Entreprise négative contre l'enseignement de l'économie - épisode 2

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Résumé de l’épisode précédent

L’Association Positive entreprise considère que les jeunes n’aiment pas l’entreprise à cause de l’école et plus précisément en raison du contenu des manuels scolaires d’économie de seconde, qui véhiculent « une image pessimiste, incomplète, réductrice et idéologiquement orientée de l’entreprise ». Pour pallier ce problème, Thibault Lanxade propose d’intégrer « des chefs d’entreprise dans la commission des programmes scolaires », afin de « réactualiser les données des manuels scolaires et [de] proposer une vision objective et positive du monde de l’entreprise ». Lors de l’épisode 1, nous avons vu que 71,4% des élèves ne suivent pas l’enseignement de SES, difficile dès lors d’en faire le responsable du désamour des jeunes pour l’entreprise… Mais au fait, y-a-t-il véritablement "désamour" ?
L’article de 20 minutes commence ainsi « Si les jeunes n’aiment pas les entreprises, c’est à cause de l’école. » Thibault Lanxade reprend la même idée dans cet article « On comprend mieux la principale raison de la perception négative des jeunes vis-à-vis de l’entreprise ». L'affaire semble entendue.

Mais, au fait, sur quoi s’appuient ces affirmations ? Sur un sondage OpinionWay réalisé pour Positive Entreprise en juin dernier auprès d’un échantillon de 325 jeunes. Bon, on peut s’interroger sur le sérieux d’Opinion Way, mais je fais comme si, cela ne change rien à ma démonstration. En fait, la question posée est « selon vous, pourquoi existe-t-il un profond décalage entre les jeunes et l’entreprise ? » avec comme proposition de réponse : i) en raison du fossé qui existe entre l’école et l’entreprise, ii) parce que la nouvelle génération ne croît plus aux promesses de l’entreprise, iii) parce que la nouvelle génération ne souhaite pas s’impliquer autant dans l’entreprise, iv) en raison du chômage des jeunes, v) aucune de ces raisons.

Résultat des courses : 55% attribuent « le profond décalage » au fossé « école-entreprise ». Deux remarques : i) la question est d’emblée biaisée, on ne demande pas aux jeunes s’il existe un décalage, on leur dit qu’il existe un décalage et on leur demande quelle explication ils en donnent. Incomplet, réducteur et idéologiquement orienté, comme démarche.  ii) considérer qu’il existe « un décalage entre jeune et entreprise » n’est pas synonyme de « les jeunes n’aiment pas l’entreprise ». Or, c’est l’assimilation qui est faite dans 20 minutes, ainsi que par Thibault Lanxade à plusieurs reprises dans les interviews.

« Oh, tu chicanes ! », me direz-vous, c’est quand même pas bien éloigné tout ça. Je vous répondrai par … un sondage… Opinion Way… réalisé pour … l’association Positive Entreprise… dans le cadre d’une autre étude « Les jeunes et l’entreprise ». Y figure notamment la question suivante « quel est votre opinion sur les entreprises en général ? ». Résultat : 6% ont une très bonne opinion, 68% une opinion plutôt bonne, 25% plutôt mauvaise et 1% très mauvaise… 74% des jeunes ont une opinion positive de l’entreprise
[1] Mais alors, où est-il, le désamour des jeunes pour l'entreprise censé être expliqué par le contenu des manuels de SES ???  

 

[1] Ajoutons, autre élément de preuve déjà souligné dans un commentaire au précédent billet, que nombre d’élèves passant par la filière ES s’orientent ensuite dans des formations en lien avec l’entreprise (écoles de commerce, IUT, BTS, IAE, etc.). Cela fait un grand nombre de masochistes, quand même…

 

Publié dans Enseignement

Commenter cet article

rogel 22/09/2007

Ozenfan,Je ne pense pas que vous cherchez une controverse. Je pense que nos deux discours et deux points de vue sont légitimes, même s'il peut y avoir un fossé entre les deux et que la discussion sera ce qu'il y a de mieux  à fairePS : votre dernière phrase ("ce qui se conçoit bien..." m'amuse car j'ai réagi sur un autre site à propos de celle ci. Elle me semble fausse; il arriveque des choses qui se conçoivent bien soient difficiles à exprimer parceque la langue française n'est pas adaptée (ce qui ne veut surtout pas dire qu'on peut se permettre de parler volontairement de manière obscure)

Ozenfant 22/09/2007

Rogel,J'ai souvent le défaut d'être lapidaire, ce que j'éssaie de dire, c'est que je ne suis pas capable de parler de Keynes ou du Colbertisme et que je me limite aux sujets où je peux bien concevoir ce que j'ai à dire.Posez moi donc des questions sur l'apprentissage (plusieurs de mes ex-apprentis) viennent passer des vacances chez moi à Montpellier.  Sur les mesures fiscale qui me permettaient d'embaucher à assiette de prélèvements équivalente (sur la France).  Aux problêmes liés à l'embauche dans les métiers de "cols bleus".Quand à votre réflexion sur le MEDEF, je suis d'accord avec vous, le MEDEF n'est que l'organe des G.P.V.  (Grands Patrons Voyous).

Une heure de peine 24/09/2007

Fidèle lecteur de votre blog, j'ai moi même commenté ce rapport en termes un peu plus généraux - et en vous citant.Si cela vous intéresse : http://uneheuredepeine.blogspot.com/2007/09/eloge-funbre-des-ses-i.html

fmi 25/09/2007

@ OBO,Un lien qui devrait vous intéresser : la nature et les actions de lobbying de "mositive entreprise" :http://www.acrimed.org/article2717.html

Nicolas PRADINES 24/04/2008

Bonjour !Moi aussi j'enseigne les SES, et pour mon mémoire pédagogique aux IUFM, je m'étais intéressé aux représentations sociales de mes élèves à propos du chef d'entreprise :http://www.ac-versailles.fr/PEDAGOGI/SES/traveleves/Enquetes/INRP/RS_pdg0.htmJ'avais ensuite cherché à affiner ces représentations, notamment en invitant des chefs d'entreprise pour qu'ils présentent leur métier aux élèves.C'était juste pour apporter ma modeste contribution, si cela peut en intéresser certains...