Connaissances tacites

Publié le par Olivier Bouba-Olga

L'analyse évolutionniste de l'innovation introduit une distinction fondamentale entre connaissances codifiables et connaissances tacites.

 

Les premières, comme leur nom l'indique, peuvent être codifiées, inscrites sur un support, diffusée dans le temps et dans l'espace. Conformément à l'approche standard de l'innovation, elles peuvent être asssimilées à un bien partiellement public, c'est à dire non rival (les connaissances codifiables ne sont pas détruites dans l'acte de consommation) et partiellement exclusives (dès lors notamment que les entreprises s'en remettent au système de propriété intellectuelle (dépôt d'un brevet par exemple) pour empêcher que d'autres ne les exploitent).

 

Les connaissances tacites, de leur côté, sont, précisément, non codifiables. Elles sont accumulées par les acteurs au fur et à mesure de leur activité, ceux-ci ne peuvent parfaitement les exprimer. L'exemple que je prends généralement pour illustrer le propos est celui d'un enfant à qui on veut apprendre à faire du vélo : vous commencez par lui expliquer ce qu'est un vélo, ce qu'il convient de faire pour avancer, ne pas tomber, etc., autrement dit vous lui faites passer un ensemble de connaissances codifiables, mais cela ne suffit pas. L'enfant essaiera, tombera, remontera sur le vélo, etc... et, au bout d'un temps plus ou moins long, il saura faire du vélo. Ce temps d'apprentissage est fondamentalement un temps d'accumulation des connaissances tacites. Et si vous demandez à l'enfant quelles connaissances supplémentaires lui permmettent maintenant de savoir faire du vélo, il sera dans l'impossibilité de vous l'expliquer, car, comme dit plus haut, ces connaissances tacites ne peuvent être parfaitement exprimées. Elles sont dans les mains plus que dans la tête.

 

 Question angoissante, dès lors : si les connaissances tacites ne peuvent être exprimées, inscrites sur un support, où sont-elles mémorisées? Dans les routines des entreprises, répondent les évolutionnistes : les actes répétés quotidiennement permettent à l'organisation de "transporter dans le temps" ces connaissances. D'où une deuxième question angoissante : que se passe-t-il quand un individu ayant accumulé des connaissances tacites individuelles part de l'organisation ? Eh bien si l'entreprise n'a pas pensé la transmission de ces connaissances, elle peut y perdre beaucoup...

 

 C'est précisément pour cela que la DRIRE et la DRTEFP Poitou-Charentes viennent de lancer un dispositif innovant, suite au constat d'une pénurie de main d'oeuvre et de départs massifs en retraite dans l'industrie. Ces départs, en effet, sont synonymes de disparition de connaissances spécifiques accumulées par les salariés. Pour éviter cette perte, ces deux institutions on mis en oeuvre une action (assurée par Action RH Opérationnel), action baptisée Transéo, permettant "de faire prendre conscience aux employés de leurs capacités à transmettre et aux employeurs des risques en cas de non partage". Témoignage d'un responsable d'une des entreprises impliquées : "J'ai un salarié qui voulait partir à la retraite. Il était le seul à savoir monter des amortisseurs d'une manière bien spécifique. L'équipe d'Action RH Opérationnel lui a fait prendre conscience de ses talents et il va rester un peu plus longtemps pour transmettre son savoir-faire" (Source : La Nouvelle République du Centre Ouest, 30/11/2007).

Publié dans Entreprise

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Yves-Marie THEODORE 05/08/2008 18:34

Bonjourj'ai trouvé plaisir a lire votre blog conerant les savoirs tacites et leur transmission. J'ai crée une structure pour leur mise ne application dans les entreprises a structure familliale et je vous propsoe de lire mon site.Avec mon amical souvenir

Finky 06/12/2007 20:23

Interessant. Comme toujours ...

Capitalisme ordinaire 05/12/2007 10:13

D'une certaine manière, vous avez raison, Enzo : seuls les financiers qui rachètent les entreprises à ceux qui les ont créés commettent de telles erreurs.Remercions la région Poitou d'aider les capitalistes financiers à préserver leurs précieux investissements : Merci, Charentes-Poitou, pays ami de la finance internationale !

enzo d'aviolo 05/12/2007 08:33

.................où un bon moyen de repousser l'âge de la retraite des gens indispensables.....Ceci dit, je partage l'analyse et la nécessité du transfert des compétences que les capitalistes traditionnels avaient compris depuis longtemps contrairement aux financiers actuels.

Libéroïdal 04/12/2007 17:43

Merveilleux : pour une fois qu'un ouvrier possédait un moyen d'obtenir quelque chose de son patron, il faut qu'une administration se vante d'être parvenu à empêcher le méchant ouvrier d'user d'une position de force inéspérée.Et dire qu'il s'en trouve encore pour douter que la puissance publique est l'allié objectif du patronat. Patrons français, soyez heureux : vous êtes trop cons pour diriger vote boîte ? Comptez sur le service public pour suppléer efficacement à vos carences et bien vous enseigner comment pressurer vos gentils chtis n'ouvriers sans même avoir à vous salir les mains, et même prendre les décisions qui s'imposent à votre place ?Qui donc disait que la France est un pays hostile aux entrepreneurs ? Grâce au service public, inutile d'avoir des compétences pour diriger une entreprise : de l'argent suffit, le reste vous sera fourni par le service public, payé avec les impôts locaux de vos ouvriers.Jouissif...