idée reçue #4 : Complément

Publié le par Olivier Bouba-Olga

Suite au billet d'hier sur l'enseignement de l'économie, Pierre Bilger m'a répondu sur son blog, avec des propos que je qualifierai de plus nuancés, avec insistance sur la nécessité d'analyses micro, d'enseignement de comptabilité - gestion, et du droit.
Je pense que ce qu'il préconise est déjà au programme des bacs STG (j'attends confirmation d'Econoclaste-SM). Ce qui explique que certains aient envie de faire disparaître les bacs ES, au profit des bacs STG...
Personnellement, je pense que les deux filières ont de l'avenir, la section ES, certes plus macro, notamment en 1ère et Terminale, permet de doter les étudiants de grilles de lecture plus générales de l'évolution du système économique et social. Dis autrement, l'opposition micro/macro ne tient pas, ce qu'il faut, c'est développer des compétences aux deux niveaux et savoir faire les liens entre les deux niveaux. Principe de base d'une bonne formation d'économiste, me semble-t-il, et des économistes, on en a besoin dans une société, enfin je crois...

Mais je souhaitais insister sur un autre point. Car je partage avec Pierre Bilger le sentiment que les connaissances en économie et autour de l'entreprise des médias, politiques et citoyens est plutôt faible (je ne suis absolument pas sûr qu'elle sont plus faibles en France qu'à l'étranger, soit dit en passant!). Pourquoi? Contrairement à ce que dit Pierre Bilger, moins en raison des programmes et d'une idéologie marxiste dominante chez les enseignants qu'en raison, plus bêtement, que peu d'élèves ont une formation en économie !

* l'économie n'est enseignée qu'à partir de la seconde, tous ceux qui n'y vont pas n'ont aucune formation dans ce domaine,
* en seconde, les sciences économiques et sociales ne sont qu'une option, certes prise par beaucoup, mais pas par tous. Et comme vu dans le programme, il y a des éléments sur l'entreprise (9 à 10 semaines sur les aspects production, ce n'est pas une paille!)
* les aspects les plus macro dénoncés par Pierre Bilger dominent ensuite, en première et terminale ES. hors, sur l'ensemble des secondes générales et technologiques, 55,21% des élèves vont en première générale, dont 16,4% en 1ère ES.
* je l'ai dit, il existe une filière plus en phase avec les préconisations de Pierre Bilger, la filière STG (ex STT). D'après les stats dont je dispose, 13,4% du total des élèves de seconde générale ou technologique emprunte la voie STT, soit une proportion proche de celle observé pour ES (merci Virginie pour ces stats, source ici et ici).

En résumé :
* une proportion somme toute modeste est (mal?)formée par les enseignants du secondaire dans les filières ES les plus "macro"
* une proportion proche est (bien?)formée, selon les voeux de Pierre Bilger, dans les filières STG
* le reste n'est pas formé... (en tout cas pas au lycée, là où porte la critique de Pierre Bilger).

En conclusion :
La méconnaissance  de l'économie tient sans doute plus au fait que nombre de personnes ne recoivent jamais de formation en économie, qu'aux programmes de l'éducation nationale ou à l'idéologie des enseignants.

PS : je pense que le débat autour de l'entreprise et de sa perception a été relancé par les résultats d'un sondage qui a trainé un peu partout, selon lequel 75% des jeunes souhaitaient travailler dans la fonction publique. Je signale que le Medef a commandé une nouvelle étude à la Sofres. Sur l'ensemble des sondés, 51% souhaitent travailler en entreprise, 34% dans la fonction publique, 13% en association, 3% ,ne se prononcent pas. Enquête réalisée avant les manifs CPE. Comme je l'ai déjà dit, les discours stupides de certains responsables patronaux (Parisot, qui essaie de se rattraper depuis ; Dassault, qui persiste et signe) sur l'entreprise et l'impératif de précarité sont pour une part responsable de la vision de la population sur l'entreprise. Leur responsabilité pourrait être plus grande que celle des enseignants de ES...

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Christine GERARD 30/08/2007 09:12

J'arrive sur ce post plus de 8 mois après le dernier commentaire mais les choses n'ont pas évolué visiblement entre ES et STG. Je suis certifiée de SES mais je suis chargée des cours de 2nde option SES et de 1STG (en éco-droit). Il s'agit de deux enseignements qui parissent proches mais qui diffèrent très nettement par le niveau d'analyse exigé des élèves (le passage de la STT à la STG a eu pour ambition de réduire cet écart mais le niveau de certains élèves qui accèdent à la section STG ne le permet pas toujours), par l'ampleur et le contenu des programmes (macro et micro vs micro et très peu macro, sc sociales vs droit...) mais à mon sens le problème est ailleurs. La section ES présente pour un homme politique qui base sa réussite sur la maîtrise de la communication et sur l'utilisation des médias un danger, sans considération de "l'étiquette" politique. Les élèves de ES sont encouragés durant leur formation à exercer leur sens "critique", à analyser (lors du bac ce sont eux qui multiplient le plus de dissertations ou d'exercices d'analyses dialectiques). Ils sont capables de mieux décrypter l'information et de prendre plus de recul par rapport à "l'illusion médiatique". Ce n'est pas du tout l'ambition de la section STG qui veut uniquement former des techniciens de l'entreprise, des comptables, des gestionnaires ou des commerciaux par exemple en limitant leur capacités d'analyses aux strictes nécessités de l'entreprise.

Xavier 15/12/2006 12:53

Je m'emmêle vraiment les pinceaux, aujourd'hui. Ca c'était l'adresse des commentaires, voici l'adresse du post en question http://xavier.typepad.fr/blog/2006/11/tmoignage_sur_l.html

Xavier 15/12/2006 12:51

Au fait, j'ai écrit un post à ce sujet (ayant subi moi-même les SES au lycée il n'y a pas si longtemps), peut-être vous intéressera-t-il ?
http://xavier.typepad.fr/blog/2006/11/tmoignage_sur_l.html#comments

enzo d'aviolo 06/06/2006 11:24

ah si la fonction est une fin....alors là je m'incline...o;)
toute terminologie employée a un sens propre et figuré, attention.

éconoclaste-SM 05/06/2006 12:16

Ah, c'était juste ce terme ? Bah, moi je dis "finir" pour tout le monde et toutes les positions sociales...