avait pas
encore atteint le seuil des 14 mois.


De plus sur la fin de la période de l'étude, l'allocation chomage avait été réformé, la baisse brutale de l'allocation au bout de 14 mois supprimé et les auteurs de l'étude notent que cela avait
été parfaitement efficace pour faire disparaître cet effet de pic. C'est vrai, cela n'exclut pas la possibilité qu'il y avait toujours des gens profitant d'une indemnisation élevé pour rester
plus longtemps au chomage, l'effet devenant simplement moins visible.


Le plus important est que 86-91 était une période très dynamique pour l'économie française, avec très peu de chomage des cadres, et où peut-être le profil des cadres qui était quand même au
chomage sur cette période, de plus sur une longue durée, était peut-être particulier. Et je peux imaginer qu'il y avait à l'époque peut-être l'idée qu'il suffirait de poser un cv pour avoir de
nouveau un emploi.


J'ai une vision, peut-être anecdotique, de l'emploi des cadres sur une période plus récente, je doute qu'il y ait le même effet. Un trou dans le CV, une longue période de recherche d'emploi,
c'est très mauvais sur le CV d'un cadre. Le recruteur doute, il n'y a pas de bonne réponse. Soit le candidat a des défauts, soit il n'est pas motivé ce qui n'est absolument pas ce qui est
recherché pour un poste à salaire élevé. Au delà de quelques mois de trous, cela va être très difficile à justifier.  Et donc l'idée qu'il faut impérativement pour un cadre une indemnisation
faible, sinon la motivation est insuffisante, me semble bien douteuse, quoi que soit les résultats de cette étude sur la période particulière considérée.


On revient donc sur des considérations générales, en France, l'assurance chomage est un système assurantiel, il n'y a quasiment pas de plafond, parceque ceux qui sont mieux indemnisé contribuent
aussi beaucoup plus (même chose que pour la retraite d'ailleurs, où le plafond de la SS s'accompagne d'un plafond de la cotisation lui !). Il y a quand même un effet redistributif car les hauts
salaires ont en moyenne beaucoup moins souvent besoin du système.


Et ces hauts salaires ont fortement tendance a avoir un niveau de dépense, d'endettement proportionnel au salaire, donc le chomage est un vrai coup dur, il s'accompagne souvent d'une forte remise
en cause, puisque l'investissement dans le travail est généralement fort, si on ajoute à cela le stress d'une très forte baisse du revenu, imaginons la descente à 1,500 euro pour quelqu'un qui a
un emprunt immobilier à 25 ans dont la traite mensuelle est presque à ce niveau, ou est locataire, je ne suis pas convaincu que l'effet de la mesure soit très positif.



Olivier Bouba-Olga 22/11/2010 23:49



@ Jean-Claude : vous devriez lire le billet et les liens, c'est parfois utile...



Jean-Claude 22/11/2010 22:44



Effectivement, une telle indemnité chomage peut paraitre indécente. Mais les gens s'endettent (à tort ou à raison) en fonction de ce qu'ils gagnent. Et quand ils perdent leur boulot, il
s'attendent à être indemnisés en fonction de leurs cotisation (élevées elles aussi) pour faire raccord avec leur futur emploi. Et comme on parle a priori majoritairement de personnes qualifiées,
elles ne sont pas sensées toucher de tels montant longtemps... Je sais, c'est pas forcément politiquement correct, mais pass la surprise du montant, la logique générale ne me choque pas.



Olivier Montulet 20/11/2010 15:24



Le plus interpellant est que le nombre d’allocataires de minima sociaux s’établissait en 2008 autour de 3,3 millions. Et en comptabilisant
les ayants droits (conjoints, enfants...), plus de 6 millions d’individus vivaient d’une allocation de ce dispositif.


Source: http://www.inegalites.fr/spip.php?article444



gerard 14/11/2010 14:55



Sur ce montant de 2,75 Mds d'euros qui serait économisé par un plafonnement égal à celui de l'Allemagne, il se trouve bien dans l'article d'Ecopublix, mais je ne suis pas arrivé à le retrouver
dans la source, le rapport du CERC de 2005 : http://www.cerc.gouv.fr/rapports/rapport6cerc.pdf


Tout ce que j'ai pu trouver se trouve page 32, qui dit qu'environ 15% des bénéficiaires serait concernée. Comme le montant total est de 25 Mds d'euros, le total des versements serait donc
d'environ 3,75 Mds d'euros. Comment on passe à 2,75 Mds d'euros n'est pas vraiment indiqué. Ce montant de 2,75 Mds n'est pas réfuté par l'estimation du CERC, parce qu'il n'y a pas vraiment
d'incompatibilité, mais il ne me parait pas justifié dans la source. Le rapport indique qu'on passe à 8% si le plafond est juste de 100 euros plus élevé, donc la part des très haut salaires du
style Raymond D. n'est pas prédominante dans ce chiffre de 15%.


 


Ce genre d'évaluation nécessite manifestement un modèle de reprise d'emploi permettant d'intégrer la reprise plus rapide du travail en cas de diminution du plafond, ce qui n'est pas vraiment le
genre d'un rapport comme celui du CERC.


 


Peut-être le rapport d'Ecopublix attribue-t-il par erreur ce chiffre au rapport du CERC alors qu'il vient en fait d'une étude économétrique ?